
Les cuirassements et casemates des fortifications Séré de Rivières
Liste des cuirassements ou casemates installés dans les fortifications Séré de Rivières:
Les cuirassements d’attaque destinés à la défense lointaine
Les casemates cuirassées
La casemate Mougin en fer laminé contre le canon de campagne
La casemate Mougin en fer laminé contre le canon de campagne est le premier cuirassement que la France va installer dans ses fortifications. Elle est conçue par le Commandant Mougin en 1875, qui aura l’autorisation du ministre pour en produire 4 exemplaires en attendant les résultats des expériences de Gavres … Lire la suite

La casemate Mougin de 155L modèle 1878 en fonte dure contre le canon de siège
La casemate Mougin en fonte dure de 155L est le troisième cuirassement que la France va installer dans ses fortifications. Elle est mise au point par le Commandant Mougin en même temps que la tourelle en fonte dure dès 1874, pour lutter contre le canon de siège en surveillant des passages d’invasion … Lire la suite

Les casemates en maçonnerie
En 1874, pour compléter le dispositif des pièces d’artillerie à l’air libre, on place certaines pièces sous casemates … Lire la suite

Les tourelles tournantes
La tourelle Mougin modèle 1876
La tourelle Mougin modèle 1876 est la première tourelle française mise au point par la commission des cuirassements et le Commandant Mougin après une série d’expériences, de 1874 à 1878, … Lire la suite

La tourelle Mougin type Saint-Chamond
La tourelle Saint-Chamond est le premier modèle de tourelle tournante à double canons qui sera installée dans les fortifications après la crise de l’obus torpille… Lire la suite

La tourelle de 155 court type Montluçon
La tourelle de 155C type Montluçon est destinée soit à remplir un rôle d’interdiction, soit à soutenir la lutte d’artillerie. … Lire la suite

La tourelle de 240 de côte Schneider
En France, l’artillerie destinée à la défense des côtes est entièrement installée à ciel ouvert ou, exceptionnellement sous casemate. Aucune pièce n’est placée sous une tourelle cuirassée. Il n’en est pas de même à l’étranger et l’on trouve des tourelles de côte … Lire la suite

La tourelle tournante modèle 1908 pour un canon de 155 court
La tourelle de 155 court type Montluçon n’ayant pas été retenue par l’armée, une nouvelle tourelle pour un canon de 155 court d’un prix moins élevé est … Lire la suite

Les tourelles à éclipse
La tourelle Bussière pour deux canons de 155 long
La tourelle Bussière est la première tourelle à éclipse française. Elle est proposée pour la défense des fortifications terrestres après la crise de l’obus torpille… Lire la suite

La tourelle Galopin modèle 1890
La tourelle Galopin est une tourelle pour deux pièces de gros calibre destinées à faire du tir tendu, soit dans un but d’interdiction soit pour engager la lutte d’artillerie. Elle est inventée par le Commandant Alfred Galopin en 1889, suite aux résultats des expériences du Camps de Châlon sur … Lire la suite

La tourelle Galopin modèle 1907
La tourelle Galopin modèle 1890, armée de deux canons de 155 long, est d’un prix de revient très élevé. On n’en a installé que cinq exemplaires sur la frontière de l’Est, il faut donc trouver un cuirassement aussi performant mais moins coûteux. Ce travail est confié à la section technique du Génie qui propose en … Lire la suite

Les cuirassements de petits calibres destinés à la défense rapprochée
Les tourelles à éclipse
La tourelle de mitrailleuse GF3 modèle 1899
Les tourelles de mitrailleuses GF3 sont destinées à la défense rapprochée de l’ouvrage dont elles font partie.… Lire la suite

La tourelle de 75R modèle 1905
La tourelle de 75R 05 est une tourelle à éclipse inventée en 1901 et qui sera adoptée par l’Etat-Major en 1905. Elle est destinée en principe au flanquement des intervalles,… Lire la suite

La tourelle de mitrailleuse GF4 modèle 1905
La mitrailleuse Hotchkiss modèle 1900 a été en effet adoptée pour l’armement de toutes les tourelles pour mitrailleuses GF4, en raison de .… Lire la suite

La tourelle de projecteur de 90 modèle 1904
Pour éclairer les lignes de défense la nuit, on utilise après 1870 des projecteurs mobiles placés sur des chariots tirés par une locomotive routière. La majorité des forts ou des places fortes en possédaient. Mais, dans les forts les plus stratégiques, on cherche à placer ces projecteurs sous abris bétonnés ou cuirassés. Le premier phare … Lire la suite

La tourelle de 57 est le premier cuirassement de petit calibre. En effet, les études portaient principalement jusqu’en 1888, sur des cuirassements allant du calibre de 138 au 155.… Lire la suite

Les cloches blindées
Dès le début de la bataille de Verdun en 1916, la fortification permanente de la place va jouer un rôle très important. Malheureusement, ces ouvrages en maçonnerie ou en béton qui sont la cible de l’artillerie ennemie, ne résistent pas, ou difficilement aux obus de très gros calibre. A partir d’avril 1916, d’importants travaux dits … Lire la suite

Les cuirassements fixes et constructions diverses
Les observatoires cuirassés sont les yeux du fort, ils sont inventés en 1892 pour mettre à l’abri des obus ou des balles les soldats… Lire la suite

Les abords des fortifications doivent pouvoir être surveillés en permanence. Or la position des sentinelles placées sur le rempart … Lire la suite

Il existe deux types d’observatoires bétonnés dans les fortifications Séré de Rivières. Les observatoires bétonnés avant la Grande Guerre … Lire la suite

Les casemates bétonnées ou à l’épreuve
La casemate de flanquement dite de Bourges de 95 de côte adoptée en 1899
La casemate de flanquement est étudiée en 1885 par le Commandant du Génie Laurent. Elle sera adoptée après des expériences à Bourges le 17 août 1899 et prendra le nom de casemate dite de Bourges… Lire la suite

Les autres casemates de flanquement pour pièces légères
De 1913 à 1914, deux casemates de flanquement pour pièces légères d’un modèle réduit des casemates dites de Bourges seront construites à Nice près de la batterie de la Bégude. Ces casemates n’ont pas été armées d’après … Lire la suite

La casemate de flanquement de montagne de 95 de côte adoptée en 1899
À partir de 1899, certains ouvrages prioritaires des Alpes seront équipés de casemates de flanquement de montagne analogues au type de Bourges, armées de canons de 95 sur affût de côte.… Lire la suite

Dans la fortification terrestre, les abords des ouvrages sont éclairés de nuit par des projecteurs mobiles allant d’un diamètre de 45 à 90 cm, mais dans les fortifications… Lire la suite

La casemate de flanquement dite de Bourges pour canons de 75 à tir rapide adoptée en 1902
Afin d’harmoniser les différents types de munitions, chaque point d’appui (forts et ouvrages intermédiaires) de la ligne principale de défense doit, en principe, être muni de canons de 75 mm à tir rapide… Lire la suite

Les batteries de rupture sont destinées à un tir de perforation à petite distance. Elles ne comprennent que 2 ou 3 pièces de gros calibre, … Lire la suite

Les cuirassements et les casemates bétonnées dans les fortifications Séré de Rivières
Après la guerre de 1870, les fortifications du système Séré de Rivières se composaient de forts qui pouvaient aller dans certains ouvrages à plus de 100 pièces d’artillerie.
Le danger d’une telle concentration n’avait pas échappé à la Commission qui avait rédigé l’instruction, dite « de 1874 », fixant l’organisation de nos places et elle y avait paré en prévoyant que le 1/4 ou le 1/5 de l’armement de gros calibre serait placé sous cuirassement.
Les cuirassements de 1870 à 1876
Ainsi la question des cuirassements qui n’avait guère, jusqu’ici été étudiée en France, prenait tout à coup une grande importance. Une commission dite « Commission des cuirassements » fut alors nommée pour entreprendre les études nécessaires. Elle comprit un certain nombre d’officiers d’Artillerie et du Génie et d’officiers ou d’ingénieurs de la Marine.
L’âme en fut son secrétaire le Commandant du Génie Mougin.
La commission, après quelques études préliminaires à Paris, s’installa à Gâvres, où avaient lieu depuis 1855 les tirs de réception des plaques de blindage destinées à la Marine. Elle y séjourna de 1874 à 1878, et pendant cette période, elle procéda à des expériences très complètes. On se rendra compte de l’importance de ses travaux, en songeant qu’elle observa coup par coup les résultats produits par 3166 obus, qu’elle brûla 21 tonnes de poudre et utilisa 104 tonnes de métal pour ses projectiles.
Pendant que se poursuivaient ces études, on travaillait fébrilement dans l’est à refaire une nouvelle frontière. On jugea indispensable d’installer sans tarder un certain nombre de cuirassements.

Aussi, sans attendre les conclusions complètes des expériences en cours, la commission admit, à titre provisoire, une casemate cuirassée que le Commandant Mougin avait étudiée, et qui était destinée à résister seulement au canon de campagne.

Quatre exemplaires de cette casemate appelé casemate Mougin en fer laminé contre le canon de campagne ont été installés dans les forts de la Haute Moselle.
Les cuirassements de 1876 à 1881
La commission des cuirassements continua ses expériences de 1876 à 1878. Elle étudia deux métaux à blindage, le fer laminé et la fonte dure. Elle ne pouvait songer à l’acier, car si ce métal résiste bien à la pénétration, il s’étiole et se brise sous les chocs répétés.
Le fer laminé
On avait d’abord employé le fer puddlé soumis à un travail de forge, c’était le fer forgé. Les dimensions des plaques augmentant, on avait soudé à chaud au marteau pilon des « mises » comprenant des barres de fer formant des paquets placés les uns à côté des autres. A partir de 1866, ce travail de soudure fut demandé au laminoir, d’où le non de fer laminé.
Le fer laminé était employé depuis 1855 pour cuirasser les navires de guerre. Ses propriétés étaient donc bien connues. Dans la Marine, où la superposition des coups n’est pas à craindre, on a intérêt à connaître l’épaisseur limite traversée par un projectile de calibre, de poids et de vitesse donnée pour réaliser le blindage des navires.
Mais les calculs d’épaisseur des blindages des navires ne peuvent être utilisés pour les cuirassements de terre, pour lesquels ont doit employer des épaisseurs bien plus fortes pour tenir compte de la superposition des coups et de la tendance que peuvent avoir les plaques à se fendre sous les chocs répétés.
La fonte dure

La fonte dure est une fonte aciéreuse obtenue au four Siemens dans les mêmes conditions que l’acier et contenant environ 3% de carbone. Elle est coulée en coquille, c’est-à-dire sur un moule en métal d’une grande épaisseur. Le refroidissement brusque qu’elle éprouve ainsi lui communique superficiellement une grande dureté.
La fonte dure a été employée dès 1860 à la fabrication de divers objets demandant une grande dureté, tels que des roues, marteaux, enclumes, cylindres de laminoir, etc.. Vers 1863, elle fut appliquée à peu près simultanément en Angleterre par le Major Palliser et en Allemagne par Grüson à la fabrication des obus de rupture. Dès 1864, les Allemands s’en servirent avec succès dans la guerre contre le Danemark, une de leurs batteries de côte put obliger le monitor ROLPH-KRAKE pourtant cuirassé, à se retirer.
Ces projectiles ne se brisaient pas comme ceux en fonte ordinaire en arrivant sur un blindage en fer, mais se comportaient aussi bien que les obus en fer ou en acier employés à cette époque.
En 1868, la maison Grüson eut l’idée de se servir également de la fonte dure pour des cuirassements. Elle fit des expériences concluantes au polygone de Tegel contre une casemate destinée à la défense des côtes et atteignant déjà une épaisseur de cuirassement de 70 cm.

Jean-Philippe GUICHARD
En 1873 et 1874, ces expériences furent continuées sur des tourelles tournantes, et se montrèrent très favorables au nouveau métal.
Comme suite à ces études, les Allemands ont installé :
À l’embouchure du Weser :
- 9 Casemates en fonte pour un canon de 21 centimètres.
- 3 Tourelles pour 2 canons de 28 cm (585 000 francs pièce).
- 5 Tourelles pour un canon de 28 cm.
- 2 Tourelles pour 2 canons de 15 cm.
A Metz et à Cologne : 5 Tourelles pour 2 canons de 15 cm (4 à Metz et 1 à Cologne).
A Düsseldorf, 2 tourelles (tourelles en fer, avec avant-cuirasses en fonte dure).
En même temps, la maison Grüson fournissait :
- À l’Autriche, des tourelles pour abriter 14 pièces de 18 centimètres et 6 pièces de 24 centimètres.
- À la Belgique, une batterie casematée pour 6 canons de 24 centimètres.
- À la Hollande, des tourelles pour 13 canons de 24 cm et 4 canons de 15 cm.
- À l’Italie, des tourelles pour 14 pièces de 15 cm et des casemates pour des pièces de côte.

Jean-Philippe GUICHARD

Jean-Philippe GUICHARD

Jean-Philippe GUICHARD
En France, la fonte dure fut employée pour des projectiles d’abord par l’usine de Châtillon Commentry à Montluçon. En 1876, cette usine commence à l’utiliser pour des cuirassements.
L’acier
L’acier, ainsi que nous l’avons vu, ne pouvait pas à cette époque être employé dans les cuirassements parce qu’il était trop fragile. Par contre, on s’en sert en Angleterre dès 1859 pour des obus de rupture.
En 1862, Whitworth invente l’obus de rupture en acier explosant sans fusée au moyen d’une simple charge intérieure. En 1866, l’usine de Saint-Chamond fabrique couramment les projectiles en acier et en livre près de 12000 cette année-là à la Marine Française.
Ces projectiles ne produisaient pas d’effets plus sérieux que ceux en fonte dure et coûtaient bien plus cher. On les voit apparaître pour la première fois sur un champ de bataille en 1866, où grâce à eux à Lissa, la flotte en bois des Autrichiens put avoir raison des navires cuirassés italiens.
Choix de la commission des cuirassements

Il résulta des études que la commission des cuirassements entreprit de 1876 à 1878, que le fer laminé et la fonte dure étaient susceptibles, l’un et l’autre, d’être adoptés pour constituer des cuirassements. Le fer laminé, qui pouvait à cette époque s’obtenir jusqu’à 70 cm d’épaisseur, donnait ainsi toute la sécurité désirable. La fonte dure à épaisseur égale résistait moins bien, mais comme c’était un métal obtenu par coulée, on pouvait lui donner une épaisseur considérable et l’on n’était guère limité que par le poids des pièces à transporter ensuite au lieu d’emploi.

La commission se décida en faveur de ce dernier métal pour les raisons suivantes :
- 1° A égalité de résistance, la fonte dure était un peu plus économique que le fer laminé.
- 2° C’était un métal moulé, par conséquent on pouvait lui donner facilement les formes les plus compliquées et par suite les plus favorables pour la résistance. Le fer laminé au contraire exigeait des assemblages difficiles à réaliser à cette époque et un travail compliqué pour le gabariage des divers éléments.
- 3° La fonte dure avait l’avantage de briser les projectiles les plus durs que l’on pouvait alors lui opposer.
Cuirassements proposés

La Commission proposa trois sortes de cuirassement en fonte dure dont les détails avaient été étudiés par le Commandant Mougin.
- 1° Une casemate destinée à résister au canon de campagne.
- 2° Une casemate destinée à résister au canon de siège.
- 3° Une tourelle tournante destinée à résister au canon de siège.
Le premier de ces cuirassements n’a pas été exécuté, les deux autres sont la casemate Mougin pour canon de 155L modèle 1878 et la tourelle Mougin modèle 1876.
Les cuirassements de 1881 à 1885
Les nouveaux projectiles
Après 1878, des progrès considérables s’accomplissent dans la préparation des aciers et dans leur traitement métallurgique. On arrive à durcir ce métal sans lui communiquer en même temps une trop grande fragilité.
Enfin, vers 1881, on améliore encore les projectiles, non pas seulement en augmentant la proportion de carbone contenu dans l’acier, ce qui fait croître la fragilité plus rapidement que la dureté, mais surtout en employant un acier dit « spécial » contenant certains corps, tels que le chrome, le tungstène, etc..
Les nouveaux projectiles n’étaient nullement supérieurs aux anciens pour l’attaque des plaques en fer, mais ils se comportaient d’une manière toute différente contre les cuirassements en fonte dure qui brisaient les anciens projectiles et qui laissaient au contraire les nouveaux intacts.
En Allemagne, on constate dans des tirs exécutés à Meppen en août 1879 et à Buckau en octobre 1882 que la fonte dure résiste mal aux nouveaux projectiles en acier.
En France, des expériences furent entreprises d’abord par l’industrie privée, au Creusot et à Saint-Chamond, puis par l’autorité militaire au Bouchet. On en conclut que la fonte dure devait être rejetée comme métal à cuirassement.
On se rendra compte de la situation où se trouvait ce métal par le fait suivant :
L’épreuve de réception des cuirassements en fonte dure consistait en France à tirer sur une plaque de 20 cm d’épaisseur provenant de la même coulée que le métal à recevoir. Ce cuirassement devait pouvoir supporter sans se briser 5 obus de 95 en acier coulé pesant 11,4 kg et frappant le but avec une vitesse de 395 mètres. Les usines étaient parvenues à faire subir à ces plaques le tir de 10 projectiles lancés dans ces mêmes conditions.
Lorsqu’on employa le nouvel acier, le premier projectile produisit déjà des fissures et les suivants brisèrent complètement la plaque.
Solution admise en France

On se demanda en France ce qu’il y avait lieu de faire des 25 tourelles Mougin en fonte dure qui venaient à peine d’être installées dans nos ouvrages. Fallait-il déjà songer à remplacer ces cuirassements ? Finalement, on se décida à laisser dans leur état primitif les tourelles en service, mais on cessa d’en fabriquer de nouvelles.
Cette décision était justifiée par les considérations suivantes :
1° Les usines françaises étaient les seules à ce moment à préparer les projectiles aussi dangereux pour la fonte dure. L’Angleterre n’adopta l’acier pour ses obus dans les tirs de réception qu’en 1888. Ces nouveaux aciers étaient très coûteux (1,2 Francs le kilo). On pensait donc qu’il faudrait beaucoup de temps pour que les nations étrangères possédassent dans leurs parcs de Siège un approvisionnement de pareils obus.
Dans ces conditions, on pouvait espérer que les cuirassements en fonte dure que nous avions installés pourraient pendant longtemps encore offrir une résistance suffisante. On devait donc les laisser en place.
2° On ne savait pas exactement quel était le métal qu’il convenait de substituer à la fonte dure.
Chaque établissement métallurgique exaltait la supériorité de ses produits, mais les résultats obtenus dans les tirs de polygone n’étaient pas probants.
Il eut été imprudent de chercher à améliorer les anciennes tourelles ou d’entreprendre l’établissement de nouveaux engins analogues avant d’être complètement renseigné. Il convenait donc d’attendre qu’une conclusion se dégageât des expériences et des essais entrepris de tous les côtés.
Nouveaux métaux en présence
Quels étaient donc les métaux que l’industrie métallurgique pouvait offrir à l’ingénieur militaire ? Celui-ci pouvait choisir parmi des types très variés, c’étaient le fer laminé, l’acier forgé, le métal mixte, l’acier coulé et trempé, l’acier doux laminé.
Deux métaux surtout paraissaient particulièrement intéressants, le fer laminé et le métal mixte.
Le fer laminé
Le fer laminé, qui avait été abandonné en 1878 pour la fonte dure, pouvait toujours être employé comme métal à cuirassement. Il n’avait rien perdu de son ancienne valeur. Comme par le passé, il se laissait pénétrer par les projectiles, mais il ne se fendait pas. Les nouveaux obus ne produisaient pas sur lui des effets plus considérables que les anciens, à force vive égale. Il suffisait de l’employer sous une épaisseur en rapport avec le degré de protection que l’on désirait obtenir.
C’était d’ailleurs là, la solution admise dans la Marine. A mesure que le projectile augmentait de puissance, elle s’était contentée d’épaissir la cuirasse.
En France par exemple, « La Gloire » mise en chantier en 1858 avait une cuirasse de 10 cm d’épaisseur.
En 1865, avec « L’Océan », on atteint 20 cm, en 1872, avec « Le Courbet » 38 cm, enfin en 1881 avec « Le Redoutable », 55 cm, maximum qui n’a pas été dépassé.
Avec ces épaisseurs, les navires étaient très lourds, aussi la Marine adopta-t-elle avec empressement un métal nouveau, le métal mixte.
Le métal mixte
Celui-ci fut obtenu pour la première fois en Angleterre aux usines de Sheffield. Il était préparé suivant deux procédés. Aux usines Cammels, on coulait une couche d’acier dur sur une plaque en fer portée au rouge et ayant une épaisseur double. Aux usines Brown, on unissait une couche d’acier laminé très dur à en sommier en fer au moyen d’une coulée de métal fondu.
On espérait avec ces combinaisons diverses allier la dureté de l’acier à l’absence de fragilité du fer.
Expériences de Saint-Chamond
En avril 1884, l’usine de Saint-Chamond entreprit des tirs pour se rendre compte de la valeur respective des divers métaux à cuirassement. Elle fit porter ses essais sur un voussoir en fonte dure analogue à ceux employés dans les tourelles françaises, c’est-à-dire de 60 cm d’épaisseur et compara ce voussoir à deux plaques ayant une épaisseur telle que le prix de revient des trois cuirassements fût le même à surface protégée égale. C’étaient une plaque en métal mixte de 32 cm d’épaisseur et une autre en fer laminé de 45 cm.
On employa comme projectiles des obus de 155mm en acier chromé frappant le cuirassement avec une vitesse restante de 465 mètres.
Au troisième coup, la fonte dure fut brisée en deux morceaux.
Au deuxième coup, le métal mixte fut mis hors de cause.
On tira 11 projectiles sur la plaque de fer laminé sans la fendre et il fallut concentrer 7 coups au même point pour arriver à la percer.
L’usine en conclut que c’était à tort que l’on avait adopté la fonte dure en 1878, dans les cuirassements de terre exposés au choc répété des projectiles.
Il ne fallait pas chercher à briser les obus, dans cette lutte inégale, le projectile devait toujours finir par l’emporter. On devait choisir un métal aussi peu fragile que possible pour qu’il ne se fendît pas et l’employer sous une épaisseur suffisante pour qu’il ne pût que difficilement être percé. Le fer laminé convenait parfaitement.
Ce résultat allait être plus complètement encore mis en évidence dans les expériences qui eurent lieu en 1885 et 1886 au polygone de Cotroceni près de Bucarest.
Expériences de Bucarest
Vers 1885, le gouvernement Roumain voulut fortifier sa capitale, Bucarest. Il confia la haute direction des études au Général Brialmont dont la compétence était bien connue, grâce aux nombreux ouvrages qu’il avait publiés et aux travaux considérables qu’il avait exécutés à Anvers.
Fervent disciple de Montalembert, Brialmont fit adopter un système de fortification dans lequel tous les organes de la défense étaient concentrés en un petit nombre de forts, comportant une puissante artillerie, le cuirassement d’un grand nombre de pièces s’imposait.
Il s’agissait de déterminer le meilleur type de tourelle à adopter et le métal dont on devait faire emploi.
La solution de ce double problème était malaisée, car les propositions faites par les diverses usines productrices de cuirassements étaient fort différentes. Des expériences seules pouvaient trancher la question.
Le gouvernement Roumain résolut alors d’ouvrir un concours de tourelles : deux usines répondirent à son appel, l’usine Grüson, présentant une coupole établie d’après les idées du Major Schumann, et l’usine de Saint Chamond avec une tourelle construite sur les plans du Commandant Mougin
Tourelle française Saint-Chamond

L’engin présenté par l’usine française avait une forme cylindrique. C’était une tourelle comportant une paroi verticale en fer laminé de section circulaire ayant 1,2m de hauteur et 4,8 m de diamètre extérieur. Cette partie est formée de 3 plaques cintrées de 45cm d’épaisseur assemblées à rainure et languette. Une d’entre elles porte deux embrasures distantes de 96 cm. Sur la muraille est placé un plafond plat comprenant deux plaques en fer laminé de 18 cm d’épaisseur assemblées à queue d’aronde. Le toit est fixé par 36 grosses vis placées de l’extérieur dans une feuillure circulaire pratiquée sur le plan supérieur de la muraille.
Charpente
Le cuirassement repose sur une couronne en tôles et cornières contenant à l’intérieur 10 galets verticaux et 6 horizontaux, qui prennent appui sur une circulaire de roulement en fonte de forme appropriée.
Ils sont simplement directeurs et ne portent nullement une partie du poids de la tourelle.
La couronne est supportée par trois panneaux verticaux en tôles et cornières boulonnés sur un chapeau en fonte. Celui-ci contient un pivot en acier de 42 cm de diamètre, coiffant un pot de presse en fonte tubé d’acier.
Le pot de presse est noyé au centre d’une voûte en dôme séparant l’étage inférieur et supérieur de la tourelle. II supporte la totalité du poids de la tourelle.
Au moyen d’une petite pompe à main, on peut injecter dans le pot de presse de l’eau glycérinée et substituer ainsi, pendant la rotation de la tourelle, au frottement de deux métaux l’un sur l’autre celui, beaucoup plus doux, d’un métal sur un liquide. Par le même procédé, on peut élever la tourelle de 50 cm ce qui permet d’effectuer facilement certaines réparations.
Substruction
Cet ensemble est placé dans une sorte de puits en maçonnerie, dont la margelle est formée par une avant cuirasse en fonte dure comprenant quatre morceaux et précédée d’une collerette en béton de ciment.
Armement
L’armement se compose de deux canons de 155 long munis de freins hydrauliques limitant le recul à 40 cm et assurant le retour en batterie. Ces freins permettaient aux canons de reculer suivant leur axe et non plus dans la direction de la plateforme de l’affût. Dans la détermination des dimensions à donner aux embrasures, il n’y avait donc pas eu à tenir compte du recul des canons et ces ouvertures avaient pu être réduites à un rectangle 29 X 29 cm. C’était là un grand perfectionnement sur la tourelle en fonte dure.
Le principe de l’affût est le suivant :
Chaque canon est embrassé, à hauteur des tourillons, par une jaquette. Celle-ci est munie de tenons qui peuvent se déplacer dans des glissières ménagées dans les deux flasques d’affût. La direction des glissières est celle de l’axe des canons.
Les flasques sont reliés par un levier à fourche à une cheville ouvrière horizontale placée très près sous l’embrasure. L’ensemble tourne autour de cet axe, soit sensiblement par le centre de l’embrasure.
Les flasques sont de plus guidés par des tenons pénétrant dans des rainures circulaires ménagées dans les panneaux de la charpente.
Chaque affût est suspendu par les flasques à deux chaînes passant sur des poulies de renvoi fixes et supportant un contrepoids laissant au canon une prépondérance de 500kg.
Chaque frein se compose de deux corps de pompe superposés et reliés invariablement aux flasques. Le piston du cylindre supérieur est réuni à la jaquette du canon, l’autre peut bander une double colonne de rondelles Belleville. Les deux cylindres sont réunis par deux soupapes, l’une automatique ne s’ouvrant que dans un certain sens, l’autre commandée à la main.
Lorsqu’un canon part, il recule avec sa jaquette. Le piston du cylindre supérieur envoie de l’eau glycérinée dans le cylindre inférieur dont le piston arme les rondelles Belleville. Le recul terminé, tout reste en état, car la soupape automatique se referme. En ouvrant à la main l’autre soupape les rondelles ramènent le canon en batterie.
Pointage
Le pointage est assuré comme dans la tourelle Mougin en fonte dure.
Le mouvement de rotation continu est donné par un treuil à cabestan placé à l’étage inférieur et actionnant un pignon qui engrène avec une crémaillère à dents en bois pouvant facilement être replacée en cas de besoin, fixée à la partie mobile de la tourelle.
Prix de revient
Le prix de revient de la tourelle était de 230.000 francs.
Coupole allemande

L’ouvrage présenté par l’usine Grüson avait la forme d’une calotte sphérique. C’était une coupole formée de 7 plaques de 20 cm d’épaisseur, 6 formant une couronne circulaire, la septième hexagonale formant la clef. La plaque portant les embrasures, ainsi que les deux voisines, sont en fer laminé, les autres en métal mixte.
Ces diverses parties sont unies par des goujons à queue d’aronde à un platelage formé de deux tôles de 20 mm d’épaisseur chacune et assemblées par des boulons. Le diamètre extérieur est de 5,92 m et la hauteur au-dessus de l’avant cuirasse de 98 cm.
Le cuirassement repose sur trois panneaux qui sont boulonnés sur un chapeau porté par un pivot à vis. On peut faire monter ou baisser légèrement ce pivot en agissant avec une clef sur l’écrou qui l’entoure. L’ensemble est enfin tenu en équilibre au moyen de trois roulettes à ressort.
Substruction
La coupole est installée dans un puits dont la margelle est formée par une avant-cuirasse en fonte dure précédée d’une collerette en béton.
Armement
L’armement comprend deux canons Krupp de 15 cm. Ceux-ci sont fixés dans le cuirassement du côté de la bouche. Les canons n’ont donc comme recul que celui permis par les roulettes à ressort. A cet effet sur la volée des pièces est placé un collier muni de deux tourillons qui pénètrent dans le cuirassement.
Du côté de la culasse, les canons s’appuient sur deux butoirs circulaires portant une graduation. Les pièces sont équilibrées par un contrepoids agissant à l’extrémité de chaînes attachées au canon et passant sur des poulies de renvoi fixes.
Pointage
Le pointage est généralement direct. Le pointage en hauteur s’obtient en agissant sur une manivelle qui déplace la culasse des pièces sur les butoirs circulaires.
Le pointage en direction peut être réalisé de deux manières différentes. On peut d’abord pointer directement sur le but au moyen d’un œilleton et d’une hausse fixés tous deux au cuirassement. Le pointeur passe la tête au-dessus de la cuirasse grâce à une ouverture qui s’y trouve ménagée.
On peut enfin viser par un canal percé dans le cuirassement du côté opposé à la bouche des pièces.
Si on pointe ainsi directement sur le but, il faut ensuite faire tourner la tourelle de 180°. Ce deuxième procédé est peu précis et a l’inconvénient de diminuer la rapidité du tir. Il n’a pas été employé dans les expériences de Bucarest
Mouvement de rotation
On donne à la coupole un mouvement de rotation en agissant sur une manivelle fixée aux panneaux qui portent la cuirasse. On commande ainsi un pignon qui engrène avec une roue dentée fixée au sol. On peut aider au mouvement en agissant sur 3 bras attachés aux roulettes à ressort.
Prix de revient
Il résulte de la description que nous venons de donner de la coupole Grüson que celle-ci fait corps avec les canons et recule avec eux, de là le nom d’affût cuirassé que lui donnait Schumann.
Le prix de la coupole était de 187.000 francs.
Conclusion
Nous croyons sans intérêt d’exposer les détails des différents essais auxquels furent soumises les deux tourelles, du 18 décembre 1885 au 23 janvier 1886, sur le polygone de Cotroceni près de Bucarest. Nous nous contenterons de résumer les conclusions auxquelles on est arrivé et qui permettent de plus de comparer deux systèmes de cuirassement, qui, bien qu’ayant tous deux évolué, ont conservé néanmoins leurs différences caractéristiques premières.
- La tourelle française tirait près de deux fois plus rapidement que la coupole allemande.
- Le tir de la tourelle fut tout à fait comparable, comme précision, au tir d’un canon de 155 placé sur un affût de siège et placé à ciel ouvert.
Le tir de la coupole fut un peu moins précis, car le départ d’un canon déréglait légèrement le pointage en direction de l’autre.
Après l’exécution de la brèche dans les cuirassements, on reprit les tirs dans les tourelles. On constata que l’engin français avait conservé toute sa précision. Celle-ci, au contraire, avait bien diminué dans la coupole allemande. C’est qu’en effet, par suite du tir en brèche, et peut-être aussi simplement sous l’action de son propre tir, la coupole n’avait pas conservé le même état d’équilibre. Les roulettes avaient souffert, les ressorts avaient dépassé leur limite d’élasticité et l’ensemble ne reprenait plus sa situation primitive après le recul que causait chaque coup.
Comme conclusion, l’affût cuirassé à deux canons n’a pas donné de bons résultats. Il importe d’avoir un canon indépendant du cuirassement. - Pendant l’exécution du tir en brèche, la tourelle française était restée entièrement habitable, plusieurs officiers, et le roi de Roumanie lui-même, restèrent à l’intérieur pendant une partie de ces tirs. Au contraire, le séjour dans la coupole allemande eut été dangereux, par suite de la chute des boulons qui réunissaient les deux tôles du platelage.
Comme conclusion, il faut supprimer du ciel des tourelles tout organe capable de se détacher sous le choc causé par les projectiles, tel que boulons, rivets, anneaux de manœuvre, etc. - Le cuirassement des tourelles fut jugé comme mis en brèche après le même nombre d’atteintes, soit 63. Mais il y a lieu de remarquer que pour arriver à ce résultat, il avait fallu tirer 139 projectiles sur la coupole et 94 seulement sur la tourelle.
La forme en coupole de la tourelle allemande était donc supérieure à la forme cylindrique de la tourelle française. La première, vue de la batterie d’attaque, n’offrait en effet qu’un but peu apparent de 3,99 m de surface. La seconde au contraire se présentait comme une cible rectangulaire bien plus visible de 4,98 m de surface.
Toutefois, il y avait lieu de remarquer que les brèches ne s’étaient pas produites dans les mêmes conditions. La coupole avait été défoncée dans une partie très résistante, au milieu d’un voussoir, la tourelle au contraire, avait été attaquée à sa partie supérieure, c’est-à-dire à l’endroit offrant le moins de résistance. Enfin, les empreintes étaient plus resserrées sur la tourelle, elle avait reçu 37 coups par mètre carré tandis que la coupole allemande n’en avait que 30.
En résumé, on peut dire que les tourelles présentaient la même vulnérabilité, mais il y a lieu pour l’avenir d’adopter pour le cuirassement la forme en coupole et d’abandonner la forme cylindrique. - Au point de vue de la nature du métal, le fer laminé parut supérieur au métal mixte, il se laisse bien pénétrer par les projectiles, mais il ne se fissure que difficilement.
Pour arriver à fendre la ceinture de 45 cm de la tourelle française, il fallut grouper au même point un nombre suffisant de projectiles pour atteindre une pénétration de 40 cm.
Le métal mixte au contraire résiste bien aux premiers coups, mais ensuite la partie aciérée des plaques se détache du sommier en fer et l’ensemble est rapidement détruit.
Comme conclusion, le fer laminé semblait le meilleur métal à cuirassement. - On ne put être renseigné sur les effets du tir vertical, car sur 164 projectiles tirés à 2500 mètres par deux mortiers Krupp de 21 cm, aucun n’atteignit les cuirassements.
- Les avant-cuirasses en fonte dure résistèrent convenablement. Celle de la tourelle allemande ne se fissurèrent qu’après qu’on eut tiré, de très près, 6 coups aux mêmes points. Attaquée dans les mêmes conditions, l’avant-cuirasse française fut plus résistante encore, des criques superficielles ne se montrèrent qu’au dixième coup.
- Les coups touchant les embrasures ou les parties voisines parurent très dangereux. Le danger était plus grand dans la tourelle allemande présentant des embrasures fixes que dans la tourelle française qui avait un mouvement continu de rotation.
La volée des pièces qui dépassaient le cuirassement constituait aussi un point faible. On reconnut qu’il serait bon de renfermer le plus possible les canons à l’intérieur du cuirassement et de placer un obturateur d’embrasure pour éviter que la fumée sortant de la bouche des pièces ne pénétrât ensuite dans la tourelle.
Un système d’éclipse permettant de dérober les embrasures après chaque coup parut désirable, mais on ne jugea pas la solution possible.
Conséquences
Les expériences de Bucarest eurent un retentissement considérable et furent commentées par la presse militaire dans tous les pays. A côté des renseignements techniques qu’elles apportèrent à l’ingénieur militaire, elles eurent l’avantage de faire tomber les principales objections formulées par les adversaires des tourelles et permirent de répondre victorieusement aux critiques que ces engins avaient soulevées.
Elles se terminèrent par une victoire pour l’industrie française, car la Commission Roumaine émit l’avis, par six voix sur neuf, d’admettre la tourelle Mougin telle quelle. Les 3 autres membres demandèrent quelques modifications.
Toutefois à ce moment, la Roumanie apprit les résultats obtenus en France dans les tirs de la Malmaison avec les obus torpilles. Elle dut en conséquence modifier profondément les plans primitifs établis par Brialmont pour les fortifications de Bucarest et elle ne commanda qu’en 1891 les tourelles dont elle avait besoin. Elle commanda à l’industrie française 204 tourelles d’un montant de 23 millions de francs.
Les cuirassements de 1886 à 1914
L’apparition de l’obus torpille ouvre la cinquième période de l’histoire des cuirassements.
On a vu qu’en France la Commission de 1874 avait prévu l’installation sous cuirasse du 1/4 ou du 1/5 des pièces de gros calibre qui devaient armer nos forts.
Le prix élevé des tourelles et des casemates, les doutes qui s’élevèrent bientôt sur la résistance de la fonte dure, firent qu’en somme une très faible quantité de nos pièces se trouvèrent cuirassées (seules 25 tourelles en fonte dure et 14 casemates cuirassées ont été installées).
On peut dire qu’en général, on ne protégea que quelques rares pièces ayant un rôle spécial à remplir.
L’apparition de l’obus torpille fit éclater aux yeux de tous le peu de valeur d’une telle fortification et l’on dut en 1885, en venir à la solution préconisée dès 1872, par le Général de Villenoisy.
Etablir tout autour des places une position de combat dans laquelle les batteries sont protégées par leur défilement par les formes mêmes du terrain.
Les cuirassements n’étaient pas pour cela condamnés et il était nécessaire d’y avoir recours pour les quadruples buts suivants :
1° La dispersion des batteries avait été accompagnée d’une dispersion analogue pour les troupes d’Infanterie. Mais celles-ci, sans une organisation spéciale, devaient fatalement succomber rapidement devant les effectifs supérieurs de l’attaque. Un des moyens employer pour augmenter leur capacité de résistance consiste à balayer tout le terrain en avant d’elles par de puissants feux de flanc, créant ainsi une zone de mort dans laquelle les approches de l’ennemi seront des plus difficiles.
Ces feux de flanc peuvent être exécutés par de l’Infanterie ou de l’Artillerie installées à ciel ouvert, mais il est alors facile de les neutraliser par un tir à mitraille. Ces feux conservent au contraire toute leur valeur s’ils s’exécutent à couvert.
On peut généralement abriter les pièces de flanquement d’une manière économique dans des casemates à embrasures défilées, mais il est certains cas où cette solution n’est pas possible. Il faut alors avoir recours à des pièces sous tourelles.
2° Il peut arriver que l’on ne trouve pas dans certaines régions de la ligne principale assez de positions défilées pour l’installation de l’Artillerie
Pour réunir le nombre de pièces voulues, tout en leur assurant une bonne protection, on est alors conduit à placer des canons sous tourelles.
3° Pour défendre contre les entreprises de l’ennemi les points importants de la position principale, on les entoure d’une crête de feu d’Infanterie. Mais celle-ci peut être bouleversée par les obus à grande capacité, ou rendue intenable par un tir à mitraille. Il est donc nécessaire de la renforcer par des canons de petit calibre ou des mitrailleuses qui trouvent dans leur installation sous tourelles toute la protection désirable.
4 ° Enfin, notre organisation défensive ne comprend pas seulement des grandes places, mais encore des positions moins importantes où la défense est réduite souvent à un seul fort. La concentration de tous les organes de l’action lointaine et de la lutte rapprochée s’impose alors et tout l’armement doit être placé sous cuirasse.
Résumé.
En résumé, l’apparition de l’obus torpille, en faisant éclore un nouveau système de fortification, a conduit à l’établissement d’un programme très complet comprenant, non plus seulement quelques tourelles pour des pièces de gros calibre, mais des engins armés de pièces de tout calibre et organisés en vue des rôles divers qu’on entend leur faire jouer.
Les expériences de Bucarest ne parurent pas suffisantes pour réaliser d’emblée un programme aussi vaste. Il fallait d’ailleurs étudier l’effet sur les cuirasses des obus à grande capacité, de nouvelles expériences s’imposaient donc.
Expériences du Camp-de-Châlons
Ces expériences ont été exécutées d’octobre 1887 à mai 1888 au Camp de Châlons, suivant le programme de la Commission de révision de l’Instruction du 9 mai 1874, par une Sous-Commission, composée d’officiers d’Artillerie et du Génie, souvent appelée « Sous-Commission d’expériences de Châlons ». Leur but était d’abord d’éprouver le fonctionnement et la précision du tir des tourelles, puis leur résistance aux projectiles alors en service ou en essai, ainsi que la résistance de ces projectiles sur une caponnière cuirassée d’escarpe. Elles ont été terminées dans le premier semestre de 1888.
Expériences sur les tourelles

Service Historique de la Défense Vincennes 2V177
Les tourelles sont logées dans un même bloc de béton au nombre de trois, à savoir : une tourelle à éclipse (Fives-Lille) du type Bussière, armée de deux canons de 155 L qui avait été imaginée par le Lieutenant-Colonel Bussière, une tourelle tournante type Saint-Chamond, armée de même, qui était due au Commandant Mougin. Une troisième tourelle type Montluçon pour un obusier de 155C (Châtillon et Commentry) sera testée en même temps, elle sera décrite un peu plus tard.
Les tourelles sont protégées par des avant-cuirasses, composées de secteurs diversement constitués, noyés dans le massif de béton (fonte dure, acier coulé et fer laminé).
Essais de fonctionnement et de tirs de précision des tourelles à éclipse et tournante
Après remaniements à la suite des premiers tirs, la précision du tir de ces deux tourelles a été comparable à celle des matériels de siège, mais la ventilation a laissé à désirer, les salves ont pu se succéder à des intervalles de 2 minutes environ. Les tirs de fonctionnement à exécuter après les tirs d’attaque de plein fouet, n’ont pu être exécutés qu’avec la tourelle de Saint-Chamond, la tourelle de Fives-Lille n’ayant pu être réarmée, après avoir subi les tirs d’embrasure. Le fonctionnement et la précision du tir de la tourelle de Saint-Chamond ont été les mêmes qu’avant les tirs d’attaque. La tourelle de 155 court type Montluçon, non encore armée, n’a pas pris part aux essais de tir.
Obus tirés contre les tourelles
Les tirs ont été réalisées avec des pièces des 155 et des mortiers de 220 et de 270 avec :
– Des obus de rupture type A (sans chargement) et type B (chargés en mélinite fondue), pesant, en nombres ronds, suivant le calibre, 53, 153 et 286 kilogrammes, dont 1,6 kg, 6 kg et 10 kg d’explosif et ayant, les uns une tête plate, pour attaquer les surfaces fuyantes (tourelles et coupoles), les autres une ogive pour attaquer les parois verticales; les obus à tête plate sont, le plus souvent, dotés d’ogives rapportées en zinc.
– Des obus allongés contenant, suivant le calibre, 12, 36 et 65 kg de mélinite.
– Des obus à grande capacité, appelés aussi obus-pétards, ainsi nommés parce qu’ils sont organisés de façon que, leur partie antérieure s’écrasant au choc, le centre de gravité du chargement se rapproche le plus possible de l’obstacle à briser. A cet effet, ces obus, longs de 2 cal. 1/2, ont une tête hémisphérique non trempée. L’obus-pétard de 270 pèse 120 kilogrammes, dont 40 kg de mélinite. Pour une charge donnée d’explosif, cet obus a fourni à Châlons, les meilleurs résultats.
Principaux effets des tirs d’attaque

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- Les tirs de plein fouet à obus de rupture de 155 ont été exécutés à 150 mètres, avec des charges donnant les vitesses au choc des projectiles du même calibre, tirés à 2500 ou 3000 mètres, avec les canons de 155 mm les plus puissants de l’époque. Les obus qui n’ont pas ricoché ont donné seulement des empreintes d’une douzaine de centimètres de profondeur moyenne, les empreintes des obus, à tête plate, chargés ou non, favorisant la pénétration (sans ricochet) des obus à ogive.
- Les tirs d’embrasure ont été exécutés avec des obus ordinaires, des obus à mitraille et des obus allongés de 90 millimètres, tirés à 2400 mètres, et, ensuite, avec des obus de rupture de 155, tirés à 150 mètres. Des tirs d’infanterie contre les embrasures ont été aussi essayés avant les tirs d’embrasure de 155.
- Les effets des obus de 90 sur les cuirassements mêmes ont été insignifiants. Des éclats ont, par contre, pénétré par les embrasures incomplètement obstruées de la tourelle tournante et un seul obus allongé a brisé les deux volées des faux canons en fonte, qui faisaient saillie hors de la tourelle, alors que les bouches des canons de la tourelle à éclipse ont reçu seulement des éclats.

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- Les tirs d’infanterie n’ont rien donné sur le personnel de la tourelle à éclipse et à peu près rien sur celui de la tourelle tournante.
- Les tirs d’embrasure, de 155 ont brisé les faux canons de la tourelle tournante, ils ont, en outre, empêché de réarmer la tourelle à éclipse.
- Les tirs d’attaque sous de grands angles, à 2700 mètres, ont absorbé : 50 obus pétards de chacun des mortiers de 220 et de 270, tirés sous 30 degrés; 26 obus allongés de 155, 64 de 220 et 36 de 270, tirés sous 30° et 45 degrés; 96 obus de rupture, type B (22 de 155, 42 de 220, 32 de 270), tirés sous 45 et 60 degrés.
- La tourelle à éclipse a reçu 4 coups sur la paroi verticale et 12 sur le toit. Contre la paroi verticale, ces coups ont aggravé les effets des tirs de plein fouet et, sur le plafond, ils ont détaché des ménisques, qui ont causé, par leur chute, de graves avaries aux mécanismes.
- La tourelle de Saint-Chamond a reçu 9 coups et a mieux résisté; il ne s’est détaché qu’un ménisque.
- Le ciel de la tourelle pour 155 C a été mis hors de service par 6 obus allongés (4 de 220 et 2 de 270).
- Les coups tombés sur les avant-cuirasses ont produit peu de dégâts.
- Le massif enveloppe, en béton, a reçu 98 projectiles, à savoir 17 obus de rupture des trois calibres employés, 55 obus allongés des trois calibres et 28 obus-pétards des deux mortiers. Ils ont causé souvent des entonnoirs, dont la profondeur a varié de 0,4 m à 1m.
- Les tirs exécutés sur les avant-cuirasses, préalablement dégagées du béton qui les couvrait en avant, ont donné les résultats suivants : 17 obus de rupture des types A et B, ont détruit le voussoir en fonte dure de la tourelle à éclipse, il en a été sensiblement de même pour celui de la tourelle tournante.
- Le voussoir en acier coulé de la tourelle à éclipse a reçu 15 coups et a été perforé. Il en a été de même, après le 7e coup, du voussoir en fer laminé de la tourelle tournante, mais ce voussoir n’a pas été disloqué, ni fendu comme les autres. La perforation a d’ailleurs été causée par plusieurs coups arrivant dans la même empreinte.
Résultats des expériences au Camp de Châlons
Les expériences du camp de Châlons ont fourni tous les renseignements nécessaires pour la construction des différents genres de tourelle que la défense pouvait réclamer. Il restait toutefois à résoudre le problème posé par la Commission et relatif à la simplicité et à la rapidité que devait avoir le système d’éclipse.
Les deux tourelles expérimentées seront réparées et munies d’un certain nombre de perfectionnements (doublage en tôle, mécanismes de sécurité, ventilateur), puis elles seront installées dans les forts ou les intervalles des places fortes de Verdun et de Toul (La tourelle Bussière sera installée dans la batterie cuirassée extérieure du fort de Souville à Verdun et la tourelle Saint Chamond au fort Saint-Michel à Toul ).
Améliorations demandées aux futures tourelles à la suite des expériences
- La précision du tir de la tourelle à éclipse fut jugée suffisante, conclusion importante, car elle montrait que le problème de l’éclipse n’était pas une utopie.
- On reconnut, comme à Bucarest, que la forme en coupole est préférable à la forme cylindrique, et qu’avec cette dernière forme, la partie supérieure de la muraille est un point faible.
- Les expériences ont montré que le fer laminé de la muraille de la tourelle Buissière ne donnait pas entièrement satisfaction. La muraille de la tourelle à éclipse peut être attaquée soit par des obus de rupture soit par des projectiles à grande capacité. Pour résister aux premiers, il faut un métal relativement dur de manière que non seulement le cuirassement ne soit pas traversé, mais encore qu’il ne refoule pas et ne puisse pas venir se coincer contre l’avant-cuirasse en rendant impossible la manœuvre de la tourelle. Pour résister aux obus à grande capacité, il faut que la muraille soit constituée par un métal aussi exempt de fragilité que possible.
En 1888, les usines françaises étaient capables de produire un acier possédant la double propriété nécessaire aux cuirassements de muraille, être assez dur et pourtant peu fragile. Ce métal fut adopté par la Commission du camp de Châlons.
Quelle était donc l’origine de ce nouveau produit métallurgique ?
Nous avons vu que vers 1881, les usines travaillant pour les blindages de la Marine s’étaient mises à préparer le métal mixte qui s’était substitué au fer laminé. Une seule avait fait exception, c’était le Creusot, qui avait cherché sa voie dans la préparation des aciers. Après de longues et minutieuses recherches, cette usine était parvenue à préparer des blindages d’acier d’abord équivalents à ceux en métal mixte, puis supérieurs.
On se rendra compte du progrès réalisé par ce métal sur le fer laminé en ce qui concerne la résistance à la pénétration.
Ce métal convenait parfaitement pour constituer les cuirassements de muraille et il appartenait désormais à l’ingénieur militaire de demander cet acier aux usines, en leur imposant des essais de réception de nature à mettre en évidence les deux propriétés cherchées : dureté et absence de fragilité.
Quant à l’épaisseur à donner au cuirassement de muraille, elle dépend essentiellement du rôle que l’on assigne à la tourelle et de l’organisation adoptée pour le tir. Ces deux éléments interviennent pour déterminer la plus ou moins grande probabilité d’atteinte de cette partie du cuirassement. - Les avant-cuirasses en fonte dure n’ont pas donné au Camp de Châlons des résultats aussi satisfaisants qu’à Bucarest. La Commission en a conclu que, pour les tourelles de gros calibre tout au moins, il y avait lieu d’employer de l’acier moulé sous une épaisseur moyenne de 25 cm.
- Les jupons en métal disposés en dessous des avant cuirasses ne parurent pas indispensables et les collerettes en béton semblèrent suffisantes pour garantir l’intérieur de la tourelle.
- Une plongée circulaire en béton, de 10 mètres de largeur et de 3 mètres à 3,5 mètres de profondeur est suffisante.
Les tourelles proposées après les expériences du Camp de Châlons
Comme suite aux expériences du camp de Châlons, on vit surgir de tous côtés des projets pour résoudre le problème mécanique qui était posé. Parmi ces propositions, nous en étudierons trois particulièrement intéressantes, ce sont les tourelles Bussière, Souriau et Mougin.
La nouvelle tourelle Bussière

La tourelle Bussière testée aux Camp de Châlons sera réparée et améliorée, mais ces améliorations ne répondront pas complètement aux demandes de la Commission qui jugera sont fonctionnement trop complexe.
La tourelle du Colonel Souriau

La tourelle du Colonel du Génie Souriau repose par son pivot sur un flotteur placé dans une fosse remplie d’eau. Au niveau de l’eau, le pivot est percé de larges ouvertures permettant à ce liquide d’y entrer facilement.
Dans ces conditions, que la tourelle soit en batterie ou en position d’éclipse, le volume d’eau déplacé est toujours le même, au volume insignifiant de quelques tôles près. On peut alors équilibrer le tout de manière que la tourelle soit, dans toutes ses positions en équilibre indifférent et il suffit d’un très petit effort pour la mettre en batterie ou la faire redescendre.
Dans le projet étudié au Creusot, 4 hommes suffisaient pour actionner le mécanisme d’éclipse, mais la durée totale de la manœuvre était de 30 secondes. Il ne réalisait donc pas complètement le problème posé par la Commission du Camp de Châlons et ce projet ne sera pas réalisé car une simple fissure dans le réservoir d’eau pouvait empêcher le fonctionnement de la tourelle.
La tourelle oscillante du Commandant Mougin

Tandis que l’on cherchait à protéger les embrasures en donnant à la tourelle un mouvement vertical, le Commandant Mougin eut l’idée originale d’arriver au même résultat au moyen d’un mouvement d’oscillation autour d’un axe horizontal passant par le centre de la sphère à laquelle appartient la surface extérieure de la toiture.
Cette disposition avait sur le mouvement d’éclipse ordinaire l’avantage de donner à l’ensemble un aspect toujours identique. Rien ne venait plus avertir l’observateur ennemi de l’apparition des embrasures.
En revanche, on peut reprocher à cette tourelle la forme particulière qu’il faut donner à la partie supérieure de l’avant-cuirasse, le grand espace qui existe entre la tourelle et ses substructions et où les gaz peuvent se détendre, et enfin la solidité particulière qu’il faut donner à la chambre de tir pour éviter toute déformation.
La tourelle se compose d’une toiture en forme de coupole supportée par un corps cylindrique. Celui-ci a un fond qui forme le plancher de la chambre de tir et qui est constitué par de fortes poutres.
Ces poutres sont boulonnées sur une table en fonte portant un arbre horizontal en fer. Celui-ci repose sur des paliers boulonnés sur une plateforme qui peut tourner en plan sur un chapelet de galets coniques. La plateforme assure le pointage en direction.
Le mouvement d’oscillation est rendu possible par un équilibrage de la tourelle au moyen d’une pile de rondelles Belleville.
Ce mouvement est obtenu par quatre hommes agissant sur un treuil sur lequel sont enroulées deux cordes tirant la tourelle d’un côté ou de l’autre. La durée de la manœuvre complète était de 16 secondes.
Le prix de revient s’élevait à 300.000 francs environ.
Cette nouvelle tourelle oscillante a été construite par la Compagnie de Saint-Chamond. Après avoir été modifiée suite à l’élaboration de la tourelle Galopin, qui lui ajoutera plusieurs améliorations dont un récupérateur d’inertie qui réduit son temps de manœuvre. Elle a été la première des 29 coupoles pour 2 canons de 15 cm, dont cette usine a reçu la commande comme suite des expériences de Cotroceni.
Elle arme actuellement le fort Kitila, un des plus importants de Bucarest. Lors de son montage à Saint-Chamond on a constaté que son tir était précis et que la durée totale de la manœuvre exécutée uniquement à bras ne dépassait pas cinq secondes.
Quelle tourelle pour les fortifications françaises ?
En résumé, les différents projets qui étaient étudiés dans les usines sous la haute direction d’officiers du génie étaient des plus intéressants, mais aucune des solutions proposées n’était complètement satisfaisante. On pouvait se demander si les conditions imposées par la Commission du camp de Châlons n’étaient pas irréalisables, quand apparut une tourelle utilisant des principes nouveaux et répondant au-delà à toutes ces conditions. Ce cuirassement est la tourelle Galopin.
Principes sur lesquels reposent la tourelle Galopin.
La tourelle du Colonel Galopin ouvre la 5ème période de l’histoire des cuirassements. Avant d’en faire une description, il est nécessaire d’étudier d’abord un certain nombre de principes dont il est fait application dans ce type de cuirassement.
1° Récupérateur d’inertie.
Pour faire exécuter à une tourelle à éclipse une manœuvre complète, montée, tir et descente, il faut lui fournir une certaine quantité de travail, qui se trouve dépensée :
- 1° pour vaincre les résistances passives : frottement des pièces mécaniques les unes sur les autres, résistance de l’air dans les pièces qui se déplacent.
- 2° pour absorber la force vive que possède la tourelle quand il faut l’arrêter, en batterie pour faire feu, et en position d’éclipse pour charger et pointer les canons.
Le premier de ces travaux est transformé en chaleur, ou absorbé dans des modifications d’usure des pièces mécaniques : il est consommé sans retour.
Le deuxième de ces travaux concerne le travail total absorbé par les deux arrêts.
Ce travail atteignait 15.000km dans la tourelle Bussière du camp de Châlons, et était entièrement consommé dans des freins hydrauliques. Il eut été près de quatre fois plus considérable dans celle proposée ensuite par le même inventeur.
Pour éviter cette perte de travail, il faudrait posséder un organe qui absorbât la force vive des pièces en mouvement, de manière que la tourelle arrivât sans vitesse à ses deux positions extrêmes, et qui fût capable de la restituer ensuite. Une tourelle munie de cette disposition est dite à récupérateur d’inertie.
Le seul travail à lui fournir pour la manœuvre sera celui correspondant aux résistances passives.
La première tourelle qui ait été construite d’après ce principe l’a été en septembre 1890, par le Colonel Galopin, alors Capitaine.
La chambre de tir est équilibrée par deux contrepoids placés aux extrémités de deux balanciers. Ceux-ci ne tournent pas autour de tourillons fixes, mais roulent sur une surface cylindrique. Ce système possède ainsi une position et une seule pour laquelle la tourelle est exactement équilibrée par ses contrepoids.
Dans ces conditions, on conçoit que si la tourelle est placée par un procédé quelconque au-dessus ou au-dessous de sa position d’équilibre, et abandonnée ensuite à elle-même, elle prendra un mouvement pendulaire.
Si dans ce mouvement, les deux positions extrêmes correspondent l’une à l’éclipse, l’autre à la mise en batterie, la vitesse des diverses pièces de la tourelle sera nulle dans ces deux situations et le travail dont l’expression est donnée plus haut sera identiquement nul, le seul travail à fournir pour entretenir le mouvement sera celui relatif aux résistances passives : la tourelle est à récupérateur d’inertie.
2° Accumulateur de travail
Nous venons de voir que pour faire exécuter une manœuvre complète a une tourelle à éclipse munie d’un récupérateur d’inertie, il suffit de lui fournir le travail nécessaire pour vaincre les résistances passives.
Ce travail peut atteindre 1850km dans une tourelle de gros calibre. Pour arriver à produire ce travail à bras d’homme pendant les deux secondes que doit durer la montée ou la descente de la tourelle, il faudrait un personnel considérable.
En admettant qu’un homme travaillant peu de temps puisse fournir 10km par seconde, après calcul on devrait disposer de 90 hommes pour la manœuvre.
On ne peut songer à employer un pareil nombre de servants. Il faut donc accumuler pendant le temps que dure le chargement des pièces le travail produit par un petit nombre de servants et le dépenser pendant la durée de la montée ou de la descente, il faut avoir un accumulateur de travail.
L’intervalle entre deux salves consécutives étant de deux minutes, le nombre d’hommes à employer pour qu’ils puissent fournir le travail nécessaire à la montée et à la descente est calculé à 4 hommes.
Dans la tourelle Galopin, on accumule le travail en remontant au moyen d’un treuil un poids, dit contrepoids moteur. Celui-ci agit à l’extrémité d’un levier réuni à l’autre bout de la tourelle et tend ainsi à la faire monter en batterie. Pour la faire redescendre, il n’y a pas besoin de contrepoids moteur, car on a donné à la tourelle une certaine prépondérance initiale. L’unique contrepoids moteur fournit donc en descendant le travail nécessaire pour vaincre les résistances passives de la montée et pour élever l’excédent de poids de la tourelle, de manière que celui-ci soit capable de vaincre les résistances passives à la descente.
3° Vitesse de la tourelle

La vitesse de la tourelle Galopin est déterminée en fonction du mouvement pendulaire des deux contrepoids. Cette vitesse est de deux secondes pour une montée ou pour une descente de la tourelle.
4° Prépondérance de la tourelle
La prépondérance de la tourelle permet d’agir sur les verrous de blocage. Cette prépondérance ne doit être ni trop forte, ni trop faible.
- Trop forte, il faudrait dépenser une force considérable pour dégager les verrous qui maintiennent la tourelle arrêtée.
- Trop faible, les verrous appuieraient mal sur leur siège, et peu de chose suffirait pour les dégager, sous l’action du tir, la tourelle pourrait se soulever et ce mouvement fatiguerait les verrous.
Cette prépondérance est réglée sur 35 000 kg après calcul pour assurer un bon fonctionnement des différents verrous.

Les tourelles de gros calibre
Les tourelles à éclipse
En France, les tourelles à éclipse de gros calibre installées dans les fortifications Séré de Rivières après 1890, utiliseront le principe de la tourelle Galopin. Ces cuirassements sont la tourelle Galopin modèle 1890 et une amélioration moins coûteuse la tourelle Galopin modèle 1907. Certains éléments de ce principe seront ajoutés à d’autres tourelles vendues à l’étranger comme la tourelle Mougin oscillante que nous avons étudié un peu plus haut.
Les tourelles tournantes
Les tourelles pour obusier de 155 C, sont destinées soit à remplir un rôle d’interdiction, soit à soutenir la lutte d’artillerie. Elles sont capables de tirer sous de grands angles et elles sont bien couvertes par les lignes du terrain en avant car elles sont placées dans une cuvette. Comme conséquence le cuirassement aura peu à craindre les obus de rupture qui ne sont dangereux que tirés de plein fouet et il sera difficile d’atteindre les embrasures que l’artilleur ennemi ne verra pas.
Dans ces conditions, il est inutile d’avoir recours à une tourelle à éclipse et une tourelle simplement tournante est suffisante.
Il existe deux types de ces tourelles.
Lors des expériences du camp de Châlons en 1888, et en dehors des tourelles Mougin type Saint-Chamond et Bussière, on a expérimenté deux cuirassements pour une tourelle pour un obusier de 155 court type Montluçon.

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- Le premier était en acier coulé trempé au plomb, sa résistance fut jugée très satisfaisante.
- Le second était en acier laminé et forgé, il n’a pas tardé à se fendre dès les premières atteintes. Ce métal trop fragile devait être rejeté.
On a exécuté au contraire avec le premier métal, le blindage de la tourelle Montluçon qui a donné comme fonctionnement des résultats satisfaisants et qui a été installé dans une batterie cuirassée extérieure du fort de Lucey à Toul.

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La tourelle de 155 court type Montluçon ne sera pas produite pour équiper d’autres fortifications. Un autre type de tourelle tournante de 155 C modèle 1908, se mis au point. Ce dernier modèle de tourelle tournante installé dans les fortifications françaises est armée d’un canon de 155 court à tir rapide, elle comprend certaines caractéristiques de la tourelle Galopin modèle 1907, sans le mécanisme d’éclipse. Mais à la déclaration de Guerre, seul deux exemplaires seront installés dans une batterie cuirassée au fort de Longchamp à Epinal, mais plusieurs tourelles étaient en constructions dans les places fortes de l’Est.

Nous avons fini avec la description des tourelles issues du programme établi après les expériences du Camp de Châlons en 1888. Depuis cette époque, on ne peut guère citer comme expérience importante que celle qui a été faite en 1901 au fort de Pagny la Blanche-Côte.
Un modèle de tourelle tournante fabriquée par la société Schneider sera utilisé pour la défense des côtes en 1907, il était armé de 2 canons de 240. Ce type de tourelle de 240 de côte, ne sera pas installé en métropole, il sera installé dans les colonies au Sénégal et au Vietnam afin d’économiser du personnel dans des zones où les troupes sont peu nombreuses.
Expériences de Pagny la Blanche Côte
On voulait être fixé sur le degré de résistance des tourelles en fonte dure du système Mougin, tourelle que l’on considérait depuis 1881 comme d’un type vieilli.
Les tirs conduisirent aux résultats suivants :
1° Les cuirassements en fonte dure résistent encore convenablement aux obus à grande capacité.
On constata que ces projectiles n’éclatent pas au contact même du métal, mais à une certaine distance, très faible il est vrai, mais assez grande pourtant pour diminuer de beaucoup l’effet de l’explosion.
Certains projectiles même furent brisés, et la mélinite projetée de tous côtés sans exploser.
Un obus de 220 que l’on fit éclater électriquement au contact même de la cuirasse ne produisit pas d’effet bien plus considérable.
2° Le service de la tourelle parut très difficile à assurer, parce que ni les embrasures, ni l’espace libre entre l’avant-cuirasse et la partie mobile ne sont obturés. Le souffle et les éclats des projectiles peuvent rendre intenable la chambre de tir et la galerie enveloppe et mettre rapidement hors service les pièces, les affûts ou les différents organes mécaniques.
3° Les substructions de la tourelle se montrèrent tout à fait insuffisantes. En particulier l’avant cuirasse avait une hauteur trop faible.
Conclusion des expériences du fort de Pagny

Comme conséquence de ces expériences, on a pensé que les anciennes tourelles en fonte dure pouvaient encore rendre des services après les avoir améliorées pour résister aux différents inconvénients, après l’exécution des travaux suivants :
1° Il faut obturer le joint entre la tourelle et l’avant-cuirasse. On y arrive en remplaçant l’ancienne gouttière pare-éclats mobile, qui est tout à fait insuffisante, par une autre fixe plus résistante placée sur une charpente métallique. Sur le rebord de cette gouttière s’appuie l’âme horizontale d’un fer cornière cintré dont l’âme verticale est reliée à la tourelle.
La liaison est faite par un rivet qui pénètre dans une rainure verticale du fer cornière, de telle manière que celui-ci est entraîné par la tourelle et s’appuie à frottement doux sur la gouttière fixe, c’est à peu près le système d’obturation de la tourelle Mougin type Saint-Chamond du camp de Châlons.
2° On doit obturer les embrasures. On y est parvenu en installant sur la volée des pièces un volet qui peut coulisser dans un bâti appliqué contre le cuirassement et entourant complètement les embrasures.
On a profité de cet obturateur pour installer dans la tourelle un ventilateur. Celui-ci est placé sous la volée des pièces, il aspire les fumées au-dessus des culasses et les rejette ensuite à l’extérieur par les embrasures.
3° On renforce les substructions de la tourelle en supprimant l’ancienne plongée en béton et on la remplace par une collerette en béton armé analogue à celle des coupoles après 1900. Ce massif de béton est entouré d’un parapet en terre dont l’épaisseur mesurée horizontalement dans le sens des coups dangereux est au moins de 10 et qui contient sur 5 mètres au moins de la rocaille.
Dans certaines tourelles, on ne trouve généralement pas assez de place au milieu des massifs où sont installées le plus souvent les tourelles en fonte dure pour loger les nouvelles substructions et leurs massifs protecteurs.
On est ainsi conduit à abaisser la cote primitive de la tourelle. Cette diminution de hauteur ne réduit guère le champ de tir de la tourelle et présente l’avantage de la masquer un peu mieux aux vues lointaines.
4° On a cherché à parer à la trop faible hauteur de l’avant-cuirasse.
On y a remédié en faisant reposer cette pièce sur une charpente métallique formée de rails disposés suivant les génératrices d’un hyperboloïde de révolution.
A la déclaration de guerre, seules quelques tourelles Mougin ont été renforcées.
Les tourelles et casemates de petits calibres et les cuirassements divers
La réorganisation de la défense des places et des ouvrages après la crise de l’obus torpille va demander de mettre l’armement de petits calibres sous tourelles ou sous casemates, pour protéger les abords des fortifications ou les intervalles entres les points d’appui de la zone principale de défense. A cette période, des cuirassements seront aussi mis au point pour protéger le personnel ou du matériel pour faciliter le tir des pièces.

Les premiers cuirassements de petite taille conçus entre 1890 et 1900 seront la tourelle Buissière de 57 et la tourelle de mitrailleuse GF3 armée d’une mitrailleuse Gatling destinées à la défense rapprochée, l’observatoire cuirassé pour la protection des observateurs et l’observatoire à éclipse à lunette pour l’éclairage de nuit. Mais ces cuirassements seront souvent produits en petite quantité ou améliorés à partir de 1900. Dans les même temps, l’arrivée du béton armé, va permettre la réalisation de casemate de Bourges armée de canons de 95 sur affût G de côte pour le flanquement des intervalles sur les flancs des ouvrages.

L’invention du canon de 75 modèle 1897 à tir rapide, va révolutionner l’artillerie de nos fortifications, ce qui va permettre d’avoir une plus grande puissance de feu, avec moins de pièces d’artillerie et de placer la totalité de l’armement de flanquement des intervalles sous tourelles ou casemates. Les nouvelles casemates de Bourges sont donc armées de canons de 75 sur affût de casemate et une nouvelle tourelle de petits calibres, la tourelle de 75R 05 est mise au point pour harmoniser les munitions dans les ouvrages. Cette harmonisation est réalisée dans de nouvelles tourelles de mitrailleuses GF4 qui se voient armées de mitrailleuses modèle 1900 de campagne système Hotchkiss.
Le dernier cuirassement de petit taille sera la tourelle de projecteur destinée à l’éclairage des abords des fortifications. Mais pour des raisons économiques ce cuirassement sera substitué par des casemates de projecteur en béton armé dans quelques ouvrages terrestres. Ces dernières seront construites en grande quantité pour la défense du littoral.
Nouveau métal pour les cuirassements de toiture

Nous avons vu qu’il était résulté des expériences du camp de Châlons que les cuirassements de toiture ont surtout à redouter les effets de l’obus torpille et que les meilleurs résultats ont été obtenus avec le fer laminé. C’est donc ce métal qui a été employé après 1888.
Depuis quelques années, les usines ont éprouvé une certaine difficulté pour préparer de grosses masses de fer. Cette opération, courante autrefois, est devenue chose rare dans l’industrie vers 1908 et le matériel encombrant, nécessité par cette fabrication n’existe plus. La fabrication du fer laminé exigeait un long travail au laminoir pour arriver à souder convenablement les diverses mises. Il fallait donc disposer de nombreux fours à réchauffer. On ne produit guère aujourd’hui de grosses masses en fer que pour construire les arbres de couche des navires.
Cette difficulté se rencontrait également dans l’exécution des commandes de la Marine qui réclamait aussi du fer laminé pour les cuirassements de pont. Les cuirassements de pont étaient en fer laminé, non pas pour mieux résister aux obus à grande capacité, mais parce qu’ils sont surtout exposés à des coups tangents auxquels on doit opposer un métal malléable peu fragile.
Aussi les usines ont-elles cherché à remplacer le fer laminé par un autre métal jouissant des mêmes propriétés et dont la préparation fût plus aisée avec l’outillage qu’elles possèdent après 1908. La plupart d’entre elles sont arrivées à produire sous le nom d’acier spécial un acier doux ou extra doux aussi exempt de fragilité que le fer.
C’est ce nouveau métal que l’on emploie généralement après 1908, pour la fabrication des ponts cuirassés et des toitures des tourelles. Malgré tout certaines usines sont restées fidèles au fer laminé pour les cuirassements de toiture. De ce fait, nous avons maintenu dans les descriptions faites plus haut le nom de fer laminé, il faut entendre que ce métal peut être remplacé par un acier jouissant des mêmes propriétés.
Les substructions des ouvrages cuirassés
Nous ne nous sommes occupés jusqu’ici que de la partie métallique des tourelles. Il reste à étudier comment doivent être constituées les substructions, c’est à dire les massifs en maçonnerie qui les enveloppent.
Ceux-ci doivent offrir aux projectiles une résistance comparable à celle du cuirassement et ils doivent être assez résistants pour que les pièces métalliques qui y sont scellées ne se déplacent pas en empêchant le bon fonctionnement de la tourelle.
Substruction en béton spécial

Des instructions particulières fixent les dimensions à donner aux substructions de chaque type de tourelle. Nous donnons comme exemple les dispositions qui ont été adoptées pour les tourelles Galopin modèle 1890.
La plongée, comptée depuis le dessus de l’avant cuirasse, a une épaisseur de 7 mètres. Elle est prolongée par une partie inclinée à 45°, qui augmente de 2 mètres le diamètre des substructions. La hauteur protectrice de béton au-dessus de la voûte annulaire qui entoure le puits où se trouve la tourelle est de 4 mètres à la clef. Ces massifs sont en béton spécial jusqu’à 6 mètres au-dessous de la partie supérieure de l’avant-cuirasse, plus bas, ils sont en béton maigre de 200 à 300 kg de ciment par m3. Les piédroits ont 3,5 m d’épaisseur. Ils reposent sur un radier général de 1 m de hauteur, répartissant les pressions sur le sol.
Les substructions doivent s’élever au milieu d’un massif terrassé dont l’épaisseur mesurée à partir du contour extérieur, du béton doit être de 20 mètres du côté exposé aux coups de plein fouet. Cette condition est souvent difficile à réaliser dans les remaniements des ouvrages.
Ce massif doit comprendre un matelas de rocailles de 3 mètres d’épaisseur et de 6 mètres de largeur. Si le parapet est constitué tout entier en sable, il peut être réduit à 12 mètres.
Emploi du béton armé

L’emploi du béton armé a permis de diminuer l’épaisseur à donner aux collerettes en béton.
On dispose les armatures comme dans un mur armé c’est à dire que l’on trouve des barres horizontales et d’autres verticales.
On constitue chaque quadrillage par des barres de 10 mm espacées de 15 cm et placées parallèlement les unes aux autres. Dans chaque plan, on adopte plusieurs directions de barres de manière à couvrir facilement toute la surface, mais les fers ne se recouvrent qu’en partie. Les différents quadrillages sont unis par des barres verticales de 30 mm de diamètre placées à environ 60 cm les unes des autres. Sur les parements extérieurs et intérieurs, on met contre le coffrage un grillage mécanique solidement relié à des barres verticales de 10 mm espacées de 10 cm.
L’épaisseur horizontale de la collerette de béton armé varie avec chaque type de tourelle. Elle est par exemple de 3m75 pour une tourelle de 75 et de 2m50 seulement quand il s’agit d’une tourelle pour mitrailleuses GF4.
Scellement de l’avant-cuirasse.

Parmi toutes les pièces en métal à sceller dans le béton, la plus importante est l’avant-cuirasse.
Cette opération se fait de la façon suivante. En coulant la collerette de la tourelle, on laisse un vide cylindrique ayant un diamètre légèrement supérieur à celui du cercle de base de l’avant-cuirasse. Le coffrage de cette partie est fait au moyen de lattes non jointives. On peut alors faire dépasser du coffrage les barres d’acier de l’armature métallique.
La tourelle décoffrée, on redresse verticalement les barres qui apparaissent de façon à dégager l’emplacement de l’avant-cuirasse, qui est descendue dans son logement et placée à sa position définitive au moyen de cales en fer. On bétonne ensuite tout autour de l’avant cuirasse en abaissant successivement les barres de l’armature de manière qu’elles se retrouvent horizontales.
Ces différentes opérations assurent une bonne liaison entre les deux parties de la collerette coulées successivement.
Protection contre la foudre
Pour mettre les tourelles cuirassées à l’abri de la foudre, il suffit de relier à la terre tous les éléments métalliques
Pour cela on fait en sorte que les armatures en métal de la collerette soient en contact avec l’avant-cuirasse. On réunit cette dernière pièce avec la partie fixe du guidage supérieur de la tourelle par un câble de 225 mm² de section soit 32 fils de 3 mm en fer galvanisé. Un câble de même nature réunit la cloche de l’observatoire a une des pièces de la tourelle. Un câble plus fin (7 fils de 4 mm) réunit les pièces métalliques accessoires (échelles, fers des planchers, etc.) à la partie principale.
Enfin un câble de 225 mm² met l’ensemble en communication avec une bonne prise de terre, soit par intérieur, soit à l’extérieur en traversant la collerette en béton.
Notions sur l’installation des tourelles cuirassées
Lorsque le projet d’un ouvrage de fortification comprend l’installation de cuirassement destinés à l’artillerie, le Chef du Génie doit y joindre un procès-verbal de conférence dans lequel les services locaux de l’artillerie et du génie ont étudié les principales questions qui s’y rattachent.
Une fois le projet approuvé par le Ministre, l’établissement de l’engin donne lieu à une seconde conférence entre les services locaux de l’artillerie et du génie et un représentant au service des cuirassements.
En particulier, le procès-verbal doit porter sur les points suivants :
- 1 On doit définir complètement la position de l’engin, en plan et en hauteur, par rapport à des repères fixes.
- 2 On doit indiquer sur une carte les régions intéressées par l’engin, c’est à dire les régions vues s’il s’agit d’un observatoire, les régions battues s’il s’agit d’une tourelle, les régions éclairées s’il s’agit d’un projecteur cuirassé.
- 3 On indique le procédé que l’on se propose d’employer pour évacuer les eaux qui pourraient s’introduire dans la tourelle. Celles-ci ont trois origines différentes.
a) Les eaux de pluie. Ce sont celles qui passent entre le cuirassement mobile et l’avant-cuirasse. Elles sont réunies dans une rigole ménagée dans le passage sous l’avant cuirasse et conduites de là à l’extérieur au moyen d’une canalisation.
b) Les eaux de condensation. On diminue l’importance des condensations en maintenant la tourelle en batterie la culasse des canons ouverte, lorsque la température extérieure est plus basse que celle de l’intérieur. Lorsque la différence de température change de signe, on s’oppose au contraire au renouvellement de l’air dans la tourelle.
On réduit aussi les condensations en recouvrant les surfaces métalliques d’une peinture à la liégine et en proscrivant sur le béton les enduits lissés.
c) Eaux d’infiltration. Le béton, même riche en ciment, est très poreux. Il en résulte que si l’eau pénètre en un point, elle peut ressortir à l’intérieur des locaux parfois à grande distance. On cherche à se garantir de toute introduction d’eau dans le massif au moyen d’enduits en ciment fortement lissés, mais les mouvements inévitables qui se produisent dans les rocailles suffisent pour enlever en certains points la mince couche imperméable. D’ailleurs, le dessous du radier sur lequel se trouvent installée la tourelle et les couloirs d’accès n’est pas enduit, et peut être cause d’une venue d’eau.
On voit donc que quelles que soient les précautions prises, il faut prévoir un système de canalisation pour évacuer ces eaux à l’extérieur. On les réunit au point le plus bas, la fosse d’un contrepoids, par exemple et on fait partir de là une canalisation allant l’extérieur. Si la cote du débouché du conduit ne permet pas de placer l’origine au fond de la fosse d’un contrepoids, il faut prévoir une pompe à main pour élever les eaux jusqu’à cette origine.
- 4 On étudie le moyen d’évacuer les fumées de la tourelle. On doit prévoir généralement pour cela des gaines spéciales débouchant à l’extérieur. Leur diamètre doit être d’autant plus grand que le parcours des fumées est plus considérable. Comme l’eau peut s’introduire dans ces gaines, il faut les réunir avec la canalisation évacuant les eaux de pluie. Cette réunion se fait au moyen d’un siphon hydraulique ayant une plongée d’eau suffisante pour que la fumée n’entre pas dans la canalisation et n’envahisse pas ensuite la tourelle.
- 5 On étudie les communications unissant la tourelle avec la rue du rempart, le poste de commandement, la caserne où se tiennent les servants des différents tours de service, et avec l’observatoire de tir.
Exécution des travaux.

Le service des cuirassements, qui dépend du Colonel Chef de la section technique du Génie, établit, en passant des marchés avec les usines métallurgiques, toute la partie métallique des tourelles (cuirassement, charpente, mécanisme, affût, etc ) sauf les canons et les goniomètres. Il assure le transport de ce matériel jusqu’à la gare la plus proche du lieu d’emploi.
Le service local du Génie coule les substructions et transporte la tourelle depuis la gare jusqu’au lieu du montage, qui s’effectue par les soins du service des cuirassements.
Le service de l’artillerie fournit l’armement et met en place l’approvisionnement en projectiles.



Réception des cuirassements
La tourelle achevée donne lieu à un procès-verbal de remise des locaux à l’artillerie (services locaux de l’artillerie et du génie) et a un procès-verbal de remise de la tourelle proprement dite (services du cuirassement et services locaux de l’artillerie et du génie).
Ce dernier procès-verbal n’est établi que lorsque des tirs réels exécutés par la tourelle ont démontré que tous les organes fonctionnent bien.

Les cuirassements français vendus à l’étranger.
La France vendra plusieurs types de cuirassements après la crise de l’obus torpille en particulier à la Roumanie et à la Belgique, mais ces cuirassements ne seront pas installés dans les fortifications Séré de Rivières. Ces cuirassements qui sont principalement des tourelles tournantes, ont été fabriqués dans les usines de Montluçon, du Creusot et de Saint-Chamond.
Les cuirassements pendants la Grande Guerre
Dès le début de la Grande Guerre, les chantiers dans les fortifications sont arrêtés, malgré plusieurs tentatives de reprises des travaux dans certains forts au début 1915, les cuirassements en cours d’installation en juillet 1914, ne seront pas installés. Les dernières tourelles a être armées seront la tourelle de 155C08 du fort de Longchamp qui sera opérationnelle en septembre 1914 et la deuxième tourelle Galopin de 155R 07 du fort de Vacherauville au printemps 1915.
Le déclassement des places fortes mets fin aux différents projets en cours.

Il faut attendre la bataille de Verdun et la réorganisation des ouvrages avec les travaux de 17, pour voir de nouveaux cuirassements de petites tailles appelés cloches Pamart et qui peuvent s’installer sur des champs de bataille bouleversés. À cette période, quelques observatoires cuirassés en stock seront installés dans certains forts de Verdun et plusieurs casemates bétonnées pour mitrailleuses ou canons de 75 seront aménagées.
Après la Grande Guerre
Les tourelles de la place de Verdun et les casemates de Bourges qui auront été endommagées pendant la bataille seront réparées pendant l’entre-deux guerres. Les autres cuirassements seront maintenus en état de fonctionnement.
Il n’y aura plus de cuirassement installé dans les fortifications Séré de Rivières, en dehors de certains ouvrages alpins qui seront modifiés pour être intégrés au système de défense de la ligne Maginot.
Certaines tourelles de 75 qui auront été fabriquées avant la Grande Guerre seront réutilisées et modifiées dans le nouveau système de défense pour armer certains ouvrages de la ligne Maginot.
Pendant la Seconde Guerre Mondiale, une très grande partie des cuirassements seront ferraillés par l’occupant sous l’organisation Todt.
Les cuirassements français réalisés après 1900, vont se montrer particulièrement résistants pendant les deux conflits. Aucune des tourelles de 75, des tourelles de 155C08 et des tourelles Galopin de 155R07, ne sera détruite par l’artillerie ennemie malgré le bombardement d’obus de gros calibre comme le 420.

