L'entrée d'un des casernement bétonné de la citadelle de Verdun. VAUBOURG Cédric

Les fortifications de la place forte de Verdun

Noyau Central

Position avancée de Verdun

Les éléments divers

Les ouvrages du 1er secteur – Nord de place

Verdun un emplacement de choix

La place de Verdun en 1870 - Ecole d'application de l'artillerie et du génie. Cours de fortification. Attaque et défense des places en 1911
La place de Verdun en 1870. Ecole d’application de l’artillerie et du génie. Cours de fortification. Attaque et défense des places en 1911

La ville de Verdun est située sur la Meuse, qui la traverse en plusieurs bras. A hauteur de Verdun, le bassin de cette rivière est très étroit, il est limité sur la rive droite par le massif des Côtes de Meuse, qui le séparent de celui de la Moselle, et sur la rive gauche par des hauteurs détachées de l’Argonne, qui le séparent de celui de l’Aire, affluent de l’Aisne.

Les côtes de Meuse forment un massif boisé de 4 kilomètres environ d’épaisseur. A l’est, elles se terminent par des pentes raides, dominant de 100 à 150 mètres la plaine de la Woëvre, parsemée d’étangs et s’étendant jusqu’à la frontière. A l’ouest, elles s’abaissent en pentes assez douces vers la Meuse, en projetant des contreforts dirigés vers le sud-ouest et que séparent des vallées généralement sèches.

Ceux de ces contreforts qui intéressent la place de Verdun sont, d’amont en aval, celui d’Haudainville, celui de Belrupt, celui de Souville, de Saint-Michel – Belleville, celui de Douaumont – Froideterre, enfin la côte du Poivre.

Les hauteurs de la rive gauche de la Meuse sont dénudées. Les vallées du ruisseau de Lempire, de la Scance, des ruisseaux de Froméréville et de la Madeleine y découpent des crêtes parallèles à celles de la rive droite. La ligne de partage des eaux a son point culminant au plateau de Sivry la Perche, à 10 kilomètres à l’ouest de Verdun.

La citadelle de Verdun vers 1916- Lionel LUTTENBACHER
La citadelle de Verdun vers 1916. Lionel LUTTENBACHER

Les voies de communication qui se croisent à Verdun sont, indépendamment de la Meuse, canalisée après 1870 :

  • 1° – Le chemin de fer de Châlons à Metz, qui franchit les côtes de Meuse au tunnel de Tavannes et celui de Lérouville à Sedan, qui longe la rive gauche de l’affluent.
  • 2° – La route de Paris à Metz par Verdun et Mars-la-Tour, avec embranchement de Verdun à Metz par Etain, ainsi que celle qui longe la rive droite de la Meuse.

Les premières fortifications 1874-1885

Un canon de 155L au fort de Souville début 1916 - Dominique Dubois
Un canon de 155L au fort de Souville début 1916. Dominique DUBOIS

En 1870, Verdun ne possédait que son enceinte à fossés en grande partie inondables et sa citadelle élevée au XVlème et au XVIlème siècles sur une falaise dominant la rive gauche de la Meuse. La place résista à quelques bombardements et bloqua les Prussiens sous ses murs jusqu’au 9 Novembre 1870.

Historiquement, la ville de Verdun fut la dernière ville libérée de l’occupation allemande qui dura jusqu’à l’automne de 1873, après la victoire de la Prusse en 1870. Aussitôt après, on entreprit des études en vue de la création d’ouvrages détachés.

Mais avant tout commencement d’exécution, les craintes d’un nouveau conflit avec l’Allemagne firent adopter en 1875, une solution provisoire consistant à occuper hâtivement par des ouvrages en terre avec abris en bois, qu’on appela les redoutes de la panique, les hauteurs dominant directement la ville et dont la plupart avaient été occupées en 1870 par les batteries de bombardement. On construisit donc les redoutes de Dugny, de Regret, de la Chaume, de Belleville, de Saint-Michel et de Belrupt, qui après l’alerte furent transformées en forts avec locaux maçonnés.

L'entrée du fort de la Chaume vers 1916 Lionel PRACHT
L’entrée du fort de la Chaume vers 1916. Lionel PRACHT

Outre la grandeur des intervalles la Chaume – Belleville et Dugny – Belrupt, justifiée en partie par la possibilité de tendre des inondations dans les prairies de la Meuse, on pouvait reprocher à cette organisation les défauts suivants :

  • 1° – Protection insuffisante contre le bombardement, celui-ci pouvant même s’exécuter a vues directes depuis les hauteurs d’Haudainville et de Marre.
  • 2° – Appui insuffisant à la défense extérieure, en particulier par suite de l’absence de vues sur la plaine de la Woëvre.
  • 3° – Présence de hauteurs dangereuses dominant les forts à petite distance (Crête Douaumont – Froideterre et hauteur de Souville en avant de Saint-Michel – Belleville, Crête Rozelier – Haudainville en avant de Belrupt, hauteur de Landrecourt à proximité de Dugny).

Pour remédier à certains de ces défauts, on créa, entre 1875 et 1880, les forts de Souville, de Tavannes, du Rozelier et d’Haudainville sur la rive droite, ainsi que le fort de Marre, sur la rive gauche.

Deux soldats à l'entrée du fort du Rozellier vers 1916 - Lionel PRACHT
Deux soldats à l’entrée du fort du Rozelier vers 1916. Lionel PRACHT

C’était encore une demi-mesure. En effet, la plaine de Woëvre n’était vue que médiocrement par le fort de Tavannes, destiné à battre le débouché Est du tunnel, mais placé trop en arrière, et pas du tout par le Rozelier, situé à 5 kilomètres de la crête du plateau. Le contrefort de Douaumont – Froideterre restait inoccupé. Sur la rive gauche, le fort de Marre formait un saillant beaucoup trop aigu et trop éloigné des ouvrages collatéraux de la Chaume et de Belleville. Enfin les ouvrages d’infanterie et les batteries intermédiaires dont on avait ajourné l’exécution à la mobilisation représentaient un travail trop considérable pour une place susceptible d’être attaquée dès l’ouverture des hostilités.

Ces diverses raisons conduisirent à créer, de 1880 à 1885 :

Sur la rive droite, les forts de Vaux et de Moulainville, sentinelles avancées de Tavannes sur la Woëvre, ainsi que les batteries intermédiaires de l’Hôpital, du Tunnel, de Damloup, de Bezonvaux, du Mardi Gras, d’Eix et de Moulainville, pour agir sur la plaine.

Sur la rive gauche, le fort de Landrecourt, les ouvrages intermédiaires d’infanterie ou postes des Sartelles, de Chana, de Choisel et de Belle-Epine, enfin le fort de Bois Bourrus, pour diminuer le saillant dangereux de Marre.

L'entrée en fond de fossé du fort de Douaumont à Verdun vers 1910. Lionel PRACHT
L’entrée en fond de fossé du fort de Douaumont à Verdun vers 1910. Lionel PRACHT

Ce n’est qu’en 1885 qu’on entreprit la construction du fort de Douaumont et lorsqu’apparurent les nouveaux projectiles, cet ouvrage était assez peu avancé pour qu’il fût encore possible d’en modifier les plans afin de le mettre en état d’y résister.

Ajoutons enfin qu’il avait été longtemps question d’occuper, suivant les idées du Général Seré de Rivières, le plateau de Sivry la Perche par un grand fort. Le chantier de construction de cet ouvrage allait être ouvert lorsque le projet fut abandonné par suite de l’extension considérable qu’il aurait fallu donner à la place pour se relier à ce fort.

La place de Verdun est donc protégée au sud par le rideau défensif des Hauts de Meuse qui occupe des hauteurs naturelles jusqu’à la place de Toul.

Les premiers renforcements de la pierre au béton 1885-1899

Carte postale d'une batterie d'artillerie d'exercies armée de pièce de 120 L à Verdun avant la Grande Guerre - VAUBOURG Cédric
Carte postale d’une batterie d’artillerie d’exercice armée de pièce de 120 L à Verdun avant la Grande Guerre. VAUBOURG Cédric

Après la crise de l’obus torpille, une multitude de batteries d’artilleries en pierre de taille sont aménagées dans les intervalles, afin de sortir l’artillerie lourde des forts. Elles sont approvisionnées par un magasin central se trouvant dans la citadelle, 8 magasins de secteurs et 26 dépôts intermédiaires qui sont bâtis essentiellement sous le roc. En avant de ses batteries, 15 ouvrages d’infanterie et plusieurs retranchements sont aménagés pour l’infanterie, ainsi que trois abris cavernes de secteurs pour héberger les troupes des intervalles.

Le dépot intermédiaire du Saint-Michel vers 1914-1915 - Fréderic RADET
Le dépôt intermédiaire du Saint-Michel vers 1914-1915. Fréderic RADET

Dans les mêmes temps, 11 forts ou postes sont renforcés partiellement ou en grande partie avec du béton spécial, c’est le cas en rive droite des forts de Souville, Tavannes, Douaumont, Vaux, Moulainville et Rozelier. En rive gauche, les forts de Landrecourt, Bois-Bourrus et Marre sont aussi modernisés et les postes des Sartelles et de Choisel sont transformés en forts.

Le tout est approvisionné à partir de 1888, par un réseau de voie étroite de 60 cm de large dont le point de départ est l’arsenal au centre de la ville. Ce réseau atteindra près de 185 km de long.

Enfin, en 1890, la première tourelle cuirassée de la place du type Bussière armée de 2 canons de 155 long est installée dans une batterie cuirassée à l’extérieur du fort de Souville.

Le renforcement de la place forte de Verdun 1900-1914

Vue aérienne du fort de Regret. VAUBOURG Cédric
Vue aérienne du fort de Regret. VAUBOURG Cédric

À partir de 1900, les différents programmes permettent de renforcer avec du béton armé la majorité des ouvrages qui voient leur armement principal passer sous tourelles cuirassées ou sous casemates bétonnées. En rive droite, cinq nouveaux ouvrages intermédiaires en béton armé Froideterre, Thiaumont, La Laufée, Déramé et Saint-Symphorien viennent renforcer la défense des intervalles et trois ouvrages intermédiaires sont construits en rive gauche, La Falouse, Chana et Charny.

Le commandant de l'ouvrage de la Falouse en 1918 sur la tourelle de 75 de l'ouvrage - Frédéric RADET
Le commandant de l’ouvrage de la Falouse en 1918 sur la tourelle de 75 de l’ouvrage. Frédéric RADET
Des soldats dans la rue du rempart du fort de Bois Bourrus avant la Grande Guerre  VAUBOURG Cédric
Des soldats dans la rue du rempart du fort de Bois Bourrus avant la Grande Guerre. VAUBOURG Cédric

Dans les même temps, le fort de rideau de Génicourt est rattaché à la place en devenant une position avancée.

La défense de la place est renforcée au nord, à partir de 1910, pour surveiller la vallée de la Meuse et compléter la défense des intervalles entre le fort de Marre et l’ouvrage de Charny avec la construction du fort de Vacherauville. Ce fort sera le seul de la place à recevoir avant la Grande Guerre, une usine électrique pour l’éclairage et la ventilation des locaux.

Les intervalles de la place sont améliorés avec la construction de nouvelles batteries d’artillerie en béton modèle 1907, de 34 abris de combat pour héberger l’infanterie, de nouveaux retranchements d’infanterie en béton et de quelques canons contre-aéronefs placés dans des batteries spécialement aménagées.

Un retranchement d'infanterie avec abris bétonnés proche de Vaux début 1916. Lionel PRACHT
Un retranchement d’infanterie avec abris bétonnés proche de Vaux début 1916. Lionel PRACHT

A la veille de la Grande Guerre, les travaux ne sont pas terminés et devaient s’intensifier dans les années à venir avec l’installation de plusieurs batteries cuirassées à l’extérieur des forts et la poursuite du renforcement des fortifications de la place. Certains forts sont en plein chantier comme Douaumont, Vacherauville et Bois Bourrus.

Verdun, une place moderne

Le dirigeable Patrie dans son hangar de Belleville à Verdun en novembre 1907. Lionel PRACHT
Le dirigeable Patrie dans son hangar de Belleville à Verdun en novembre 1907. Lionel PRACHT

En 1914, la place de Verdun est découpée en 3 secteurs : N°1 Nord-Est de la place, N°2 Sud-Est de la Place et N°3 rive gauche de la Meuse. Elle possède 19 forts, dont 14 modernisés, 34 abris de combat, 4 abris cavernes, 124 batteries d’artillerie, 15 ouvrages d’infanterie, 33 magasins extérieurs et 1 redoute d’infanterie. Tout ceci est armé par 685 canons de siège, 20 canons sur affuts trucks et 70 000 hommes. Tous ces ouvrages et constructions diverses sont reliés par un réseau militaire de voie de 60. La place possède aussi un poste radiotélégraphique, un terrain d’aviation et un parc à dirigeable.

L’épreuve du feu

Vue aérienne allemande du fort du Douamont le 23 mars 1915 - Lionel PRACHT
Vue aérienne allemande du fort du Douaumont le 23 mars 1915. Lionel PRACHT

En 1914, Verdun est l’une des places les plus puissantes du système Séré de Rivières avec Toul, si bien que l’Allemagne lancera le 31 juillet 1914 un ultimatum à la France, lui demandant de lui livrer ces deux places fortes, afin de lui garantir que l’armée française n’entre pas dans les hostilités pour soutenir la Russie. Quelques jours après, l’Allemagne déclarait la guerre à la France et violait la neutralité de la Belgique.

À partir de septembre 1914, les forts du nord de la place ouvriront le feu à plusieurs reprises sur quelques patrouilles allemandes qui s’approchaient de la place.

A la fin 1914, l’État Major français ne croit plus en la fortification permanente suite à la défaite des places fortes belges, de Maubeuge, mais surtout du puissant fort de Manonviller. Les places fortes, y compris Verdun, sont complètement désarmées en août 1915 et les canons sont envoyés au front qui manquait de pièces et de munitions. Le seul armement que possède la place, reste les canons sous tourelles et de rares pièces d’artillerie. Les ouvrages sont désarmés en grande partie de leurs munitions initialement prévues. Certaines de ses munitions sont destinées à la destruction des principaux organes des forts en cas d’approche de l’ennemi, afin de les rendre inutilisables.

Plan de destruction du fort de Landrecourt à Verdun en 1916. VAUBOURG Cédric
Plan de destruction du fort de Landrecourt à Verdun en 1916. VAUBOURG Cédric

Cette situation, visible depuis le ciel et confirmé par l’espionnage Allemand ne va pas passer inaperçue auprès de l’Etat Major Allemand.

Les Allemands n’arrivant plus à progresser sur le front vont décider d’épuiser les troupes françaises en s’attaquant à la place de Verdun le 21 février 1916. Pour cela, ils vont placer une armada de pièces de gros calibre qui va bombarder la place désarmée. Certains forts ne pouvant pas se défendre du fait des tourelles prêtes à être détruites ou des garnisons qui ne sont pas formées aux maniements de l’armement se rendront, comme celui de Douaumont, qui capitulera sans combat, le 25 février 1916. Le fort de Vaux sera aussi pris, après des combats poussés jusque dans les galeries de l’ouvrage. Cette situation a été rendue possible car les casemates de Bourges n’ayant pas pu être réarmées et la tourelle de 75 qui avaient été minée volontairement pour être détruite explosera accidentellement quelques mois plutôt au début de la bataille de Verdun.

D’autres ouvrages se battront sans se rendre, alors qu’ils n’étaient pas complètement modernisés, comme les forts de Souville ou de Tavannes. Les forts modernes du nord et nord-est de la place, comme les ouvrages de Froideterre, La Laufée, les forts de Moulainville, Vacherauville, Marre et Bois-Bourrus joueront un rôle tellement important dans la bataille qu’ils prouveront que la fortification permanente reste un bon moyen de défense, mais qu’il faut apporter d’importantes modifications appelés travaux de 17 à l’intérieur des ouvrages pour faciliter la vie des soldats.

Un groupe électrogène installé dans un ouvrage de Verdun en mars 1916. Lionel PRACHT
Un groupe électrogène installé dans un ouvrage de Verdun en mars 1916. Lionel PRACHT

Les forts rempliront leur mission, en soutenant les soldats dans les tranchées qui ont fait preuve d’héroïsme. C’est à eux que l’on doit la victoire, le 19 décembre 1916, mais au prix de combien de vies pour revenir à une situation identique à celle de janvier 1916.

D’une guerre à l’autre

Pendant l’entre-deux guerres, les bétons des tourelles des forts endommagés sont réparés et les galeries de 17, placées sous les ouvrages sont bétonnées pour ne pas fragiliser la structure des fortifications.

Lors de la Seconde Guerre Mondiale, les allemands prennent Verdun dans une période de débâcle de l’armée française sans grande résistance. Certains forts, de l’est et du nord de la place ouvriront le feu comme Douaumont, Bois-Bourrus, Choisel, Vacherauville avant de se rendre.

Puis les soldats allemands y feront, au début de la Guerre, du tourisme, en y prenant un grand nombre de photos.

Fin 1942, la situation se renverse pour l’Allemagne qui s’enlise en Russie et qui manque de matière première pour son matériel de guerre et la construction du mur de l’Atlantique. Les ouvrages de Verdun comme les autres du système Séré de Rivières sont ferraillés sous l’organisation Todt. La totalité des forts perdra à cette période les grilles défensives et quelques éléments métalliques. D’autres forts subiront des ferraillages plus importants sur les cuirassements, comme l’ouvrage de La Laufée, les forts de Bois-Bourrus, Choisel, Marre et Vacherauville qui perdront leurs tourelles.

La fin d’une époque

Après la Seconde Guerre Mondiale, la place de Verdun est la moins endommagée par les ferraillages, les forts qui sont de moins en moins utilisables, sont repris par l’armée française qui les abandonne au fur et à mesure des années.

Aujourd’hui, la majorité de ces ouvrages appartiennent encore à l’armée et sont interdits d’accès, seuls les forts de Douaumont, de Vaux et l’ouvrage de La Falouse sont ouverts au public.

Vue aérienne du fort de Douaumont. VAUBOURG Julie
Vue aérienne du fort de Douaumont. VAUBOURG Lucas