
Le fort de Longchamp ou fort Rapp
Le fort de Longchamp est l’ouvrage le plus puissant de la place forte d’Epinal, il se situe au Nord du camp retranché sur la commune de Dignonville, en rive droite de la Moselle à 390 mètres d’altitude. Afin d’éviter toute confusion, avec le fort de Dogneville, cet ouvrage ne sera pas nommé du nom du village ou il est construit, il prendra le nom du village voisin celui de Longchamp.
Ce fort est fortification à massif central et à batterie basse qui forme une tête de pont par rapport aux forts de Dogneville et de Razimont. Il domine ainsi la partie nord des dessus d’Epinal, pour contrôler le vallon de Saint-Adrien, les routes qui mènent à Rambervillers, Bruyères et Châtel-sur Moselle. Il surveille aussi les intervalles entre le fort de Dogneville, la batterie de la Voivre, l’ouvrage de Deyvillers et le fort des Adelphes. Son armement est renforcé dès sa construction par deux batteries d’artillerie annexes.

Le fort possède de grandes similitudes architecturales avec celui du fort de Dogneville, il sera parmi les trois premiers forts de France à recevoir une tourelle Mougin modèle 1876, qui est la première tourelle cuirassée installée dans les fortifications.
| Dates de construction | 15 mars 1876 – 31 mars 1878. |
| Coût des travaux en 1880 | Environ 3 021 900 Francs. |
| Nom boulanger après 1887 | Rapp du nom d’un Général français de la Révolution et du Premier Empire Jean Rapp |
| Effectif en 1880 – 539 hommes | – 17 officiers. – 42 sous-officiers. – 480 soldats. – 1 infirmerie pouvant recevoir 30 malades. – 1 écurie pouvant recevoir 6 chevaux. |

Armement du fort entre 1878 et 1880
A sa construction, l’armement se compose de :
Armement en 1878
- 5 canons de 155L sur affût de Siège et place
- 4 canons de 138 De Reffye sur affut à soulèvement ou de Siège et place
- 3 canons de 95 sur affût de Siège et Place ou de campagne
- 2 mortiers lisses de 22
- 1 Casemate à tir indirect ( non armée)
La défense des fossés est assurée par 3 caponnières armées de :
- 3 canons de 138 De Reffye sur affut à soulèvement ou de Siège et place
- 3 canons de 95 sur affût de Siège et Place ou de campagne
- 5 canons de 138 De Reffye sur affut à soulèvement ou de Siège et place
- 3 canons de 95 sur affût de Siège et Place ou de campagne
38 pièces d’artillerie
Armement en 1880
- 5 canons de 155L sur affût de Siège et place
- 4 canons de 138 De Reffye sur affut à soulèvement ou de Siège et place
- 3 canons de 7 De Reffye
- 2 mortiers lisses de 22
- 1 Casemate à tir indirect ( non armée)
- 1 tourelle Mougin modèle 1876 amée de 2 canons de 155L
La défense des fossés est assurée par 3 caponnières armées de :
- 3 canons de 138 De Reffye sur affut à soulèvement ou de Siège et place
- 3 canons de 7 De Reffye
- 5 canons de 138 De Reffye sur affut à soulèvement ou de Siège et place
- 3 canons de 7 De Reffye
40 pièces d’artillerie

Projets de modernisation
Projet du 13 mars 1878
- Installation d’une casemate Mougin contre le canon de siège pour un canon de 155 long entre lessaillants 3-4 (projet remplacé par l’installation d’une tourelle Mougin).
Programme 1900 Coût des travaux 2. 067. 000 Frs. Les travaux étaient prévus en 1915 – 1917.
- Agrandissement du casernement bétonné de 100 places, renforcement des communications intérieures et remaniement des parapets. Remplacement de quatres caponnières par 3 coffres simples et 1 coffre double de contre escarpe.
- Construction et installation de deux casemates de Bourges et installation de deux observatoires cuirassés, d’une tourelle de 75R 05.
- Installation d’une tourelle Galopin double dont l’emplacement est prévu à l’intérieur de l’ouvrage ou dans une batterie cuirassée au saillant 4 (qui sera remplacée par une tourelle Galopin de 155R 07 en 1908).
- Installation d’un réseau de queues de cochon autour de l’ouvrage et de grilles défensives en bas du fossé.
Projet complémentaire de 1908.
- Construction d’une batterie extérieure cuirassée de deux tourelles de 155 C et sept observatoires cuirassés.
Projet complémentaire de 1912.
- Renforcement de la tourelle Mougin travaux prévus en 1914 – 1915.



Projet complémentaire de 1914. Les travaux étaient prévus en 1915 – 1917.
- Construction d’une batterie extérieure cuirassée de deux tourelles de 155R 07 entre les forts de Longchamp et de Dogneville.
Modernisations
- 1879 – 1880 Installation d’une tourelle Mougin modèle 1876 n°C au sommet des casernements du fort. (La tourelle effectuait ses tirs d’essai le 8 septembre 1880).
- 1890-1900 Connexion au réseau de voie de 60 et installation d’une voie dans la rue du rempart pour le transport des munitions vers les pièces d’artillerie.

- 1889-1890 Renforcement avec du béton spécial de l’entrée, construction d’un casernement bétonné dans la galerie principale et d’une entrée de guerre en fond de fossé à gauche du corps de garde extérieur.
- 1985 – 1906 Installation d’un réseau de queues de cochon autour de l’ouvrage et de grilles défensives en bas du fossé comme grille d’escarpe et au dessus des caponnières.
- 1906 – 1910 Renforcement d’une grande partie du fort avec du béton armé en construisant dans le fossé de gorge un casernement bétonné de 600 places et remplacement de deux caponnières par 1 coffre simple et 1 coffre double de contre escarpe. Renforcement des caponnières simple du saillant 2 et du saillant 5. Construction des 2 casemates de Bourges armées chacune de 2 pièces de 75 sur affût de casemate qui flanquent vers les forts de Dogneville et des Adelphes.

- 1908 – 1910 Installation d’une tourelle de 75R 05 n°26 qui était prête à tirer le 26 février 1910. ·
- 1909 – 1912 Installation de deux tourelles de mitrailleuses GF4 n°68 et 69 qui seront prêtes à tirer le 9 février 1911 et le 15 février 1912.
- 1910 Installation de cinq projecteurs oxyacétyléniques pour l’éclairage des fossés.
- 1910 – 1912 Installation d’une tourelle Galopin de 155R 07 n°9 dans une batterie cuirassée reliée au fort à l’extérieur proche du saillant 4. La tourelle était prête à tirer en février 1912.
- 1911 – 1912 Amélioration des deux batteries d’artillerie annexes en retranchement d’infanterie appelés Longchamp Est et
- Longchamp ouest.
- 1912 – 1914 Construction d’une batterie cuirassée extérieure reliée au fort de deux tourelles de 155C 08 n°1 et n°3. Elles seront prêtes à tirer le 1 avril pour la n°1 et en septembre 1914 pour la n°3.
- 1913 – 1915 Construction d’une usine électrique équipée de 3 groupes électrogènes thermiques de marque ASTER de 16 kW chacun, fournissant du 110 V, fonctionnant au pétrole lampant ou à l’huile de Schiste. Electrification du fort et installation de près de 320 lampes de 16 bougies pour les casernements et les galeries et de 57 lampes de 10 bougies pour l’éclairage des blocs de combat. Installation de 8 ventilateurs électriques soufflants et de 5 ventilateurs électriques aspirants pour les casernements à l’épreuve, les latrines et l’usine électrique. Installation d’une pompes à eau rotatives électriques pour le puits et d’un monte-charge de 450 kg. L’électrification de la ventilation des tourelles, la force motrice des tourelles de 155, les monte-charges des tourelles et l’éclairage électrique des parties mobiles des tourelles ne seront pas installés à cause de la guerre.
- 1914 – 1915 Connexion du fort au réseau électrique civil, pour assurer l’éclairage électrique du temps de paix.



Armement du fort et cuirassements installés entre 1881 et 1912
Plan d’espionnage allemand de 1912

Le fort de Longchamp en 1914
En 1914, le fort de Longchamp est un ouvrage très moderne de première catégorie de la 21ème région qui possède l’armement le plus puissant sous casemates bétonnées et sous tourelles cuirassées de tout le système ( 5 canons de 155, dont 3 canons à tir rapide, 6 canons de 75 et 4 mitrailleuses sous tourelle). Il annonce aussi la structure des futurs ouvrages Maginot avec ses batteries cuirassées extérieures reliées.

Equipements du fort en 1914
| Coût des travaux en 1914 | Supérieur à 10 000 000 Frs. |
| Capacité du casernement en maçonnerie de moellons | 373 places couchées |
| Capacité du casernement à l’épreuve | 788 places couchées et 546 places assises. |
| Capacité du magasin à poudre | 96 tonnes de poudre noire à la construction du fort. |
| Capacité du magasin aux cartouches | 1000000 cartouches à la construction du fort, puis il est supprimé lors de la modernisation vers 1906. |
| Magasins à munitions construits après 1885 | Plusieurs magasins à munitions bétonnés. |
| La cuisine | 3 à 4 cuisinières de marque François-Vaillant. |
| Manutention ou boulangerie | 1 four en brique de 200 rations. |
| Puits et citernes | 1 puits de 22 m de profondeur équipée d’une pompe électrique alimentant 2 citernes d’une capacité de 632m³. |
| Pont de l’entrée principale | 1 pont dormant et 1 pont à effacement latéral à chariot automoteur. |
| Pont de l’entrée de guerre | Une entrée de guerre sous la contrescape à gauche du coprs de garde extérieur reliant la poterne sous l’entrée du fort. |
| Communication de télégraphie électrique | Avec la batterie de la Voivre, le fort de Dogneville et le central civil et militaire de la place par le biais de l’Hôtel de Ville d’Epinal grâce à un téléphone Ader et une boite de forteresse. |
| Communication de télégraphie optique | Aucune. |
| Eclairage en 1914 | Electrique et lampes à pétrole et à bougie pour l’intérieur du fort, lampes à bougie et électrique pour les tourelles. |
| Eclairage des fossés | 5 projecteurs oxyacétyléniques. |
Effectif du fort en 1914
| Garnison normale prévue au fort en 1914 d’après l’instruction du 30 juillet 1909 | Répartition de la garnison en 1914 à la première heure renforcée par l’article 40 de la loi du 21 mars 1905 |
|---|---|
| Infanterie : 2 officiers et 125 soldats du 170ème RI et 4 officiers, 250 hommes et 1 cheval du 43ème Régiment d’infanterie Territorial. Artillerie : 2 officiers, 250 soldats et 1 cheval du 8ème régiment d’artillerie à pied. Génie : Aucun. Télégraphie : 16 hommes du 11ème Régiment du Génie et 2 sapeurs télégraphiste.x Soit un effectif de 9 officiers 643 hommes et 2 chevaux. | Infanterie : 1 officiers et 108 soldats du 170ème RI et 2 officiers et 248 hommes du 43ème Régiment d’infanterie Territorial. Artillerie : 3 officiers et 147 soldats du 8ème régiment d’artillerie à pied dont 1 gardien de batterie et 91 auxiliaires de place forte. Génie et services divers : 3 télégraphistes. Soit un effectif de 598 hommes. |
Armement et cuirassement du fort en 1914 (26 pièces d’artillerie)
Pièces de rempart du fort
- 10 canons de 90 sur affut de campagne.
- 1 tourelle Mougin modèle 1876 armée de 2 canons de 155L approvisionnée à 1000 coups par pièce. Elle possède 2 observatoires cuirassés et un tube de rechange.
- 1 tourelle de 75R 05 armée de 2 canons de 75 approvisionnée à 2000 coups/pièce. Elle possède un observatoire cuirassé et un tube de rechange.
- 2 tourelles de mitrailleuses GF4 chacune armées de 2 mitrailleuses Hotchkiss approvisionnées de 57600 cartouches/tourelle. Elles possèdent chacune une mitrailleuse de rechange.
- 2 casemates de Bourges armées chacune de 2 pièces de 75 sur affût de casemate approvisionnées à 500 coups/pièce. Elles possèdent chacune un tube de rechange.
- 2 observatoires cuirassés de commandement.
- 2 guérites blindées de rempart.
- 1 coffre simple de contrescarpe armés d’un canon révolver de 40 mm approvisionné à 1800 coups et d’un canon de 12 culasse approvisionné à 150 coups.
- 1 coffre double de contrescarpe armé de 2 canons révolver de 40 mm approvisionnés à 1800 coups/pièce et de 2 canons de 12 culasse approvisionnés à 150 coups/pièce.
- 2 caponnières doubles renforcées armées chacunes de 2 canons révolver de 40 mm approvisionnés à 1800 coups/pièce et de 2 canons de 12 culasse approvisionnés à 150 coups/pièce.
La batterie cuirassée extérieure de 155R 07 du fort
- 1 tourelle de Galopin de 155R 07 armée d’un canon de 155R approvisionnée à 2000 coups, elle est placée dans une batterie cuirassée extérieure. Elle possède un observatoire cuirassé et un tube de rechange.
La batterie cuirassée extérieure pour deux tourelles de 155C 08 du fort
- 2 tourelles de 155 C 08 placées dans une deuxième batterie cuirassée extérieure. Elles sont armées chacune d’un obusier de 155C à tir rapide approvisionné à 2000 coups. La deuxièmetourelle sera armée en septembre 1914. Cette batterie possède
deux observatoires cuirassés isolés et 1 observatoire bétonné dans la casemate de Bourges Est.
La batterie EstDésar
- Désarmée.
- Désarmée.
- 10 canons de 90 sur affut de Siège et Place.
Les différents éléments extérieurs à proximité du fort en 1914
- La batterie M14 Sud de Longchamp est une batterie enterrée type 1885 armée de 4 canons de 120L construite en 1894.
- La batterie M16 de Saint-Adrien est une batterie à hauts reliefs construite en 1884 -85 qui est modifiée en 1890 en batterie enterrée type 1885. Cette batterie sera désarmée et remplacée en 1912 par la batterie M16 bis.
- La batterie d’artillerie M16 bis de Saint Adrien est une batterie bétonnée type 1907 armée de 4 canons de 120L construite en 1912 pour remplacer la batterie d’artillerie M16.
- La batterie M17 de Saint-Adrien est une batterie à hauts reliefs construite en 1884 -85 qui est modifiée en 1890 en batterie enterrée type 1885. Cette batterie sera désarmée et remplacée en 1912 par la batterie M17 bis.
- La batterie d’artillerie M17 bis de Saint Adrien est une batterie bétonnée type 1907 armée de 4 canons de 120L construite en 1912 pour remplacer la batterie d’artillerie M17.
- La batterie M18 de Saint-Adrien est une batterie à hauts reliefs construite en 1884 -85 qui est modifiée en 1890 en batterie enterrée type 1885. Cette batterie sera désarmée et remplacée en 1912 par la batterie M18 bis.
- La batterie d’artillerie M18 bis de Saint Adrien est une batterie bétonnée type 1907 armée de 4 canons de 120L construite en 1912 pour remplacer la batterie d’artillerie M18.
Ouvrages d’infanterie et retranchements d’infanterie
- Ouvrage de Longchamp Sud est un ouvrage terrassé construit en 1900 possédant un abri de combat ayant une capacité de 220 places assises et 48 places couchées.
- Ouvrage de Saint-Adrien est un ouvrage terrassé construit en 1899-1900 possédant un abri de combat ayant une capacité de 114 places assises et 24 places couchées.
Abris de combat et abris cavernes
- L’abri de combat Longchamp Nord non terminé à la déclaration de guerre.
- L’abri de combat de Saint-Limon est construit de 1907 à 1908, il possède une capacité de 114 places assises et 28 places couchées.
- Les abris de combat de Longchamp-Sud et de Saint Adrien sont construit dans les ouvragesd’infanterie du même nom.
- Le dépôt intermédiaire de Saint-Limon est construit en 1888
- Aucun.
Le fort pendant la Grande Guerre
Fin 1915, désarmement progressif du fort pour envoyer les pièces d’artillerie et les munitions pouvant aller sur le front.
En mars 1916, il reste assez de poudre noire dans les magasins pour prévoir une éventuelle destruction du fort en cas d’approche de l’ennemi.
En 1917, le fort est réarmé suite à la bataille de Verdun et les issues et les entrées de l’ouvrage se voient équipées de chicanes montées avec des 25000 sacs de terre et 400 rondins en bois, armées de mitrailleuses et de goulottes lance grenades.
| Effectif maximum en 1916 – 117 soldats – 6 sous officiers et 3 officiers | Armement du fort fin 1915 – 1 tourelle Mougin armée possédant 1500 obus. – 2 tourelles de 155 C armées possédant 1500 obus. – 1 tourelle de 155R 07 armée possédant 1500 obus. – 1 tourelle de 75R 05 armée sans munition. – 2 tourelles de mitrailleuses armées sans munition. – 2 casemates de Bourges désarmées sans munition. – 2 coffres de contrescarpe et 2 caponnières renforcées armées de 5 canons révolver de 40 mm et 5 canons de 12 culasse avec leurs munitions. | Armement du fort fin 1917 – 1 tourelle Mougin armée possédant 2000 obus. – 2 tourelles de 155 C armées possédant 2000 obus. – 1 tourelle de 155R 07 armée possédant 2000 obus. – 1 tourelle de 75R 05 armée et équipée de 4000 obus. – 2 tourelles de mitrailleuses armées et équipées de 736800 cartouches. – 2 casemates de Bourges armées avec 2 pièces de 75 de casemate et 2 pièces de 75 de campagne sur un butoir circulaire ayant une réserve en munitions de 2000 coups/pièce. – 2 coffres de contrescarpe et 2 caponnières renforcées armées de 5 canons révolver de 40 mm et 5 canons de 12 culasse avec leurs munitions. On y installe 10 mitrailleuses de flanquement sur des supports fixés au mur. Elles servent à remplacer une pièce défectueuse de flanquement. – 14 mitrailleuses et 28 fusils mitrailleurs pour la défense rapprochée. |
| Effectif maximum en 1917 – Artillerie: 302 hommes – Infanterie: 1 compagnie et 2 sections – Génie: 10 hommes |
Le fort de Longchamp après la Grande Guerre
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