
Le couvert et l’emplacement de l’armement dans les forts après 1885
Après 1885 et surtout 1900, certains forts de type 1874 (forts à cavalier, à massif central à batterie basse et sans massif central) seront complètement transformés afin de les adapter aux nouveaux obus. Ces améliorations très couteuses seront principalement réalisées dans les 4 places de l’Est (Verdun, Toul, Epinal et Belfort). Elles sont prescrites d’après un programme de travaux doté de 40 millions de francs du 1er Juin 1900, et de plusieurs programmes complémentaires du 1er juin 1906, du 30 avril 1908, du 5 mai 1909 et du 23 décembre 1913. L’essentiel de ces travaux consistera à protéger les hommes et l’armement dans les ouvrages et d’adapter les forts pour qu’ils deviennent de puissant point d’appui et qu’ils assurent le rôle de flanquement des intervalles.

Une grande partie des ouvrages en pierres de ces places vont être transformés en abris bétonnés. L’armement à l’air libre passera sous cuirassements et l’éclairage à la lanterne sera remplacé dans les ouvrages les plus modernes par l’électricité. Ces travaux vont aussi modifier complétement l’organisation des places fortes, avec l’arrivée des nouveaux ouvrages comme de nouveaux forts, des ouvrages intermédiaires et des ouvrages d’infanterie pour compléter la zone principale de défense.
Le couvert après 1885 dans les forts modernisés et les ouvrages intermédiaires
Le couvert permet au défenseur de faire usage de ses armes en se découvrant le moins possible, il est donc fortement modifié après 1885. Comme couvert, on trouve dans les forts modernisés ou les ouvrages intermédiaires, des parapets et des abris de combat.

Les parapets d’infanterie et d’artillerie
Les parapets se composent d’une crête d’infanterie qui règne sur tout le pourtour du fort. Son développement est calculé à raison d’un mètre courant par homme, non compris les emplacements pour les mitrailleuses portatives et les pièces légères de défense rapprochée.
L’épaisseur du parapet est variable avec la nature du terrain (12 à 14m, en terrain argileux, 8 m en terrain ordinaire et 6 m sur le front de gorge). La plongée est inclinée au 1/6 ou au 1/8, et le talus extérieur aux 2/3. La banquette, située à 1/30 au-dessous de la crête, a une largeur minimum de 2m.

On ne laisse généralement que très peu de pièces d’artillerie dans les forts. On les installe de manière qu’elles n’interrompent pas la continuité de la crête d’infanterie.

Aux emplacements des pièces d’artillerie légères ou de campagne, on surélève la banquette de la quantité que nécessite la hauteur de genouillère de ces pièces. Par exemple, dans le cas de pièces de campagne dont la hauteur de genouillère est de 0m85 environ, on ménage au pied du talus intérieur un couloir de 0,8m de largeur à 1,3 m au-dessous de la crête. La largeur de la banquette d’artillerie est portée de 4,5 à 6m.

Si l’on a affaire à des pièces de gros calibre dont la hauteur de genouillère est de 1,6m à 1,8 m, on constitue le talus intérieur du parapet au moyen d’une murette dont la tablette est tenue à 1,3 m au-dessous de la crête. Dans cette murette sont scellés les montants en fer rond qui maintiennent le grillage de revêtement au-dessus d’elle. La largeur de la banquette d’artillerie est de 9,5 m.

Dans les deux cas, l’épaisseur du parapet d’artillerie est, au minimum, de 10 m en terrain ordinaire et on ménage, au pied du talus intérieur, un couloir de 1m de large qui assure, ainsi, la continuité de la banquette d’infanterie.

Il suffit de 5 à 6 projectiles de 155 convenablement groupés pour ouvrir dans un parapet de sable de 10 m de largeur une brèche de 3 à 5 mètres de largeur et de 1m50 de profondeur. A 5000 mètres, une fois le tir réglé, une batterie de 155 placera dans un semblable parapet 18% de ses projectiles.
On conçoit alors que l’on ait cherché à renforcer les parapets au moyen de massifs de béton en constituant ce que l’on appelle des « plongées durcies ». On peut réaliser économiquement de tel parapet en utilisant les dalles ou voûtes recouvrant des abris de rempart.

On a aussi proposé de constituer ces parapets au moyen d’un massif spécial en béton. De pareilles constructions sont très couteuses, car il faut les descendre assez bas pour qu’elles ne puissent être attaquées en dessous par les obus-torpilles.

Pour améliorer la situation des tireurs, on peut leur donner des boucliers portatifs, celui-ci se compose d’une plaque d’acier chromé de 5 à 8 mm d’épaisseur, il a 70 cm de longueur et 45 cm de hauteur. Il est percé d’un créneau de 9 cm de largeur et 12 cm de hauteur. Il est maintenu en place par un chevalet en fer rond. Pendant la période d’attente, ces boucliers sont appuyés contre le talus intérieur du parapet.

Certains parapets sont même équipés de masques métalliques fixes ou mobiles.
A défaut, la protection des tireurs est obtenue par les moyens analogues à ceux de la fortification de campagne (sacs à terre, gazons, etc.)
Les plateformes de tir à treuils pour canons de 120L du fort d’Arches

De chaque côté de la tourelle Galopin modèle 1890 du fort d’Arches à Épinal, la défense est renforcée en 1900, par la construction de 2 plateformes de tir à treuils pour deux canons de 120 long De Bange modèle 1878 sur affût de Siège et Place. Ces plateformes de tir étaient prévues à l’origine pour être armées avec des canons de 155L De Bange modèle 1877, qui ne seront pas retenus car ces pièces d’artillerie de plus de 5 tonnes sont difficiles à déplacer.
Elles se composent chacune d’un emplacement possédant une plateforme bétonnée, pouvant recevoir deux pièces, qui sert d’abri pour les servants et les munitions. Les abris sont placés sous le terre-plein, le mur du fond est surélevé pour former un mur de genouillère et pour renforcer le parapet.

La rampe des plateformes de tir à 1/6 ou 1/7 du type ordinaire, ou le talus à 1/2 est remplacée par un plan incliné à 2/3. Les pièces de 120 long modèle 1878 sur leurs affûts sont élevées sur cette rampe au moyen d’un treuil placé dans l’abri ménagé sous la plateforme.
Le treuil employé est un ascenseur du système Bervier, il permet deux mouvements lents et rapides, mais il sert aussi de frein en agissant sur une chaîne de la maison Sautter et Harlé fixée aux deux roues de l’affût de Siège et Place. Ces treuils pouvaient fonctionner à bras d’hommes, mais cette installation semble avoir été électrifiée au fort d’Arches.

Afin de faciliter la manœuvre de la pièce sur la rampe, la crosse de l’affût repose sur un chariot à deux roues de 50 cm de hauteur qui circulent sur 2 fers en U noyés dans le béton, 2 autres en fer U aussi noyés dans le béton, assurent le guidage des roues de l’affût de la pièce d’artillerie afin d’assurer sa bonne position.
La montée de la pièce est réalisée manuellement sans électricité en 15 minutes grâce à 8 hommes. La descente est réalisée plus rapidement en moins de 10 minutes sans danger de la manière suivante: la pièce est dégagée de son frein, placée sur le petit charriot et conduite à bras jusqu’au bord de la rampe qu’elle descend alors de son propre poids, le treuil travaillant à la résistance et la vitesse étant modérée par le frein et le parachute.
Ce dispositif qui ne sera installé qu’au fort d’Arches pour des raisons budgétaires et techniques, présente notamment le très grand avantage de pouvoir rapidement retirer les pièces lorsqu’elles ne pourront plus résister au tir de l’ennemi. Il permet à l’artillerie de gros calibre de profiter des avantages des abris remise pour pièces légères de campagne que l’on retrouve dans de nombreux forts modernisés vers 1900. Quand la pièce est redescendue dans la rue du rempart, elle est déjà presque à l’abri et l’on peut facilement la protéger dans une des communications bétonnées voisines (dans les galeries proche de la tourelle Galopin du fort d’Arches où les entrées y sont aménagées).



Les abris pour mitrailleuses portatives et pour pièces légères

Ces abris utilisés pour protéger rapidement les mitrailleuses de rempart ou les pièces d’artillerie de campagne lorsqu’elles ne pourront plus résister au tir de l’ennemi. Ils sont constitués d’une façon analogue aux abris de rempart, sauf qu’ils ne sont pas équipés d’un système de chauffage et de ventilation.

Abris de combat d’un fort

VAUBOURG Lucas
Les abris de combat ou blocs de combat comprennent le regroupement des casemates et tourelles pour les pièces de flanquement et de défense propre, des observatoires cuirassés (observatoires de tir et de surveillance, guérites-observatoires), des tourelles à éclipse ou les abris bétonnés pour projecteurs électriques, du poste de combat du Commandant du fort, des abris de rempart et, éventuellement, des tourelles pour canons de gros calibre. Ils n’ont pas le même rôle que les abris de combat des intervalles.
Le rôle des pièces d’artillerie
A. Flanquement des intervalles.
Le flanquement des intervalles est, généralement, assuré au moyen de canons de 75, placés sous casemates à l’épreuve (dites Casemates de Bourges). Dans certains ouvrages les canons de 75 de ces casemates sont remplacés par des canons de 95 sur affût à châssis circulaire modèle 1904.

Le flanquement peut être également obtenu, lorsque la distance qui sépare deux ouvrages collatéraux n’est pas supérieure à 1000 ou 1200m, par des mitrailleuses portatives sur affût trépieds ou de rempart ou sous tourelle.

Si la direction du tir d’une casemate est telle qu’elle pourrait être en prise au feu de batteries ennemies, ou si le relief de l’ouvrage est trop faible pour dissimuler sa carapace aux vues de l’adversaire, on la remplace par une tourelle de 75.
Une tourelle de flanquement peut, dans des cas spéciaux, faisant chaque fois l’objet d’un examen particulier, être utilisée, accessoirement, pour battre les abords de l’ouvrage où elle est placée.
Mais, en général, la nécessité de conserver intactes, jusqu’au dernier moment, les tourelles de flanquement, fait qu’elles ne sont distraites de leur rôle principal qu’au moment de l’attaque rapprochée.

A défaut de pièces de 75 sous casemate ou sous tourelle, le flanquement des intervalles peut s’effectuer au moyen de pièces de 80, de 90 ou de 95 placées à l’extérieur des ouvrages, de façon à pouvoir jouer leur rôle même pendant le bombardement de ces ouvrages. On les place, alors, sur les flancs, en les défilant, aux vues et aux coups, par des traverses d’élévation suffisante.
Quand le terrain des intervalles est découpé par des ravins que ne battent pas les points d’appui, des dispositions sont prises pour tenir ces ravins sous des feux d’infanterie ou d’artillerie.
1º Casemates de flanquement dite de Bourges. Deux chambres à canons, accolées et en échelon, contiennent, chacune, une pièce. Le ciel se compose d’une dalle en béton armé. Les embrasures des pièces sont protégées, contre les coups d’écharpe, par un massif de terre soutenu par un mur en béton.

Un observatoire de tir est adjoint à chaque casemate et le sous-sol sert de magasin aux munitions.
Le champ de tir est limité. Toutefois, la ligne de tir extrême doit passer à 500m, au moins, en avant de l’ouvrage collatéral. Les casemates de flanquement ne peuvent donc agir sur l’infanterie que lorsque celle-ci est presque sur la ligne des forts. En revanche, elles sont bien garanties contre le tir de l’ennemi.
2° Tourelles de flanquement. Une tourelle offre l’avantage d’un grand champ de tir. Elle peut doubler le flanquement obtenu avec les casemates, assurer, seule, ce flanquement, appuyer l’action des troupes de secteurs, et participer à la défense rapprochée.

Le seul inconvénient des tourelles est de coûter cher (tandis qu’une casemate revient à 75.000 francs environ, une tourelle pour 2 canons de 75 coûte 200.000 francs). La tourelle de flanquement la plus généralement employée est la tourelle à éclipse pour 2 canons de 75 modèle 1905 à tir rapide.
B. Défense propre du fort.
Les principales armes de défense propre d’un fort sont le fusil et la mitrailleuse, portative ou sous tourelle. Elles permettent de suivre les assaillants dans leurs mouvements. Dans certains cas, des tourelles de 75 peuvent participer à cette défense.
Pour battre les angles morts des fossés dont le flanquement aurait été détruit par les travaux d’approche de l’assiégeant, on emploiera le mortier lisse et les grenades à main. Il faut rattacher, à ces armes, le moyen de défense propre qu’offrent les contremines.
Le fusil
Les forts ou ouvrages intermédiaires sont placés, à une distance telle les uns des autres que le flanquement puisse être efficacement assuré par les feux d’infanterie. Il ne semble pas que l’on doive comprendre cette expression du règlement dans son sens littéral et compter beaucoup sur le fusil pour effectuer le flanquement. On admet que le fusil assure le flanquement jusqu’à 1500 m.
La mitrailleuse.
Une mitrailleuse équivaut à une section d’infanterie, quant au nombre de balles (4 à 600) qu’elle peut lancer par minute.
On installe les mitrailleuses de deux façons différentes:
- a) par deux, sous tourelle à éclipse.
- b) sur le parapet (mitrailleuses portatives).

a) Les tourelles pour mitrailleuses sont, généralement, placées aux angles d’épaule. Elles sont noyées dans un massif de béton spécial ou armé. Elles n’en émergent qu’au moment du tir. La chambre de manœuvre est dans les substructions. Dans ses parois, sont ménagées des niches à munitions.

b) Les mitrailleuses portatives ne sont mises en place qu’au moment du besoin. Normalement, elles sont tenues en réserve, ainsi que leurs servants, dans un abri de rempart. Elles sont pourvues d’un bouclier métallique.

Le plus souvent, ces pièces sont sur les flancs, en contrebas de la banquette d’infanterie. Elles sont logées sous la traverse ainsi formée nommée abri pour mitrailleuses. Une rampe permet de les amener, très rapidement, à leur position de batterie.
Les mortiers lisses

Ces mortiers seront utilement employés pour battre les angles morts et les fossés, et pour bouleverser les travaux de l’assaillant.
Les grenades à main
On les utilisera dans la défense très rapprochée. L’exemple de la guerre Russo-Japonaise, et le combat de Bou-Denib en ont montré l’efficacité.
Les observatoires cuirassés
On les divise en:

Les observatoires cuirassés fixes remplissent, à la fois, ou, de préférence, séparément, les rôles d’observatoire de tir et d’observatoire de guet. Ils sont constitués par des sortes de cloches métalliques, en acier moulé, d’une épaisseur moyenne de 25 cm, encastrées à la partie supérieure d’un puits ménagé dans un massif de béton spécial ou armé. La cloche peut résister au choc des gros projectiles. Un volet en tôle d’acier chromé permet d’obstruer les créneaux. L’observatoire est muni d’un plancher amovible, muni d’une trappe. On accède à cette trappe par une échelle en fer.

Guérites-observatoires. Ces engins sont encastrés dans un massif de béton, sur la banquette d’infanterie, à proximité des abris de rempart, auxquels ils sont reliés par des tuyaux acoustiques, quelquefois même ils sont au-dessus de ces abris. Ils ne sont pas à l’épreuve des projectiles. Ils mettent, seulement, les sentinelles à l’abri des balles, des projections de toutes sortes et de la plupart des éclats des obus explosifs. Une porte, en tôle d’acier chromé, ferme la guérite du côté du talus intérieur. Des créneaux de visée permettent d’observer les abords de l’ouvrage.
Projecteurs cuirassés

On utilise, le plus généralement, pour l’éclairage des abords de la fortification, un projecteur électrique de 90 cm. Ce projecteur est placé dans une casemate bétonnée ou une tourelle à éclipse, disposée dans un puits en béton armé, dont le débouché supérieur est protégé par une avant-cuirasse en acier moulé.
Dans la tourelle, le projecteur est installé à la partie supérieure d’un cylindre de tôle, recevant, par l’intermédiaire d’un treuil, un mouvement vertical d’ascension ou de descente, et, au moyen d’une dynamo ou d’un deuxième treuil, un mouvement de rotation autour de son axe. La partie du cylindre qui émerge est en tôle d’acier chromé, de 20 millimètres d’épaisseur. La calotte supérieure est en acier spécial, de 120 millimètres, elle est doublée d’une tôle d’acier extra-doux, de 30 millimètres. L’embrasure du projecteur peut être fermée par un volet en tôle d’acier chromé.
Les mouvements sont, normalement, commandés à distance, par un appareil situé dans un observatoire cuirassé. Ils peuvent être commandés à bras. La portée du projecteur est, par temps clair, de 3 km environ. Après 1912, plusieurs projets prévoyaient l’installation de projecteur de 120 cm de diamètre, sous tourelles ou casemates.
Le poste de combat du Commandant du fort
On réserve, au Commandant du fort, un local à l’épreuve, bureau télégraphique le plus souvent, ou partie adjacente à ce bureau, en communication, par tubes acoustiques ou par téléphone, avec les observatoires cuirassés de commandement, les abris de combat, les abris de rempart et les locaux passifs (caserne, magasin, etc.).
Installation de l’artillerie pour l’action lointaine
Les pièces de gros calibre, maintenues dans les forts, sont encadrées par des traverses ne dépassant pas la crête de feu, ou placées sous tourelle.
Dans le premier cas, le mur de genouillère est en béton, ou revêtu de panneaux de ciment armé. Les talus, tenus très raides, sont revêtus de gabions, de fascines ou de cadres tendus de treillis métallique.

Pièces sous tourelles à éclipse. Cette solution, qui coûte cher, est exceptionnelle pour les forts détachés. On la retrouve uniquement sur les 4 places de l’Est (Verdun, Toul, Epinal et Belfort). Elle est la règle pour les forts isolés et modernisés entre ces places. L’armement se compose de tourelles Galopin modèle 1890, de tourelles Galopin modèle 1907 et de tourelles tournantes de 155C modèle 1908. Quelques tourelles Mougin seront renforcées dans les ouvrages isolés des hauts de Meuse et de la Trouée de Charmes.
Les autres éléments du couvert

