La coupole d'une tourelle de 155C 08 du fort de Longchamp, mise en situation dans un des puits en 2009 par l'association du fort de Villey le Sec. VAUBOURG Julie

La tourelle de 155 court type Montluçon n’ayant pas été retenue par l’armée, une nouvelle tourelle pour un canon de 155 court d’un prix moins élevé est demandée pour armer les fortifications des 4 places de l’Est.

Ce travail est confié à la section technique du Génie qui propose en 1903, en même temps que la tourelle Galopin de 155R 07, une tourelle tournante d’un coût moins élevé qu’une tourelle à éclipse. Elle est équipée d’un nouveau canon de 155 court à tir rapide. Deux projets seront présentés avec 1 ou 2 pièces, ce qui ouvrira une polémique comme pour la tourelle à éclipse jusqu’en 1905, où l’on donnera un avis favorable à une tourelle équipée d’un seul canon. Il faudra attendre 1908, pour qu’elle soit reconnue et adoptée par l’armée.

Cette tourelle est destinée soit à remplir un rôle d’interdiction, soit à soutenir la lutte d’artillerie. Elle est capable de tirer sous de grands angles, car elle est bien couverte par les lignes du terrain en avant. Cette configuration permet à ce cuirassement d’être relativement protégé des obus de rupture qui ne sont dangereux que lorsqu’ils sont tirés de plein fouet. De plus, la tourelle étant placée dans une cuvette comme la tourelle Mougin renforcée et rabaissée, il sera difficile d’atteindre l’embrasure que l’artilleur ennemi ne verra pas.

Dans ces conditions, il est inutile d’avoir recours à une tourelle à éclipse et une tourelle simplement tournante est suffisante.

La coupole d'une tourelle de 155C 08 du fort de Longchamp, mise en situation depuis 2009 dans la cuvette dans un des puits de la batterie cuirassée non terminée du fort de Villey-le-Sec. 
VAUBOURG Cédric
La coupole d’une tourelle de 155C 08 du fort de Longchamp, mise en situation depuis 2009 dans la cuvette dans un des puits de la batterie cuirassée non terminée du fort de Villey-le-Sec.
VAUBOURG Cédric

Cette tourelle est donc semblable à la tourelle Galopin de 155 raccourci modèle 1907, sauf les deux points suivants :

  • 1° Le cuirassement ne comprend qu’une toiture en forme de coupole de 30 cm d’épaisseur en fer laminé.
  • 2° La sellette descend jusqu’au sol de l’étage inférieur et se trouve boulonnée sur un bâti fixe.

Ce type de tourelle est systématiquement installé dans des batteries cuirassées extérieures aux forts. Elle coûte environ 180 000 francs pour le cuirassement et 175 000 francs pour les substructions.

Plan de la batterie cuirassée pour deux tourelles de 155C modèle 1908 du fort de Longchamp à Epinal. VAUBOURG Cédric
Plan de la batterie cuirassée pour deux tourelles de 155C modèle 1908 du fort de Longchamp à Epinal. VAUBOURG Cédric

Service de la tourelle tournante pour un canon de 155 court modèle 1908

La tourelle est en principe commandée par un officier (commandant de tourelle) qui se tient pendant le tir dans le poste de commandement de la batterie cuirassée ou dans un observatoire cuirassé relié à la tourelle par une communication acoustique ou téléphonique si l’observatoire se situe à plus de 70 mètres.

L'observatoire cuirassé de la batterie de 155C du fort de Longchamp . VAUBOURG Julie
Un des observatoires cuirassés de la batterie de 155C08 du fort de Longchamp à Epinal.
VAUBOURG Julie

Le personnel nécessaire au service comprend 16 hommes qui sont répartis en trois équipes, à savoir :

Equipe de chambre de tir (1 Sous-officier et 3 servants)

  • 1 Brigadier, Chef de pièce. Il surveille la manœuvre et les sécurités dans la chambre de tir et commande le feu.
  • 1 tireur. Il ouvre et ferme la culasse, aide au chargement, de tir, met le feu et évacue les douilles tirées.
  • 1 chargeur. Il reçoit les munitions et charge la pièce.
  • 1 manœuvre. Il met la pièce en position de chargement et en position de tir.

Equipe de l’étage intermédiaire (1 Sous-officier et 6 servants)

  • 1 Maréchal des logis, Chef de tourelle. Il reçoit et transmet les ordres du Commandant de tourelle, commande et surveille la manœuvre.
  • 1 pointeur. Il donne la hausse et l’angle de site.
  • 1 pointeur-servant. Il donne la direction.
  • 1 déboucheur. Il débouche la fusée des obus à mitraille.
  • 2 pourvoyeurs. Ils approvisionnent le débouchoir et le monte-charges.
  • 1 manœuvre du monte-charges.

Equipe de l’étage inférieur (1 Sous-officier et 4 servants)

  • 1 Brigadier, Chef d’équipe. Il surveille la manœuvre à l’étage inférieur.
  • 2 manœuvres au treuil. Ils forment l’équipe de rotation rapide.
  • 2 auxiliaires. Ils manœuvrent le ventilateur.

Le personnel comprend en outre 2 canonniers chargés de la préparation des charges et de l’amorçage des obus explosifs, suivant les ordres du commandant de tourelle. Ces opérations sont effectuées dans les magasins de l’artillerie de la tourelle ou de la batterie cuirassée.

Description sommaire du matériel et renseignements

Plan en coupe longitudinale de la tourelle tournante pour un canon de 155 court - D'après la notice descriptive de 1913 de la tourelle de 155C 08 VAUBOURG Cédric
Plan en coupe longitudinale de la tourelle tournante pour un canon de 155 court – D’après la notice descriptive de 1913 de la tourelle de 155C 08 VAUBOURG Cédric

Pour décrire ce cuirassement, on s’est attaché à marquer les différences existantes entre cette tourelle tournante et la tourelle Galopin à éclipse pour 1 canon de 155 raccourci modèle 1907.

A – Tourelle

1º Substructions.

Le puits d'une des deux tourelles de 155C08 de la batterie cuirassée du fort de Longchamp à Epinal. VAUBOURG Cédric
Le puits d’une des deux tourelles de 155C08 de la batterie cuirassée du fort de Longchamp à Epinal. VAUBOURG Cédric

L’engin est installé dans un puits ménagé à l’intérieur d’un massif de béton armé. La partie supérieure du puits est protégée par une avant cuirasse moulée de 40 cm d’épaisseur moyenne. Le puits est partagé en deux étages intermédiaire et inférieur par un plancher métallique.

Les substructions sont organisées dans les mêmes conditions que pour la tourelle à éclipse Galopin pour un canon de 155 raccourci modèle 1907 avec cette différence que l’étage inférieur ne comporte aucune fosse en sous-sol.

 2º- Cuirassement.

La coupole d'une tourelle de 155C 08 du fort de Longchamp, mise en situation dans un des puits en 2009 par l'association du fort de Villey le Sec. VAUBOURG Julie
La coupole d’une tourelle de 155C 08 du fort de Longchamp, mise en situation en 2009 au fort de Villey le Sec dans un des puits de la batterie cuirassée non terminée par l’association du fort de Villey le Sec. VAUBOURG Julie

 Il comprend le cuirassement de toiture organisé avec un doublage comme dans la tourelle Galopin de 155R 07, mais ici, l’embrasure, au lieu d’être organisée dans un cuirassement vertical, est pratiquée dans la toiture et s’ouvre dans un bossage disposé de manière que la bouche de la pièce ne fasse aucune saillie sur le cuirassement et soit complètement protégée contre les éclats de projectiles éclatant à hauteur de l’extrémité de la volée. Le cuirassement vertical est inutile, la tourelle étant invariable en hauteur.

Le cuirassement de toiture repose sur une plate-bande en acier moulé rivée sur la tôlerie du corps de tourelle. Le doublage de toiture est fixé sur cette plate-bande par des vis.

Le cuirassement fixe, ou avant cuirasse, constitué par 4 voussoirs organisés et assemblés comme dans la tourelle Galopin de 155R 07.

3º Corps de tourelle. Le corps de tourelle est organisé comme dans la tourelle Galopin de 155R 07, les seules différences résident dans sa liaison avec le cuirassement de toiture et dans la suppression de la tige pendante. Ici, la sellette ou chemin inférieur de roulement est scellée dans la maçonnerie du sol de l’étage inférieur. Enfin, le centre de guidage inférieur, au lieu d’être placé à hauteur du plancher de l’étage intermédiaire est organisé sur le lisoir. Un noyau venu de fonte avec la sellette forme guidage inférieur par son emboitement dans le lisoir, il en assure le centrage.

4° Charpente fixe. Elle comprend seulement la couronne de guidage supérieure, la traverse de l’étage intermédiaire et la sellette.

5º Appareil de pointage en direction.  Cet appareil est organisé comme dans la tourelle Galopin de 155R 07. La commande du mouvement rapide comprend en plus ici un double disque gradué placé en vue des servants, permettant d’amener rapidement la tourelle dans une direction donnée.

6° Monte-charges. Les monte-charges sont organisés comme dans la tourelle Galopin de 155R 07 avec les différences suivantes : le freinage à la descente s’obtient sans avoir recours à aucune manœuvre spéciale (renversement de came), le monte-charge simple est manœuvrable à un homme.

7° Appareil de ventilation. Il est organisé comme dans la tourelle Galopin de 155R 07 avec cette différence que le raccord entre la partie fixe et la partie mobile de la conduite est placé à l’intérieur du pivot, la partie creuse du noyau de la sellette faisant office de conduite fixe.

8º Tube d’évacuation des douilles. Ce tube part de la chambre de tir, se coudoie pour pénétrer dans le pivot où il a une partie commune avec le conduit de ventilation puis ressort du pivot à l’étage inférieur. Il se termine par une tubulure à laquelle s’adapte un sac en toile incombustible ou en cuir.

B – Bouche à feu et affût.

Plan du canon de 155 court de tourelle de 155C 08 - D'après la notice descriptive de 1913 de la tourelle de 155C 08 VAUBOURG Cédric
Plan du canon de 155 court de tourelle de 155C 08 – D’après la notice descriptive de 1913 de la tourelle de 155C 08. VAUBOURG Cédric

1º Bouche à feu. Le canon (obusier) a le même tracé intérieur que l’obusier de 155 court modèle 1881, mais il est muni d’une culasse à manœuvre rapide. Son attelage et son adaptation au berceau d’affût sont organisés comme pour le 155 raccourci modèle 1907. La portée de tir maximale de la pièce est de 6800 mètres et son poids est de 1000 kg.

Deux systèmes de culasse ont été mis en présence pour être expérimentés comparativement :

L’appareil de percussion de cette dernière culasse est organisé d’après les mêmes principes que celui en usage avec la culasse sphérique. Ce type de culasse semble avoir été choisi pour les deux premières tourelles qui seront installées.

La commission de reception devant un affût de tourelle tournante modele 1908 - Lionel PRACHT
La commission de réception devant un affût de tourelle tournante modèle 1908 le 30 juillet 1913
Lionel PRACHT

2º- Affût. L’organisation générale de l’affût est sensiblement la même que pour la tourelle Galopin de 155 R 07, les freins hydrauliques et le système de pointage en hauteur présentent quelques différences.

Dans les freins, la variation de section de l’orifice d’écoulement du liquide s’obtient ici, dans chaque cylindre, non plus par des baguettes de profil variable, mais par l’intermédiaire d’une contretige du piston de frein convenablement calibrée logée à l’intérieur du cylindre de frein.

Les récupérateurs à ressort sont organisés comme dans la tourelle Galopin de 155R 07, l’amortissement du choc du canon contre le berceau lors de la rentrée en batterie s’obtient non plus par des freins séparés mais par un dispositif spécial porté par la contre tige du piston de frein.

Le système de pointage en hauteur est organisé d’après les mêmes principes que dans la tourelle Galopin de 155R 07, la seule différence consiste dans la substitution aux arcs de hausse indépendants de cadrans de hausse (deux cadrans, un seul par nature d’obus) portant chacun les huit graduations en portées correspondant aux huit charges, 0,1,2,3,4,5,6,7. Ces deux cadrans qui se substituent facilement l’un à l’autre, sont en liaison avec l’arc des sites de telle sorte que le pointeur n’a qu’à réaliser une opération mécanique pour faire l’addition des éléments de tir.

Deux dispositifs de sécurité empêchent de mettre le feu tant que le canon n’est pas à sa position de tir et d’ouvrir la culasse tant que le coup n’est pas parti.

C – Fonctionnement de la tourelle.

La tourelle fonctionne comme la tourelle Galopin de 155R 07 considérée comme tourelle simplement tournante.

D – Support de débouchoir.

Le support de débouchoir est organisé comme pour la tourelle Galopin de 155R 07.

Conditions dans l’organisation de la tourelle tournante de 155 court modèle 1908.

  • La commande du mouvement rapide (étage inférieur) permet d’effectuer un tour complet en 1 minute 30 secondes, avec 2 hommes.
  • La commande du mouvement lent (étage intermédiaire) fait tourner la tourelle de 2 décigrades par tour de volant.
  • L’orientation de la tourelle lue sur la circulaire graduée est appréciée à 1/2 décigrade près.
  • L’amplitude du pointage en hauteur du canon varie de +5° + 40°.
  • Le temps nécessaire pour amener le canon et son berceau de la position de chargement (+10°) à l’une des positions limite de pointage et inversement ne dépasse pas 8″ avec un homme au volant.
  • Le débit du monte-charge à double benne (actionné par 2 hommes entre l’étage inférieur et l’étage intermédiaire) est de 2 charges complètes à la minute (la charge de chaque benne comprenant 2 coups).
  • Le débit du monte-charge à simple benne (actionné par 1 homme entre l’étage intermédiaire et la chambre de tir) est de 3 coups par minute (vitesse de tir du canon).
  • Le démontage du canon et la mise en place du canon de rechange doivent pouvoir s’exécuter en moins d’une heure.

Eclairage et électrification des tourelles de 155 court modèle 1908

Eclairage à bougie et au pétrole

L’éclairage des différents locaux de la tourelle est analogue à celui de la tourelle Galopin de 155R 07, il est assuré par 15 lanternes d’artillerie placées aux différents niveaux :

Dans la chambre de tir :

  • 3 lanternes fixes, à réflecteur bi-angulaire à bougie, placées dans des supports à collier.
  • 1 lanterne à main, portative au pétole, accrochée à la gaine de ventilation, face au chargeur.

Etage intermédiaire :

  • 4 lanternes fixes, à réflecteur bi-angulaire à bougie (une par trumeau), placées dans des supports à collier.
  • 1 lanterne fixe, à réflecteur parabolique à bougie, pour éclairer la circulaire graduée et son index.
  • 1 lanterne fixe, à réflecteur parabolique à bougie, pour éclairer les graduations des secteurs de hausse et de site.
  • 1 lanterne fixe, à réflecteur parabolique à bougie, pour éclairer le débouchoir.

Etage inférieur :

  • 4 lanternes fixes, à réflecteur bi-angulaire à bougie, placées dans des supports à collier dont deux près du monte-charges.

Lanternes de rechange :

  • 1 lanterne à main, portative au pétole.
  • 2 lanternes fixes, à réflecteur bi-angulaire à bougie.
  • 1 lanterne fixe, à réflecteur parabolique à bougie.

L’approvisionnement normal de la tourelle comporte 200 kilogrammes de bougies, soit 3200 bougies. Cet approvisionnement ne permettrait l’éclairage complet et continu de la tourelle que pendant 30 journées de 24 heures environ.

La tourelle ne sera éclairée entièrement que pour le combat et lors des période de siège. Il conviendra, en général, de s’abstenir d’allumer aucune bougie à l’intérieur de la tourelle, en dehors de ses périodes afin d’économiser les bougies.

Le service de l’Intendance est chargé de réunir et de conserver le pétrole nécessaire au remplissage des deux lanternes à main en temps de guerre.

Eclairage électrique

Au fort de Longchamp qui est équipé d’une usine électrique, l’éclairage électrique de chacune des tourelles de 155C devait être assuré grâce à 14 lampes qui sont réparties dans les différents niveaux de chaque tourelle. Les lanternes à bougie sont conservées en cas de défaillance de l’alimentation électrique.

Les lampes électriques sont placées en applique sur les supports actuels des lanternes à bougie. Elles sont munies dans ce but à leur partie inférieure d’une douille de même forme et de mêmes dimensions que les lanternes actuelles pouvant recevoir une ampoule de type courant de 10 bougies à filament de carbone et fixation à baïonnette.

Le circuit d’éclairage électrique de chaque tourelle comprend deux parties, l’une correspondant aux lampes fixes, l’autre aux lampes solidaires des parties mobiles. Ces deux parties étant reliées par un dispositif permettant le passage du courant des parties fixes aux parties mobiles.

Parties fixes. 10 lampes ainsi réparties :

  • Etage inférieur. 5 lampes dont une à gauche de l’entrée, 2 de part et d’autre du treuil de rotation et 2 de part et d’autre du monte charges.
  • Etage intermédiaire. 5 lampes dont 2 de part et d’autre du monte-charges, 1 entre le monte-charges et la niche du pointeur en direction, 1 éclairant l’index d’orientation et 1 éclairant le débouchoir.

Parties mobiles. 4 lampes réparties de la façon suivante :

  • Etage intermédiaire. 1 lampe éclairant les arcs de pointage en hauteur.
  • Chambre de tir. 3 lampes dont une à droite et 2 à gauche de la pièce.

Dispositif de passage du courant des parties fixes aux parties mobiles. Ce dispositif comprend deux frotteurs fixés à la partie supérieure de la sellette à l’intérieur du pivot et deux cercles de contact fixés sur le conduit vertical de ventilation qui se trouve dans l’ace du pivot. Le Service local du Génie était chargé d’amener les fils de la partie fixe du circuit près du ventilateur à l’endroit où la conduite de ventilation s’enfonce dans le sol, en laissant un excédent de longueur de 3m en fil sous plomb.

Manoeuvre électrique

Un projet de 1912, prévoyait d’électrifier certaines manoeuvres de la tourelle, en plaçant un électromoteur de 300 watts à chacun des monte-charges pour l’approvisionnement des munitions et en équipant le ventilateur d’un électromoteur de 300 watts pour faciliter l’aspiration des gaz de tir.

Installation et coût des premières tourelles du marché du 25 avril 1909

Le coût de fabrication d’une tourelle de 155C 08 sortie d’usine avoisine les 355 000 Frs en 1913. Ce prix comprend la fourniture, le transport, le montage, l’armement et les substructions du massif protecteur considéré isolément. Il ne tient pas en compte des installations accessoires : magasin aux munitions, ateliers divers, postes de commandement et d’observation dont l’importance varie avec les circonstances locales ou avec le regroupement des engins.

Délais d’exécution prévu

Ces cuirassements sont fabriqués par différents constructeurs après avoir remportés différents marchés de gré à gré, passés en fonction des renforcements ou de la construction des forts. Les tourelles doivent être installées dans les 18 mois après leur commande. Cette dernière étaient effectuée par l’armée parfois deux ans après les marchés de Gré à Gré. L’installation d’une tourelle de 155C 08 dans une fortification après son marché pouvait aller jusqu’à 4 ans.

Le fournisseur Schneider et Compagnie devait :

  • 1º Présenter en recette la première tourelle montée en usine, en vue des opérations de la Commission de réception, dans un délai de 14 mois.  
  • 2º Livrer ladite tourelle après exécution des modifications jugées nécessaires par la Commission de réception dans un délai qui sera fixé par cette Commission. Ce délai courait du jour de la notification au fournisseur à l’achèvement des opérations de cette Commission.
  • 3º De livrer les 2° et 3º tourelles respectivement un et deux mois après la première.

Lorsque toutes les pièces d’une tourelle et de son avant-cuirasse avaient été amenées à pied d’œuvre, le fournisseur devait en effectuer le montage dans un délai de 60 jours qui courrait de la date de la notification de l’ordre du Chef de la Section technique du Génie de commencer le travail.

Prix de la fourniture et du montage des tourelles de 155C 08

A) Fourniture.

Les trois premières tourelles sont d’un coup de 180.000 francs et se décomposent comme il suit :

1º Fourniture proprement dite :

  • Avant-cuirasse 32 910 Frs.
  • Cuirassement de toiture 82 190 Frs.
  • Doublage de toiture 3 490 Frs.
  • Corps de tourelle (partie tournante) 12 600 Frs.
  • Affûts et mécanismes fixés à la partie tournante 18 970 Frs.
  • Appareils du mouvement de rotation (compris la sellette avec les galets du mouvement de rotation) 14 410 Frs.
  • Guidage, charpente fixe et planchers 6 400 Frs.
  • Appareils accessoires (ventilation, éclairage, monte-charges, outillage, rechanges, échelles) 7 770 Frs.

2º Emballage, chargement sur wagon et livraison en gare du Creusot 1 260 Frs.

B) Montages. Les frais de montage ont été payés au fournisseur aux prix forfaitaires suivants :

  • 1º Montage et essais en usine de la première tourelle 6 500 Frs.
  • 2º Montage définitif d’une tourelle et de son avant-cuirasse 5 600 Frs.

Inventaire des tourelles tournantes de 155C 08

Un morceau de coupole près d'une des deux tourelles tourantes de 155C 08 de la batterie cuirassée du fort de Longchamp en 2007 à Epinal. VAUBOURG Julie
Un morceau de coupole près d’une des deux tourelles tournantes de 155C 08 de la batterie cuirassée du fort de Longchamp en 2007 à Epinal.
VAUBOURG Cédric

Cette tourelle sera produite en 4 exemplaires, seuls 2 seront installés. Elles sont identifiées par un numéro de série et une plaque fabriquant vissée sur le corps de la tourelle à l’étage intermédiaire.

Il était projeté d’en monter encore 12 autres dans les 4 places fortes de l’Est (Verdun, Toul, Epinal et Belfort), mais la déclaration de guerre vient mettre fin à ces projets.

Tourelles tournantes de 155C 08 installées

Marché de la Compagnie Schneider du 25 avril 1909 : Usines du Creusot


de la tourelle
Fort ou ouvragePrête à tirerEtat aujourd’hui
1Batterie cuirassée extérieure du fort de Longchamp à Epinal1 avril 1914Ferraillée partiellement en 1943 par les allemands sous l’organisation Todt. Les morceaux de tourelle ont été envoyés au fort de Villey le Sec à Toul en avril 2009
3Batterie cuirassée extérieure du fort de Longchamp à EpinalSeptembre 1915Ferraillée partiellement en 1943 par les allemands sous l’organisation Todt. Les morceaux de tourelle ont été envoyés au fort de Villey le Sec à Toul en avril 2009

Tourelles tournantes de 155C 08 commandées mais non installées

Marché de la Compagnie Schneider du 25 avril 1909 : Usines du Creusot


de la tourelle
Fort ou ouvrageEtat aujourd’hui
2Batterie cuirassée extérieure du fort de Villey-le-Sec à ToulFabriquée mais non installée, la batterie cuirassée etait bien avancée, il restait à mettre en place les cuirassements

Marché Fives Lilles du 5 août 1912


de la tourelle
Fort ou ouvrageEtat aujourd’hui
4Batterie cuirassée extérieure du fort de Villey-le-Sec à ToulFabriquée mais non installée, la batterie cuirassée etait bien avancée, il restait à mettre en place les cuirassements
5Batterie cuirassée extérieure du fort de Douaumont à VerdunRestée en usine, montage prévu en 1916
6Batterie cuirassée extérieure du fort de Douaumont à VerdunRestée en usine, montage prévu en 1916

Marché Fives Lilles du 30 mai 1913

N° supposé
de la tourelle
Fort ou ouvrageEtat aujourd’hui
7Batterie cuirassée extérieure du fort de Bessoncourt à BelfortNon fabriquée, montage prévu en 1916
8Batterie cuirassée extérieure du fort de Bessoncourt à BelfortNon fabriquée, montage prévu en 1916

Marché Marrel Frères du 31 mai 1913

N° supposé
de la tourelle
Fort ou ouvrageEtat aujourd’hui
9Batterie cuirassée extérieure de l’ouvrage du Mont-Rudolphe à BelfortNon fabriquée, montage prévu en 1916

Marché Batignolles du 2 juin 1913

N° supposé
de la tourelle
Fort ou ouvrageEtat aujourd’hui
10Batterie cuirassée extérieure du fort de Douaumont à VerdunNon fabriquée, montage prévu en 1916

Marché Chantiers et Ateliers de la Loire du 3 juin 1913

N° supposé
de la tourelle
Fort ou ouvrageEtat aujourd’hui
11Batterie cuirassée extérieure du fort du Bois d’Oye à BelfortNon fabriquée, montage prévu en 1916
12Batterie cuirassée extérieure du fort du Bois d’Oye à BelfortNon fabriquée, montage prévu en 1916
13Batterie cuirassée extérieure du fort du Mont-Vaudois à BelfortNon fabriquée, montage prévu en 1917

D’autres tourelles de 155C 08 étaient prévues pour un montage qui devait être réalisé entre 1916 et 1920, comme :

D’autres forts étaient projetés de recevoir ce type de cuirassement, mais les projets sont restés sans suite.

Aujourd’hui, il n’existe plus de tourelles tournantes de 155 C modèle 1908, car elles ont été ferraillées par les Allemands sous l’organisation Todt pendant le second conflit mondial. Les morceaux de coupoles des 2 tourelles du fort de Longchamp ont été envoyés au fort de Villey-les-Sec en 2009, afin de les présenter au public.