
La tourelle de 155 court type Montluçon
La tourelle de 155C type Montluçon est destinée soit à remplir un rôle d’interdiction, soit à soutenir la lutte d’artillerie. Cette tourelle est capable de tirer sous de grands angles, pour cela elle doit être bien couverte par les lignes du terrain en avant. Comme conséquence, ce cuirassement a peu à craindre les obus de rupture qui ne sont dangereux que lorsqu’ils sont tirés de plein fouet et il est difficile d’atteindre une embrasure que l’artilleur ennemi ne verra pas.
Dans ces conditions, il est inutile d’avoir recours à une tourelle à éclipse et une tourelle simplement tournante est suffisante.
La tourelle pour un canon de 155 court a été commandée auprès de la Société Châtillon et Commentry, d’après un marché de Gré à Gré du 2 avril 1887, afin de remplacé un projet d’affût cuirassé à éclipse pour pièce à l’air libre. Elle a été fabriquée par l’usine de Montluçon, pour les expériences du camp de Châlons en 1888 afin d’être testée en même temps que la tourelle Saint-Chamond et que la tourelle Bussière. Lors de ces expériences, seuls deux cuirassements destinés à cette tourelle ont été testés, car les parties mécaniques n’ont pas été prêtes à temps.
- Le premier était en acier coulé trempé au plomb, sa résistance fut jugée très satisfaisante.
- Le second était en acier laminé et forgé, il n’a pas tardé à se fendre dès les premières atteintes. Ce métal trop fragile a été rejeté.
On a donc exécuté avec le premier métal une tourelle qui a donné comme fonctionnement des résultats satisfaisants et qui a été installée dans une batterie cuirassée extérieure au fort de Lucey à Toul.

Le cuirassement
Le cuirassement comprend une calotte en acier coulé de 30 cm d’épaisseur assemblée sur une sablière de même métal.

Service Historique de la Défense 2V177
La charpente
Le cuirassement est porté par un corps cylindrique en tôles et cornières terminé par une pièce qui roule sur une couronne circulaire par l’intermédiaire de boulets en acier. Ceux-ci sont de deux dimensions alternativement de 15 et de 12 cm de diamètre. Les gros seuls sont porteurs, les autres servent seulement d’organes de transmission.
Cette disposition assure un roulement très doux, on n’a pas à réaliser un réglage délicat d’axe, comme lorsque l’on emploie une couronne de galets coniques.
En revanche, si l’on en croit le Major Déguise, les boulets ont une tendance à s’imprimer dans les pièces qui les compriment par suite du poids considérable que chacun d’eux doit supporter. La coupole pesant 25 tonnes environ n’a que 40 boulets porteurs.
La rotation
La rotation est obtenue par un seul homme depuis la chambre de tir et on arrive facilement à la vitesse de 1 tour en une minute et demie. Le pignon est fixé à la partie mobile de la tourelle et la crémaillère est fixe.
Deux sabots permettent de caler la tourelle dans un azimut invariable une fois le tir réglé.
Armement de la tourelle de 155 C type Montluçon
L’armement consiste en un canon obusier de 155 court modèle 1881 muni de freins hydrauliques limitant le recul à 25 cm et assurant le retour automatique du canon en batterie.
L’embrasure est obturée au moyen d’un manchon à tête sphérique relié à l’affût et dans lequel coulisse la volée de la pièce.
Le canon peut être pointé de l’angle + 5° à l’angle + 40°. Pour le chargement, la pièce doit prendre un angle voisin de 12°. Il en résulte qu’après chaque coup, lorsqu’on tire sous de grands angles, on a des déplacements assez considérables à donner au canon. Pour réduire l’effort à faire, il y avait intérêt à ce que l’ensemble soit équilibré exactement dans toutes les positions. Quatre affûts seront proposés avant mars 1887 :
- Un affût sans recul, le tir est absorbé par la construction de la tourelle.
- Un affut à ressort en rondelles en caoutchouc amortissant les réactions inséparables de l’affût précédent.
- Un affut mixte dans lequel est employé concurremment un ressort en caoutchouc et un frein hydraulique à ressorts.
- Un affût à frein hydraulique et à ressorts analogue à celui de la tourelle Bussière de gros calibre.
Les quatre affûts ont montré que cet équilibrage n’était complètement réalisé que pour une certaine inclinaison du canon. Le dernier analogue à la tourelle Bussière sera retenu, il a été modifié concernant le guidage du mouvement circulaire et le pointage en hauteur et il a été équipé d’un contrepoids d’équilibre qui stabilise le canon dans toutes ses positions, grâce à l’adoption d’une poulie de renvoi à tracé en spirale. Le principe de cet affût est donc le même que celui appliqué dans le pont levis Derché.
Dispositions générales du puits de la tourelle et de son massif enveloppé

Les parois du puits cylindrique enveloppant tout ce dispositif sont en maçonnerie formée de béton de ciment appelé béton spécial et de pierres de meulière. La partie supérieure est protégée par une avant cuirasse en fonte durcie ou en acier coulé, noyée à même le béton.
Des galeries d’accès pratiquées dans le massif font communiquer l’étage inférieur de la tourelle avec les magasins d’approvisionnement. Depuis cette partie, un puits est aménagé pour accéder sous l’avant cuirasse pour le nettoyage et retirer les débris des bombardements qui pourraient empêcher la rotation de la tourelle.


VAUBOURG Cédric


Historique de la tourelle de 155 C type Montluçon
Cette tourelle restera un modèle expérimental et ne sera pas retenue par l’armée. Il faudra attendre la mise au point de la tourelle de 155 Court modèle 1908, pour voir à nouveaux de nouvelles tourelles tournantes dans les fortifications.
Cette tourelle ne connaitra pas l’épreuve du combat, elle sera ferraillée lors du second conflit mondiale par les allemands sous l’organisation Todt.

