La tourelle Mougin modèle 1876 est la première tourelle française mise au point par la commission des cuirassements et le Commandant Mougin après une série d’expériences, de 1874 à 1878, sur des cuirassements au polygone de Gâvres.

Tourelle Mougin modèle 1876 du fort de Villey le Sec à Toul. VAUBOURG Julie
La tourelle Mougin modèle 1876 du fort de Villey le Sec à Toul. VAUBOURG Julie

Elle est conçue d’après les premières réalisations de Schumann, de Coles et d’Ericsson pour résoudre les problèmes des faibles champs de tir que possèdent les casemates d’artillerie blindées comme la casemate Mougin de 155L en fonte dure contre le canon de siège. Son rôle est le même que cette dernière. Elle surveille les passages obligatoires où une armée ennemie pourrait amener des pièces de siège.

Au départ, ce type de tourelle est placée au sommet du fort pour augmenter sa portée de tir, mais trop facilement repérable de part sa position, on choisira de la placer dans la rue du rempart à la place d’une pièce d’artillerie pour la dissimuler aux yeux de l’ennemi, quitte à réduire son angle de direction de tir. Cette tourelle se compose de plusieurs parties et de 2 étages minimum.

Organisation des tourelles Mougin modèle 1876

Plan en coupe d'une tourelle Mougin modèle 1876 - VAUBOURG Cédric
Plan en coupe d’une tourelle Mougin modèle 1876. VAUBOURG Cédric

Une tourelle cuirassée pour canons de 155 long est une construction métallique aménagée pour abriter deux canons de 155 long modèle 1877, avec leurs affûts, leurs armements et leurs servants. Elle est disposée pour tourner autour d’un pivot central et permet ainsi aux pièces, qui tournent avec elle, de tirer dans toutes les directions.

La tourelle est entièrement fermée et n’offre aux coups de l’ennemi que des surfaces courbes peu vulnérables, à l’exception de deux embrasures par lesquelles passent les bouches des canons. Elle repose sur une voûte et est entourée, surtout son pourtour, d’une gaine de circulation, limitée par un mur cylindrique. Ce mur est protégé par un anneau fixe en fonte appelé avant cuirasse, qui est noyé dans un massif de béton.

Le mouvement de rotation de la tourelle est déterminé par une chaîne sans fin et un treuil à engrenages et à manivelle qu’on peut faire déplacer à bras ou à l’aide d’un moteur à vapeur.

Une pompe hydraulique, agissant sur le pivot de la tourelle, permet de la soulever et de diminuer ainsi notablement l’effort nécessaire pour la faire tourner.

Plan en coupe de la tourelle Mougin du fort de Longchamp à Epinal. VAUBOURG Cédric
Plan en coupe de la tourelle Mougin du fort de Longchamp à Epinal. VAUBOURG Cédric

Au-dessous de la voûte qui supporte la tourelle, il y a un étage inférieur qui comprend :

  • Une chambre circulaire servant de magasin aux munitions.
  • La chambre du treuil, où est également installée la pompe hydraulique, et enfin la chambre de la machine à vapeur.
  • On accède à la gaine et à l’étage inférieur par des rampes ou des escaliers.
  • Les deux étages communiquent par une baie où se trouve un monte-charge servant à l’approvisionnement des pièces.
L'étage inférieur de la tourelle Mougin du fort de Villey me Sec à Toul. VAUBOURG Cédric
L’étage inférieur de la tourelle Mougin du fort de Villey le Sec à Toul. VAUBOURG Cédric

Les canons sont montés sur un système d’affût Grüson du type à châssis modèle 1881, qui permet de tirer de 5 degrés au-dessous de l’horizon à 20 degrés au-dessus. Des freins limitent le recul et les pièces reviennent automatiquement en batterie.

Particularités du service des canons sous tourelle Mougin modèle 1876

Deux canons de 155 long modèle 1877 dans la tourelle Mougin du fort de Villey le Sec à Toul. VAUBOURG Cédric
Deux canons de 155 long modèle 1877 dans la tourelle Mougin du fort de Villey le Sec à Toul.
VAUBOURG Cédric

Le service des canons de 155 long modèle 1877 sous tourelle présente diverses particularités qui le distinguent du service des mêmes bouches à feu employées derrière un épaulement :

1° Le pointage en hauteur est seul donné par l’affût, au moyen d’une pompe et d’un volant. Le pointage en direction est donné par la tourelle elle-même, celle-ci est pourvue à cet effet d’un dispositif spécial.

2° La mise de feu est assurée automatiquement par un dispositif électrique qui fait partir les coups au moment précis où les canons arrivent dans la direction voulue. On ne se sert du tire-feu que lorsqu’on ne peut pas faire usage de l’appareil de mise de feu automatique.

3° La fumée et les vibrations rendant le service assez pénible pour le personnel qui est employé dans la tourelle, ce personnel est réduit au minimum strictement indispensable. Il est de règle de le relever autant que possible toutes les heures dans un tir prolongé exécuté à la vitesse d’une salve par deux minutes.

Personnel employé au service d’une tourelle

Des soldats avant 1914 devant la tourelle Mougin du fort du Parmont Haute Moselle - Lionel PRACHT
Des soldats avant 1914 devant la tourelle Mougin du fort du Parmont Haute Moselle. Lionel PRACHT

Le personnel nécessaire pour le service d’une tourelle Mougin est commandé par un chef de tourelle (officier ou sous-officier), il se compose de :

Un peloton des pièces, comprenant 6 servants commandés par un chef de pièces (maréchal des logis ou brigadier) pour servir les bouches à feu.

Deux auxiliaires commandés par un artificier dénommé artificier de la gaine, chargés d’approvisionner les pièces en munitions.

Les manœuvres du monte-charges (6 en moyenne) commandés par un artificier dénommé artificier du monte-charges, chargés d’apporter les munitions au petit dépôt de la gaine.

Un brigadier-chef de manœuvre, chargé d’assurer le mouvement de rotation de la tourelle. Le chef de manœuvre dispose du personnel suivant :

a) Si la tourelle est actionnée à bras, les manœuvres de la chambre du treuil au nombre de 18 (12 seulement si la tourelle marche à petite vitesse et si l’on fait en même temps usage de la pompe).

b) Si la tourelle est actionnée par la vapeur, un mécanicien et un aide-mécanicien, dans ce cas il faut en outre deux ou trois manœuvres pour assurer l’alimentation de la machine en eau et en combustible.

L'emplacement du personnel de la tourelle Mougin de 155L du fort de Corbas à Lyon. VAUBOURG Julie
L’inscription de l’emplacement du chargeur de la tourelle Mougin de 155L du fort de Corbas à Lyon. VAUBOURG Julie

Le service du canon de 155 long sur affût de tourelle comprend :

  • Service du peloton des pièces.
  • Service de l’artificier de la gaine et des auxiliaires.
  • Service de l’artificier et des manœuvres du monte-charges.
  • Service des manœuvres de la chambre du treuil.
  • Service du mécanicien et de son aide.
  • Service du chef de manœuvre.
  • Exécution des feux.

Disposition des armements et assortiments

Les armements et assortiments, dont une tourelle Mougin doit être pourvue, comprennent :

  • 1° Les armements et assortiments des bouches à feu.
  • 2° Les appareils d’éclairage.
  • 3° L’outillage de circuit.
  • 4° L’outillage des affûts.
  • 5° L’outillage de la tourelle.
  • 6° Les rechanges.
  • 7° Des approvisionnements divers.
Les couvres culasses sur les canons de la tourelle Mougin du fort de Villey le Sec en 1955 Collection la Citadelle
Les couvres culasses sur les canons de la tourelle Mougin du fort de Villey le Sec en 1955. Collection la Citadelle

Lorsque la tourelle n’est pas exposée à ouvrir le feu inopinément les embrasures sont fermées et orientées dans la direction opposée aux pluies. Les bouches à feu sont hors de batterie, munies du couvre-bouche et du couvre-culasse. Le rouleau de manœuvre est sur les taquets d’affût supportant la culasse. Les armements et assortiments les plus usuels des bouches à feu sont dans la tourelle, à l’exception des niveaux de pointage tous les autres objets sont au dépôt.

La tourelle Mougin du fort de Montfaucon à Besançon vers 1890 équipée des couvres bouches - Lionel PRACHT
La tourelle Mougin du fort de Montfaucon à Besançon vers 1890 équipée des couvres bouches.
Lionel PRACHT

Lorsque, au contraire, la tourelle doit être tenue prête à entrer rapidement en action, les embrasures sont ouvertes. Les bouches à feu sont en batterie, sans couvre-bouche. Tous les armements et assortiments des bouches à feu, les appareils d’éclairage, les piles et l’outillage de circuits sont en place dans la tourelle et dans la gaine.

Les couvres bouches devant la tourelle Mougin du fort de Domont à Paris - Lionel PRACHT
Les couvres bouches devant la tourelle Mougin du fort de Domont à Paris. Lionel PRACHT

Dans ce cas, la tourelle peut être armée ou servie.

Tourelle armée. Les embrasures sont tournées vers le secteur non dangereux. Les bouches à feu sont munies du couvre culasse. Les armements, assortiments etc. sont placés dans la tourelle et dans la gaine. Ils sont disposés de manière à ne pas gêner la circulation.

Tourelle servie. Les bouches à feu n’ont pas de couvre culasse. Les appareils d’éclairage sont allumés, le circuit électrique est établi, les servants sont à leurs postes, équipés des armements, qu’ils doivent porter sur eux. Les autres armements et l’outillage de circuit sont disposés à proximité des servants qui doivent les employer.

Pointage des canons sous tourelle

La tourelle Mougin Jeanne d'Arc du fort du Barbonnet près de Nice - VAUBOURG Julie
La tourelle Mougin Jeanne d’Arc du fort du Barbonnet près de Nice. VAUBOURG Julie

Le chef de tourelle dispose pour le réglage du tir:

  • 1° D’une table de tir du canon de 155 sous tourelle.
  • 2° De deux planchettes de tir à courbes de chute, l’une pour les charges de plein fouet, l’autre pour la charge de 4 kilogrammes de poudre SP1.
  • 3° De deux règles de direction courbes correspondant aux planchettes.

Les tables de tir sont semblables aux tables ordinaires, sauf que les éléments correspondant à la direction sont donnés en divisions de la graduation circulaire (millimètres et degrés)

Les planchettes sont analogues aux planchettes ordinaires, le pivot est au centre. La graduation circulaire, qui forme une circonférence entière est divisée en degrés, la ligne 0 -180° étant orientée suivant la direction Nord-Sud de la carte et la graduation tournant dans le sens des aiguilles d’une montre.

Les règles de direction, au lieu d’un trait de repère servant à lire la direction, portent à leur extrémité deux verniers, l’un marqué PD servant pour la pièce de droite et l’autre PG pour la pièce de gauche.

Chaque vernier porte 12 divisions 0, 5, 10, ….. 60. Il permet ainsi de lire la direction à 5° près ou même à 2,5° près en procédant comme avec l’ancien niveau de pointage.

Limites des angles de tir. Le canon de 155 long monté sur affût de tourelle modèle 1881 peut être pointé sous des angles variant de – 5 degrés à + 20 degrés, ce qui correspond à une portée maximum d’environ 7600 mètres avec la charge de 9 kilogrammes.

Champ de tir. La tourelle permet un champ de tir de 360 degrés.

Dispositif de pointage en direction. La circulaire de pointage porte deux graduations : une graduation en centimètres et millimètres, une graduation en degrés (de 0 degrés à 360 degrés) et douzièmes de degré (5 minutes). Les divisions sont numérotées dans le sens du mouvement des aiguilles d’une montre. La ligne 0 – 180° est orientée suivant la ligne Nord-Sud du lieu.

Les ressorts de mise de feu sont montés de telle sorte que, la direction du but à battre faisant un angle A avec la direction du méridien astronomique du lieu, il suffit de placer le curseur de la pièce de droite à la division A +0,2 m de la circulaire de pointage et le curseur de la pièce de gauche à la division A -0,2 m pour que le feu soit mis aux deux pièces en même temps, lorsque, dans le mouvement de rotation de la tourelle, les plans de tir passeront à 0,6 m à droite et à gauche du but.

Le pointage comprend deux opérations distinctes :

  • 1° Donner l’angle à la pièce.
  • 2° Donner la direction.

On donne l’angle à la pièce avec le niveau de pointage par les procédés ordinaires.

Pour donner la direction, le chef de tourelle place le curseur de la circulaire de pointage correspondant à la pièce à pointer, à une division telle que, lorsque la tourelle, dans son mouvement de rotation, amène le ressort de mise de feu en contact avec ce curseur.

Réglage du tir

Les deux canon de 155Long sur leurs affût dans la tourelle Mougin modèle 1876 du fort du Barbonnet dans l'avancée de Nice. VAUBOURG Julie
Les deux canons de 155 Long sur leur affût dans la tourelle Mougin modèle 1876 du fort du Barbonnet dans l’avancée de Nice. VAUBOURG Julie

Le tir se règle suivant les méthodes du manuel de tir, de siège et place, d’après les renseignements fournis par le service d’observation.

Les deux pièces sont tirées en salve et on tient compte des résultats comme si les deux coups avaient été successifs.

Toutefois, on peut au début du tir économiser les munitions en ne tirant d’abord qu’une seule pièce et ensuite les deux pièces d’une même salve avec des angles différents d’un bond jusqu’à ce que le but ait été atteints. A partir de ce moment, les pièces sont tirées avec le même angle.

Carte postale du tir des tourelles Mougin du fort de Manonviller - Lionel PRACHT
Carte postale du tir des tourelles Mougin du fort de Manonviller. Lionel PRACHT

On devra chercher à réduire les tâtonnements dans le réglage en direction en évaluant les écarts en grandeur, puis en corrigeant de la totalité la première fois et de la moitié la deuxième fois.

Il est à remarquer que, pour corriger les écarts en direction, le chef de tourelle doit toujours déplacer le curseur sur la circulaire de pointage du côté où est tombé le projectile.

Notions générales sur le matériel des tourelles Mougin de 155L

Bouche à feu

Détail 3D d'un canon de 155L - Yvan Lambert
Détail 3D d’un canon de 155L – Yvan Lambert

Le canon de 155 long, sous tourelle et sous casemate, est destiné principalement au tir de plein fouet, et accessoirement, au tir plongeant à charges réduites.

Dans les deux cas, il est monté sur le même affût qui permet de le pointer sous les angles compris entre – 5 et + 20 degrés pour une portée maximum de 7600 mètres.

Un système spécial de freins hydrauliques, formé de pistons dont les tiges sont fixées aux châssis, et de cylindres de freins fixés aux affûts, permet de limiter le recul. Les châssis reposent sur des plates-formes spéciales.

Les deux canons de 155 long de la tourelle Mougin Jeanne d'Arc du fort du Barbonnet - VAUBOURG Julie
Les deux canons de 155 long de la tourelle Mougin Jeanne d’Arc du fort du Barbonnet. VAUBOURG Julie

Le canon de 155 long pèse 2500 kilogrammes. Les bouches à feu sont semblables à celles montées sur affût de siège, sauf les différences suivantes :

  • La plate-bande de la bouche est enlevée sur une certaine partie pour faciliter le recul.
  • L’anse est supprimée pour augmenter l’amplitude de la course verticale de la bouche à feu.

Tourelle.

Les deux tourelles Mougin du fort de Giromagny en 1940 - Lionel PRACHT
Les deux tourelles Mougin du fort de Giromagny en 1940. Lionel PRACHT

On distingue dans une tourelle, la cuirasse, la charpente cylindrique, la plate-forme, le mécanisme de roulement, le mécanisme de manœuvre, le dispositif pour le pointage en direction, le dispositif pour la mise de feu par l’électricité et le monte-charge.

Cuirasse.

La tourelle Mougin du fort de Stains à Paris. VAUBOURG Cédric
La tourelle Mougin du fort de Stains à Paris. VAUBOURG Cédric

La cuirasse protège tout le mécanisme contre les coups venant de l’extérieur.

La coupole cuirassée en fonte dure mesure 6 mètres de diamètre, elle comprend deux parties : l’une extérieure et fixe, la deuxième intérieure et mobile.

La tourelle Mougin du fort de Villey le Sec, sa calotte et ses 5 voussoirs. VAUBOURG Cédric
La tourelle Mougin du fort de Villey le Sec, sa calotte et ses 5 voussoirs. VAUBOURG Cédric

La partie intérieure et mobile se compose de : 5 voussoirs identiques pesant de 20 à 21 tonnes ayant au moins 60 cm d’épaisseur mesurée horizontalement. L’un d’eux est percé de deux embrasures distantes de 1,2 mètres.

Une calotte ayant une épaisseur de 20 cm, renforcée par un bourrelet à la circonférence et pesant de 11 à 12 tonnes. Elle est assemblée à feuillure avec les voussoirs et porte intérieurement 7 pitons munis d’anneaux servant aux manœuvres de force.

La partie extérieure et fixe se compose de :

L’anneau fixe ou avant cuirasse, en fonte dure, formé de 4 segments égaux, il s’élève à quelques centimètres en contre-bas du seuil des embrasures et protège la charpente cylindrique.

L’anneau fixe est porté par un mur cylindrique, en maçonnerie, qui entoure la tourelle et dans lequel sont ménagés des abris. L’un de ces abris est occupé par le monte-charge, l’autre reçoit les munitions. Un massif de béton de ciment de 3 mètres d’épaisseur recouvre complètement la partie extérieure de l’anneau. Le massif est lui-même protégé par un parapet en sable gazonné.

Entre le mur cylindrique et la tourelle règne un corridor ou gaine de circulation d’environ 1 mètre de largeur dans lequel débouche l’escalier qui donne accès dans la tourelle.

Charpente cylindrique.

Plan de la charpente cylindrique de la tourelle Mougin modèle 1876. D'après le règlement sur le service des canons de 155 long sur affûts de tourelle et de casemate. VAUBOURG Cédric
Plan de la charpente cylindrique de la tourelle Mougin modèle 1876. D’après le règlement sur le service des canons de 155 long sur affûts de tourelle et de casemate. VAUBOURG Cédric

La charpente cylindrique en tôle et fers profilés comprend :

  • La couronne supérieure qui supporte les voussoirs.
  • Les 14 montants en fer à double T, supportant la couronne supérieure.
  • Les tôles d’entourage (intérieure et extérieure) formant des panneaux pleins, des panneaux à échancrure rectangulaire et des panneaux en forme de gousset. Il y a deux panneaux pleins en regard des embrasures et deux autres à leur opposé. Les premiers seuls sont mobiles.
  • La gouttière pare-éclats qui sert à l’écoulement des eaux de pluie et qui protège la gaine contre les éclats des projectiles.

Les panneaux mobiles peuvent être déplacés latéralement à l’aide d’un mécanisme spécial et le montant placé entre eux peut être enlevé en déboulonnant les plaques qui le fixent à chacun de ses bouts. On forme ainsi une ouverture qui permet d’armer ou de désarmer la tourelle.

Le mécanisme de manœuvre des panneaux mobiles comprend la vis de dégagement qui sert à déboîter les panneaux. Les poignées, les galets, la clef à écrou fixée à l’une des poignées par une chaîne. Les rails brisés qui guident les panneaux dans leur mouvement latéral.

Plateforme.

La tourelle Mougin vide du fort de Domont à Paris où l'on appreçoit la charpente cylindrique qui suporte le cuirassement et les poutres de la plateforme au sol. VAUBOURG Cédric
La tourelle Mougin vide du fort de Domont à Paris où l’on aperçoit la charpente cylindrique qui supporte le cuirassement et les poutres de la plateforme au sol. VAUBOURG Cédric

La plate-forme est composée de :

  • 14 poutres rayonnantes correspondant aux 14 montants, consolidées par deux cornières, l’une en dessus et l’autre en dessous.
  • La tôle d’assemblage découpée en goussets.
  • Le moyeu, en fonte, auquel les poutres sont fixées par des vis et qui coiffe le pivot autour duquel s’effectue le mouvement de rotation.

Mécanisme de roulement.

Le mécanisme de roulement comprend l’ensemble des dispositifs qui permettent de faire tourner la tourelle.

Il se compose de trois parties principales :

Le dessous de la plateforme et ses 14 galets de la tourelle Mougin du fort de Villey le Sec à Toul. VAUBOURG Cédric
Le dessous de la plateforme et ses 14 galets de la tourelle Mougin du fort de Villey le Sec à Toul. VAUBOURG Cédric
  • Les deux circulaires coniques en fonte et les seize galets coniques en fonte. L’une des circulaires (la supérieure) est boulonnée sous la plateforme, l’autre (l’inférieure) est fixée par des boulons de scellement sur la voûte en béton qui supporte la tourelle.
Les galets en fonte sont guidés par des arbres en fer. VAUBOURG Cédric
Les galets en fonte sont guidés par des arbres en fer de la tourelle Mougin du fort de Villey le Sec. VAUBOURG Cédric

Les galets sont guidés par des arbres en fer. Ces arbres sont maintenus à leur écartement par des fers en U et assemblés dans un collier en bronze qui tourne à frottement doux autour du pivot de la tourelle.

Le pot de presse de la tourelle Mougin du fort de Corbas à Lyon. VAUBOURG Julie
Le pivot de la tourelle Mougin du fort de Corbas à Lyon. VAUBOURG Julie
  • Le pivot, en acier, formant piston plongeur dans un pot de presse en fonte, tubé en acier, qui est noyé dans la voûte en béton.

Une garniture en tresse de chanvre suifée rend étanche le joint entre le pivot et le pot de presse. Elle est serrée contre le fond du pot de presse par un presse-étoupes en bronze, au moyen de 10 boulons verticaux.

  • La pompe à glycérine qui aspire la glycérine d’une bâche et la refoule dans le pot de presse.

Un manomètre indique à chaque instant la pression en atmosphère*, à moins qu’on ne ferme le robinet qui sert à interrompre la communication avec la pompe.

Une soupape de sûreté, qui se règle au moyen d’un levier à poids, s’ouvre d’elle-même lorsque la pression est trop forte.

Un robinet de décharge sert à vider l’appareil.

*1 atmosphère est égal à 1,01325 bar

Fonctionnement de la pompe hydraulique et du mécanisme de roulement.

La pompe hydraulique de la tourelle Mougin Jeanne d'Arc du fort du Barbonnet. VAUBOURG Cédric
La pompe hydraulique de la tourelle Mougin Jeanne d’Arc du fort du Barbonnet. VAUBOURG Cédric

Lorsque la pompe n’est pas en pression, la tourelle repose entièrement sur les galets. Il faut alors un effort assez considérable pour la mettre en mouvement.

Si l’on met la pompe en pression, la glycérine refoulée dans le pot de presse soulève le pivot et la tourelle. Si on soulevait complètement la tourelle, elle tournerait aisément, mais elle manquerait de stabilité. Il est préférable de ne la soulever, que très peu car la plateforme, qui se bombe légèrement, repose à la fois sur le pivot et sur les galets. La tourelle tourne alors sans difficulté, tout en restant stable.

La pompe hydraulique permet donc de soulager le poids de la tourelle, que celle-ci marche à bras ou à la vapeur.

Le manomètre de la tourelle Mougin du fort de Villey le Sec à Toul. VAUBOURG Julie
Le manomètre de la tourelle Mougin du fort de Villey le Sec à Toul. VAUBOURG Julie

La pompe est toujours en sous pression, quand la tourelle est au repos, cette pression est maintenue à 50 atmosphères environ. Quand on manœuvre, elle est portée entre 170 et 200 atmosphères, ce qui correspond à une répartition de 10% du poids total sur les galets et de 90% sur le pivot. Il faut éviter de dépasser la pression de 200 atmosphères. Pour soulager la tourelle, le chef de manœuvre redresse le levier de la pompe en dégageant le boulon qui le maintien replié, ouvre le robinet de communication du manomètre en lui faisant faire un tour vers la gauche et pompe à l’aide du levier jusqu’à ce que le manomètre marque de 175 à 200 atmosphères.

Pendant toute la durée de la manœuvre, le manomètre doit indiquer cette pression.

La manœuvre terminée, on laisse tomber progressivement la pression à 50 atmosphères environ, en ouvrant doucement le robinet d’écoulement.

Dans le tir réel, le chef de manœuvre a soin, au commandement PIÈCES de fermer le robinet de communication de la pompe avec le manomètre afin d’éviter, au départ des coups, des répercussions sur le manomètre. Pendant que le robinet est fermé, il maintient la pression au jugé entre 175 et 200 atmosphères, puis il rouvre le robinet quand le coup est parti.

Mécanisme de manœuvre

Le mécanisme de manœuvre comprend l’ensemble des dispositifs employés pour faire tourner la tourelle. Il se compose de quatre parties principales qui sont : le treuil à engrenage, la chaîne de manœuvre, la circulaire à gorge et la machine à vapeur.

Le treuil sert à mettre en mouvement la chaîne de manœuvre qui entoure elle-même la circulaire à gorge et fait tourner la tourelle. Il peut être actionné par des hommes ou par la machine à vapeur et dans l’un et l’autre cas, faire tourner à deux vitesses différentes la tourelle. Celle-ci fait un tour complet en 1 minute, quand le treuil est monté pour la grande vitesse et en 3 minutes quand il est monté pour la petite vitesse.

Plan du treuil à engrenages de la tourelle Mougin modèle 1876 - D'après le règlement sur le service des canons de 155 long sur affûts de tourelle et de casemate VAUBOURG Cédric
Plan du treuil à engrenages de la tourelle Mougin modèle 1876. D’après le règlement sur le service des canons de 155 long sur affûts de tourelle et de casemate. VAUBOURG Cédric

Le treuil à engrenages est formé d’un bâti supportant trois arbres horizontaux : l’arbre moteur (celui qui est en bas), l’arbre intermédiaire et l’arbre de transmission (celui qui est en haut).

Le treuil à engrenages de la tourelle Mougin Jeanne d'Arc du fort du Barbonnet. VAUBOURG Cédric
Le treuil à engrenages de la tourelle Mougin Jeanne d’Arc du fort du Barbonnet. VAUBOURG Cédric

L’arbre moteur porte à l’une de ses extrémités la manivelle formée par la poignée extrême et la poignée coudée, à l’autre extrémité se trouvent trois poulies de transmission, celle du milieu faisant corps avec l’arbre sur lequel elle est calée, les deux autres étant folles sur cet arbre. Celui-ci porte encore dans sa partie médiane un pignon à double denture qui peut se déplacer le long de l’arbre et être calé sur lui au moyen d’une vis de frottement.

L’arbre intermédiaire porte la roue dentée de petite vitesse et un pignon intermédiaire qui engrène avec une roue dentée de l’arbre supérieur.

L’arbre de transmission porte la roue dentée de grande vitesse et une autre roue dentée qui fait corps avec la poulie à barbotin sur laquelle s’enroule la chaîne de manœuvre.

Pour la marche à la vapeur, on fait passer sur les poulies de l’arbre moteur deux courroies de transmission, l’une à brins parallèles et l’autre à brins croisés, qui vont s’enrouler d’autre part sur le tambour moteur de la machine à vapeur. Suivant que l’une ou l’autre de ces courroies passe sur la poulie fixe, le treuil tourne dans un sens ou dans l’autre. Quand ces deux courroies passent sur les poulies folles, le treuil reste immobile.

Le treuil de rotation de la tourelle Mougin du fort de Villey le Sec. Le oteur électrique n'est pas d'époque. VAUBOURG Julie
Le treuil de rotation de la tourelle Mougin du fort de Villey le Sec. Le moteur électrique n’est pas d’époque. VAUBOURG Julie

Le volant d’embrayage placé dans la gaine de la tourelle permet de mettre le treuil en mouvement dans un sens ou dans l’autre et de l’arrêter. Ce volant actionne, par l’intermédiaire de chaînes et de poulies de renvoi, un arc denté qui engrène avec une crémaillère portant deux fourches d’embrayage qui embrassent les courroies. En tournant le volant dans un sens ou dans l’autre on fait passer l’une ou l’autre des courroies sur la poulie fixe et le treuil est alors mis en mouvement dans l’un ou l’autre sens.

Le volant porte en deux points de sa circonférence les inscriptions PV (petite vitesse) et GV (grande vitesse) ainsi que celles des mots: AVANT et ARRIÈRE qui indiquent le sens de la rotation pour l’un et l’autre sens de marche.

Un index fixe sert à repérer la position du volant ; lorsque l’indication PV ou GV se trouve en face de cet index, les deux courroies sont sur les poulies folles.

Les poulies de renvoie de la chaine de manoeuvre sans fin du mécanisme de rotation de la tourelle Mougin Jeanne d'Arc du fort du Barbonnet. VAUBOURG Julie
Les poulies de renvoie de la chaine de manoeuvre sans fin du mécanisme de rotation de la tourelle Mougin Jeanne d’Arc du fort du Barbonnet. VAUBOURG Julie

La chaîne de manœuvre est une chaîne sans fin dont les deux brins parallèles s’élèvent verticalement depuis la poulie à barbotin du treuil jusqu’à hauteur de la plateforme de la tourelle. Là elles changent de direction sur deux grandes poulies de renvoi et s’enroulent sur la circulaire à gorge de la tourelle.

Ces poulies servent non seulement à guider la chaîne, mais aussi à modifier sa tension, il suffit pour cela de déplacer, en agissant sur des vis de rappel, les coussinets des poulies qui sont mobiles dans des glissières verticales.

La chaîne de manœuvre et une poulie de renvoi de la tourelle Mougin du fort de Villey-le-Sec en 1955. Collection La Citadelle
La chaîne de manœuvre et une poulie de renvoi de la tourelle Mougin du fort de Villey-le-Sec en 1955. Collection La Citadelle

La circulaire à gorge est boulonnée sur la plateforme, elle porte un butoir de timbre d’arrêt qui fait résonner à chaque tour de la tourelle un timbre d’arrêt qui indique que les embrasures sont tournées du côté opposé au secteur dangereux.

Changer la vitesse du treuil. Le treuil est habituellement disposé pour la grande vitesse, c’est-à-dire le pignon à double denture engrenant avec la roue de grande vitesse.

Pour mettre le treuil à la petite vitesse, il faut desserrer de deux ou trois tours la vis de frottement du pignon à double denture et faire glisser ce pignon le long de l’arbre moteur (en frappant avec un levier) de manière qu’il entraîne avec la roue de petite vitesse et de serrer à fond la vis de frottement.

Pour remettre le treuil à la grande vitesse, il faut opérer en sens inverse.

Marche à la vapeur. Le volant est habituellement disposé pour la grande vitesse, c’est-à-dire que l’indication GV est en regard de l’index fixe.

Pour mettre la tourelle en mouvement, ont agi lentement et avec précaution sur le volant de manière à amener l’un des mots AVANT ou ARRIÈRE devant l’index, suivant le sens de la marche qui est commandé.

Pour arrêter la tourelle, il suffit d’agir sur le volant en sens contraire du précédent et de ramener l’indication GV en regard de l’index.

Si l’on veut faire marcher la tourelle à la petite vitesse, il convient, avant de la mettre en mouvement, de modifier le montage du volant.

A cet effet, il faut dévisser l’écrou qui est à l’extrémité de l’axe du volant enlever celui-ci et le replacer de manière que l’indication PV se trouve vis-à-vis de l’index, puis de revisser l’écrou.

Pour mettre la tourelle en mouvement et pour l’arrêter, on procède ensuite comme il est dit ci-dessus pour la grande vitesse.

Machine à vapeur

Machine à vapeur Hermann Lachapelle de tourelle Mougin - D'après le règlement sur le service des canons de 155 long sur affûts de tourelle et de casemate. VAUBOURG Cédric
Machine à vapeur Hermann Lachapelle de tourelle Mougin – D’après le règlement sur le service des canons de 155 long sur affûts de tourelle et de casemate. VAUBOURG Cédric

Le moteur à vapeur adopté en 1883 pour le service des tourelles est une machine verticale du système Hermann-Lachapelle de la force de deux à quatre chevaux-vapeurs.

Les organes principaux sont :

Le socle bâti isolateur, la chaudière, les organes de distribution, le mécanisme moteur, les organes d’alimentation et les organes de sûreté.

La machine à vapeur système Hermann-Lachapelle du fort de Corbas à Lyon. VAUBOURG Cédric
La machine à vapeur système Hermann-Lachapelle du fort de Corbas à Lyon. VAUBOURG Cédric

Le socle bâti isolateur porte toute la machine et lui donne de la stabilité. Sa partie inférieure forme le corps du cendrier et supporte la grille du foyer. La colonne de droite porte le cylindre et l’extrémité droite de l’arbre moteur, la colonne de gauche porte la pompe d’alimentation et l’extrémité gauche de l’arbre moteur, enfin, la traverse supérieure porte le cadre du régulateur.

La chaudière est formée de deux enveloppes de tôle qui constituent le corps de la chaudière.

L’intervalle annulaire reçoit l’eau et la partie centrale forme le foyer.

Le foyer de la machine à vapeur du fort de Corbas. VAUBOURG Julie
Le foyer de la machine à vapeur du fort de Corbas. VAUBOURG Julie

Deux bouilleurs, sortes de cylindres de tôle horizontaux, font communiquer entre elles, vers le milieu de la hauteur du corps de la chaudière, les parties diamétralement opposées de son volume annulaire. Des trous de nettoyage servent à nettoyer la chaudière et les bouilleurs. Le plus gros s’appelle le trou d’homme.

L'intérieur de la machine à vapeur de la tourelle Mougin du fort de Domont à Paris. VAUBOURG Cédric
L’intérieur de la machine à vapeur de la tourelle Mougin du fort de Domont à Paris. VAUBOURG Cédric

La chaudière porte une cheminée qui est le prolongement du vide intérieur et qui est munie d’un registre destiné à faire varier le tirage.

Les organes de distribution comprennent :

Le robinet de mise en marche de la machine à vapeur de la tourelle Mougin D'après le règlement sur le service des canons de 155 long sur affûts de tourelle et de casemate VAUBOURG Cédric
Le robinet de mise en marche de la machine à vapeur de la tourelle Mougin D’après le règlement sur le service des canons de 155 long sur affûts de tourelle et de casemate VAUBOURG Cédric

Le tuyau de prise de vapeur et le robinet de mise en marche ou de prise de vapeur amène la vapeur de la chaudière dans le système de distribution. Le système de distribution, logé dans la boîte de vapeur, où un tiroir mis en mouvement par l’excentrique du système de distribution, distribue la vapeur dans le cylindre.

La boite à vapeur de la machine à vapeur de la tourelle Mougin  D'après le règlement sur le service des canons de 155 long sur affûts de tourelle et de casemate VAUBOURG Cédric
La boite à vapeur de la machine à vapeur de la tourelle Mougin. D’après le règlement sur le service des canons de 155 long sur affûts de tourelle et de casemate VAUBOURG Cédric

Le cylindre, dans lequel arrive la vapeur pour agir sur le piston et d’où elle sort par un tuyau qui traverse le bac réchauffeur de l’eau d’alimentation, puis se rend dans la cheminée.

Le mécanisme moteur comprend :

  • Le piston qui se meut dans le cylindre et dont la tige est réunie à la bielle motrice.
  • La bielle motrice qui est reliée à la tige du piston par son extrémité inférieure et à la manivelle par son autre extrémité.
  • L’arbre moteur portant la manivelle, l’excentrique du système de distribution, l’excentrique de la pompe alimentaire, le volant, et le tambour moteur, sur lequel se placent les courroies qui communiquent le mouvement de l’arbre moteur à l’arbre du treuil à engrenage qui fait tourner la tourelle.
  • Le régulateur à boules qui reçoit son mouvement de l’arbre moteur au moyen d’un engrenage et qui sert à assurer une vitesse constante à la machine. A cet effet, il est relié par un système de tringles à un papillon placé dans le tuyau de prise de vapeur. Ce papillon ferme plus ou moins le tuyau de prise de vapeur, suivant que la vitesse augmente ou diminue.

Les organes d’alimentation comprennent :

Organes d'alimentation de la machine à vapeur de la tourelle Mougin D'après le règlement sur le service des canons de 155 long sur affûts de tourelle et de casemate VAUBOURG Cédric
Organes d’alimentation de la machine à vapeur de la tourelle Mougin. D’après le règlement sur le service des canons de 155 long sur affûts de tourelle et de casemate. VAUBOURG Cédric

La pompe alimentaire manœuvrée par l’excentrique de la pompe alimentaire et qui amène, au moyen du tuyau d’alimentation, l’eau du bac réchauffeur à la chaudière.

Le bac réchauffeur, caisse de tôle fixée sur le bâti. Il reçoit l’eau du bac d’alimentation au moyen d’un tuyau de communication dont l’orifice peut être fermé ou ouvert automatiquement au moyen d’une soupape flotteuse.

Cette soupape empêche l’eau d’arriver dans le bac réchauffeur quand le niveau s’élève, et quand celui-ci s’abaisse, elle laisse l’eau du bac d’alimentation s’écouler dans le bac réchauffeur. Le bac réchauffeur est traversé par le tuyau d’échappement de la vapeur qui sort du cylindre.

La machine à vapeur système Hermann-Lachapelle du fort de Corbas à Lyon. VAUBOURG Cédric
La machine à vapeur système Hermann-Lachapelle et la réserve d’eau de 600 litres du fort de Corbas à Lyon. VAUBOURG Cédric

Le bac d’alimentation de la contenance de 600 litres environ est placé dans le voisinage de la machine à un niveau supérieur à celui du bac réchauffeur pour permettre l’alimentation de ce dernier dès que l’ouverture du tuyau de communication est ouverte par la soupape du flotteur.

Le réservoir de 600 litres qui alimente la machine à vapeur de la tourelle Mougin du fort de Corbas à Lyon VAUBOURG Julie
Le réservoir de 600 litres qui alimente la machine à vapeur de la tourelle Mougin du fort de Corbas à Lyon. VAUBOURG Julie

Les organes de sûreté sont au nombre de quatre :

Le niveau d’eau, qui indique le niveau de l’eau dans la chaudière. Une plaque fixée sur la chaudière et en arrière du tube de verre porte les mots, niveau de l’eau, et marque le niveau normal de l’eau dans la chaudière.

Niveau d'eau de la machine à vapeur de la tourelle Mougin - D'après le règlement sur le service des canons de 155 long sur affûts de tourelle et de casemate VAUBOURG Cédric
Niveau d’eau de la machine à vapeur de la tourelle Mougin – D’après le règlement sur le service des canons de 155 long sur affûts de tourelle et de casemate VAUBOURG Cédric

Deux robinets de jauge, placés, l’un au-dessus, l’autre au-dessous de la ligne normale du niveau de l’eau dans la chaudière.

Le niveau de l’eau ne doit jamais descendre au-dessous du robinet le plus bas, ni monter au-dessus du robinet le plus haut.

Deux soupapes de sûreté avec leurs sifflets et leurs poids.

Soupape de sécurité de la machine à vapeur de la tourelle Mougin - D'après le règlement sur le service des canons de 155 long sur affûts de tourelle et de casemate VAUBOURG Cédric
Soupape de sécurité de la machine à vapeur de la tourelle Mougin – D’après le règlement sur le service des canons de 155 long sur affûts de tourelle et de casemate VAUBOURG Cédric

Elles servent à faire échapper la vapeur quand la pression de celle-ci dans la chaudière est trop forte. On ne doit jamais charger ces soupapes.

Le manomètre à cadran qui indique la pression de la vapeur dans la chaudière. L’aiguille de ce manomètre ne doit jamais dépasser le chiffre 7 atmosphères

Fonctionnement de la machine à vapeur

La machine à vapeur et le volant de manoeuvre de la tourelle Mougin du fort de corbas à Lyon. VAUBOURG Cédric
La machine à vapeur et le volant de manoeuvre de la tourelle Mougin du fort de corbas à Lyon. VAUBOURG Cédric

L’eau contenue dans la chaudière, échauffée par le feu du foyer, entre en ébullition et se vaporise. Lorsque la pression de la vapeur est suffisante, ce qu’on reconnaît lorsque l’aiguille du manomètre atteint le chiffre 7 du cadran, on ouvre le robinet de prise de vapeur. La vapeur se rend alors dans le système de distribution, où le mécanisme de distribution la fait pénétrer dans le cylindre alternativement sur l’une ou sur l’autre face du piston. Elle s’échappe ensuite en dehors du cylindre par le tuyau qui passe dans le bac réchauffeur et débouche dans la cheminée.

Les vestiges de la machine à vapeur du fort de Domont à Paris. VAUBOURG Cédric
Les vestiges de la machine à vapeur du fort de Domont à Paris. VAUBOURG Cédric

Le piston reçoit ainsi de la vapeur un mouvement de va-et-vient qui est communiqué à la tige. Le mouvement de va-et-vient est transformé en mouvement de rotation par l’intermédiaire de la bielle et de la manivelle. Celle-ci communique son mouvement à l’arbre moteur et par suite au tambour sur lequel on place les courroies de transmission.

Personnel de la machine à vapeur

Lorsque la tourelle doit marcher à la vapeur, il suffit d’un mécanicien, d’un aide et de quelques auxiliaires pour l’approvisionnement en eau et en combustible (charbon).

Ces hommes sont envoyés à la machine assez à temps pour pouvoir la mettre sous pression avant le moment où doit commencer la manœuvre.

Le mécanicien conduit sa machine conformément aux indications de l’instructeur et rend compte à ce dernier de tout incident venant à se produire, Il maintient la pression à 7 atmosphères pendant toute la durée de la manœuvre.

Le régulateur à siflet de la machine à vapeur de la tourelle Mougin du fort de Corbas à Lyon VAUBOURG Julie
Le régulateur à siflet de la machine à vapeur de la tourelle Mougin du fort de Corbas à Lyon.
VAUBOURG Julie

Il est responsable de l’entretien de la machine, il dispose des auxiliaires pour l’approvisionnement. Il donne un premier coup de sifflet quand la machine est prête à marcher. Il donne un deuxième coup de sifflet quand l’écartement des boules du régulateur indique la vitesse normale.

Dispositif pour le pointage en direction de la tourelle Mougin

Le dispositif pour le pointage en direction se compose de la circulaire de pointage et des curseurs.

La circulaire de pointage est en laiton et porte deux graduations, l’une en degrés subdivisés de 5° en 5° l’autre en millimètres. Elle est fixée sur une cornière et supportée par des chandeliers en fonte.

Le curseur unique de la tourelle Mougin du fort de Villey le Sec à Toul. VAUBOURG Julie
Le curseur unique et la circulaire de la tourelle Mougin du fort de Villey le Sec à Toul. VAUBOURG Julie

Les deux curseurs, un par pièce avant 1904, puis un pour la tourelle, sont nickelés et se déplacent le long de la circulaire de pointage.

Dans chacun d’eux, on distingue : les biseaux, le trait de repère, la vis de serrage et le butoir. Le butoir de l’un des curseurs est dirigé vers l’intérieur de la circulaire et l’autre vers l’extérieur. Cette disposition permet de rendre indépendants les appareils de mise de feu de chacune des pièces.

Les curseurs servent à fermer le circuit électrique et à déterminer le passage du courant au moment convenable, lorsque le butoir vient à rencontrer la grande branche de l’appareil de mise de feu.

Dispositif pour la mise de feu par l’électricité

Le dispositif pour la mise de feu par l’électricité comprend : les deux piles, la plaque de pile, le conjoncteur, les deux plaques de câble souple, les deux appareils de mise de feu, les conducteur fixes et les câbles souples.

Les deux piles sont placées sous la plateforme de chargement. Chacune d’elles est formée de 4 éléments renfermés dans une boîte sur la partie extérieure de laquelle se trouvent 6 bornes ou vis-écrous portant respectivement les indications (+0), (- 4), (- 1), (- 2), et (-3). C’est à ces bornes qu’on fixe les fils des conducteurs, l’un toujours à la borne (+0), l’autre à l’une des bornes (-1), (-2), (-3) ou (- 4) suivant qu’on emploie 1, 2, 3 ou 4 éléments.

Lorsque la borne (+ 0) est reliée à l’une des autres bornes de la pile par une suite ininterrompue de pièces métalliques on dit que le courant passe ou que le circuit est fermé, s’il y a une interruption, on dit que le courant ne passe pas ou que le circuit est ouvert.

Sous le couvercle de chaque boite est collée une instruction sur le montage et le démontage de la pile, en outre un carton joint à chaque boite donne des indications sur l’usage des bornes.

La plaque de pile est une plaque en ébonite qui est une matière non conductrice de l’électricité. Elle est fixée sur le panneau plein en arrière du canon de gauche et qui porte deux bornes soudées à deux broches en cuivre rouge.

Le conjoncteur de la tourelle Mougin du fort de Frouard. VAUBOURG Julie
Le conjoncteur de la tourelle Mougin du fort de Frouard.
VAUBOURG Julie

Le conjoncteur est placé dans le 4ème abri de gauche, il se compose d’une plaque en ébonite fixée contre le gousset extérieur de l’abri, d’un ressort portant un bouton et un tenon métallique qui peut pénétrer dans un logement également métallique de la plaque, lorsqu’on appuie sur le bouton. Le ressort et le logement du tenon sont soudés chacun à une broche en cuivre rouge.

Lorsqu’on appuie sur le bouton du conjoncteur de manière à faire pénétrer le tenon dans son logement, le courant peut passer d’une broche à l’autre. Lorsqu’on cesse d’appuyer, le ressort en se détendant ouvre le circuit.

Une des plaque de câbles souples de la tourelle Mougin Jeanne d'Arc du fort du Barbonnet dans l'avancée de Nice. VAUBOURG Cédric
Une des plaques de câbles souples de la tourelle Mougin Jeanne d’Arc du fort du Barbonnet dans l’avancée de Nice. VAUBOURG Cédric

Les deux plaques de câble souple, en ébonite, sont fixées, respectivement en arrière de chaque canon, sur le montant gauche du panneau par deux bornes à vis dans lesquelles peuvent s’engager au moment du besoin les tiges des câbles souples. Ces bornes sont reliées par des lames de métal à deux broches en cuivre rouge.

Le curseur unique et la circulaire de la tourelle Mougin du fort du Barbonnet dans l'avancée de Nice. VAUBOURG Cédric
Le curseur unique et la circulaire de la tourelle Mougin Jeanne d’Arc du fort du Barbonnet dans l’avancée de Nice. VAUBOURG Cédric

Les deux appareils de mise de feu ou curseurs (un pour chaque canon) sont fixés sous la circulaire à gorge, en avant de chaque pièce. Chacun d’eux se compose d’un support en ébonite et de deux branches (la grande et la petite). Ils permettent de tirer sur deux objectifs différents. Ce qui était difficile à réaliser étant donné la rapidité du tir de 155 sous tourelle. Après 1904, le curseur du canon de gauche sera retiré dans toutes les tourelles, pour laisser place à un curseur unique pour les deux pièces. Cette modification simplifiera la mise à feu des canons et la rendra plus fiable.

La petite branche (pièce rigide en laiton) a une longueur telle qu’elle puisse passer au-dessus du butoir du curseur sans le toucher.

La grande branche (ressort en acier) est fixée sur le support à quelques millimètres de la petite branche, elle porte un bouton de contact en platine. Elle a une longueur telle qu’elle rencontre le butoir du curseur. En outre, elle est articulée au moyen d’une petite charnière à ressort pour ne pas se fausser dans la marche arrière de la tourelle.

Les deux branches sont reliées chacune à une broche en cuivre.

Dans le mouvement de la tourelle, lorsque la grande branche rencontre le butoir du curseur, elle fléchit et le bouton de contact s’applique sur la petite branche. A ce moment le courant passe, si d’ailleurs le conjoncteur le permet.

Les supports des appareils de mise de feu sont fixés au moyen de quatre boulons sous la plateforme. Les logements des boulons dans le support sont allongés de façon à comporter un jeu de 10mm.

La pose de ce support est réglée de manière que la grande broche attaque correctement le butoir du curseur correspondant. En outre, un ressort-arrêt placé en arrière de la grande branche permet au moyen d’une vis de serrage qui le tend plus ou moins de faire varier la distance des deux branches.

Les conducteurs fixes sont formés de 7 fils fins de cuivre entourés de gutta-percha et d’un tube de plomb. Ils relient, par l’intermédiaire de bornes, la pile à la plaque de pile, et, par l’intermédiaire des broches en cuivre auxquelles leurs extrémités sont soudées, la plaque de pile, le conjoncteur, les plaques de câble souple et les appareils de mise de feu.

Les câbles souples sont au nombre de deux (un par canon). Chacun d’eux se compose de deux cordes de 60 fils de cuivre entourées d’abord isolément d’un ruban caoutchouté, puis d’une tresse de coton goudronné qui les enveloppe toutes les deux. A chacune des extrémités se trouvent deux tiges en laiton dont l’extrémité est tronconique et qui peuvent s’engager soit dans les bornes d’une des plaques de câble souple, soit dans les manchons d’une étoupille électrique.

Les câbles souples sont soutenus contre la paroi intérieure des voussoirs par des pitons et des crochets à vis entourés de caoutchouc. Ils sont protégés dans leur passage à travers la tôle d’entourage intérieure par un manchon en bois.

La longueur de chaque câble souple est de 5m50.

Fonctionnement du circuit électrique.

La pile montée, c’est-à-dire prête à fonctionner, est placée dans la tourelle, au-dessous de la plateforme de chargement, sur la couronne en tôle rivetée qui réunit la partie supérieure des poutres rayonnantes de la tourelle.

Elle est reliée par des conducteurs à la plaque de pile.

L’un de ces conducteurs est toujours fixé à la borne (+0) ; l’autre est fixé à la borne (-1), (-2), (-3) ou (-4) suivant qu’on veut employer 1, 2, 3 ou 4 éléments de pile.

(On doit toujours, avant de faire usage de la pile, essayer d’abord les étoupilles en se servant d’un seul élément ; s’il se produit des ratés, on met deux éléments, si cela est insuffisant on en met trois et ainsi de suite. Cette précaution est très importante, car on s’exposerait, en employant trop d’éléments, à ce que la pile brûle les étoupilles sans les faire détoner.)

Lorsque le chef de pièce, au commandement : FEU, appuie sur le bouton du conjoncteur, le circuit électrique n’est plus interrompu que parce que les boutons de contact, placés sur les grandes branches des appareils de mise de feu, ne sont pas appliqués contre la petite branche. Mais la tourelle continuant à tourner, dès que l’extrémité de la grande branche de l’appareil de mise de feu de l’une des pièces vient buter sur le butoir du curseur nickelé qui lui correspond, la communication électrique est établie et met le feu à la charge de cette pièce.

Le curseurs étant convenablement, placé, le contact est établi sensiblement au même instant pour les deux pièces, de façon que les deux coups partent en même temps.

Monte-charges

Le monte-charges à munitions de la tourelle Mougin du fort de Villey le Sec à Toul. VAUBOURG Julie
Le monte-charges à munitions de la tourelle Mougin du fort de Villey le Sec à Toul. VAUBOURG Julie

Le monte-charge est installé dans la baie qui fait communiquer la gaine de la tourelle avec l’étage inférieur qui sert de magasin aux munitions.

Il comprend un treuil à engrenages actionnant une chaîne de levage qui passe sur deux poulies de renvoi et fait monter ou descendre une benne glissant le long de deux guides verticaux.

Les munitions sont, à l’étage inférieur, placées sur un wagonnet qu’on amène ensuite sur le plancher de la benne et qu’on hisse au moyen du treuil jusqu’à hauteur de la gaine. Le treuil est habituellement manœuvré par deux hommes, il est pourvu d’un frein à friction.

La disposition des monte-charges n’est pas la même dans toutes les tourelles.

Affût de tourelle

Les affûts de la tourelle Mougin Jeanne d'Arc du fort du Barbonnet dans l'avancée de Nice. VAUBOURG Cédric
Les affûts de la tourelle Mougin Jeanne d’Arc du fort du Barbonnet dans l’avancée de Nice. VAUBOURG Cédric

Le système complet des affûts d’une tourelle comprend : les supports de châssis communs aux deux canons, un châssis par canon, un affût par canon.

Supports de châssis communs aux deux canons.

Au nombre de deux, le support d’avant, le support d’arrière, ils sont en tôle et cornières en acier.

Ils sont fixés par des rivets sur les poutres rayonnantes de la tourelle et sur quatre entretoises qui réunissent ces poutres.

Le châssis.

Le châssis est rivé aux deux supports de châssis, on y trouve :

  • Les flasques en acier.
  • Les tôles d’avant, d’arrière et de fond qui réunissent les flasques.
  • Le trou ovale, percé dans la tôle de fond et destiné au passage du pot de presse.
  • La voie des galets, formée de deux rails et de deux contre-rails, inclinée de 4° d’avant en arrière afin d’obtenir le retour automatique en batterie après le départ du coup.
  • L’escalier de trois marches, servant à monter sur la plateforme de chargement et situé sur le flasque extérieur.
  • Le marchepied intérieur, commun aux deux châssis.
  • Les tampons de choc (ou boîtes à ressorts) d’avant et d’arrière, constitués par des couples de rondelles Belleville et destinés à amortir le choc dans le retour en batterie ou à arrêter le recul.

Affût.

Les affûts sans tubes de la tourelle Mougin du fort de Corbas à Lyon. VAUBOURG Cédric
Les affûts sans tube de la tourelle Mougin du fort de Corbas à Lyon. VAUBOURG Cédric

L’affût comprend les parties suivantes : les flasques, les galets, l’appareil de pointage, les freins hydrauliques

Les flasques sont en tôle d’acier, ils sont reliés par 4 entretoises, du bas, de devant, de crosse et supérieure.

Sur les flasques on remarque : les guides de coussinets de tourillons (guides avant et guides arrière) de forme circulaire entre lesquels se déplacent les coussinets de tourillons.

Les taquets supports de rouleau de manœuvre

Les butoirs qui viennent appuyer contre les boites à ressorts.

Une plateforme de chargement à charnière est fixée à la crosse de l’affut.

Un galet avant d'un des affûts de la tourelle Mougin du fort de Villey le Sec à Toul. VAUBOURG Cédric
Un galet avant d’un des affûts de la tourelle Mougin du fort de Villey le Sec à Toul. VAUBOURG Cédric

Les galets (deux en avant, deux en arrière) supportent l’affût et roulent sur la voie du châssis.

Les galets d’avant sont maintenus par des supports qui portent, à leur partie inférieure, un talon empêchant le soulèvement de l’affût dans le tir.

L’appareil de pointage en hauteur comprend : l’appareil télescopique, le système des pompes et le mouvement parallélogrammique.

La pompe hydraulique d’un des affûts de la tourelle Mougin du fort de Villey le Sec. VAUBOURG Cédric

L’appareil télescopique est le système qui permet de faire monter ou descendre la pièce.

Dans un pot de presse en acier fixé à l’affût à l’aide d’une douille-support, glisse à frottement doux un premier piston ou piston extérieur en bronze qui lui-même contient un deuxième piston ou piston intérieur en acier portant à son extrémité supérieure un chapeau qui s’étend d’un flasque à l’autre et qui supporte les tourillons par l’intermédiaire de coussinets de tourillons.

La glycérine, chassée par les pompes dans le pot de presse, soulève les deux pistons. Le piston extérieur, muni autour de sa base de 12 cannelures, est arrêté dans son mouvement d’ascension lorsque ses cannelures viennent buter contre 12 cannelures semblables qui se trouvent à la partie supérieure et en dedans du pot de presse, A partir de ce moment, le piston intérieur continue seul son mouvement d’ascension.

C’est cet emboîtement des deux pistons l’un dans l’autre qui a fait donner à ce système le nom d’appareil télescopique.

Les coussinets de tourillons en bronze, qui supportent les tourillons, glissent entre les guides circulaires des flasques.

Une aiguille de pointage, fixée au coussinet intérieur, se déplace le long d’une graduation en degrés tracée sur le guide arrière du flasque correspondant. Elle indique si l’angle de la pièce a varié pendant le tir.

Le pot de presse est fermé par un fond, muni d’un joint en cuir, qui est vissé sur sa partie inférieure.

Le piston intérieur est fermé en bas par un bouchon également muni d’un joint en cuir.

Les autres joints de l’appareil sont fermés par le cuir de Bramah supérieur, qui empêche les fuites entre le piston extérieur et le pot de presse, et par le cuir de Bramah inférieur qui empêche les fuites entre les deux pistons.

La vitesse d’ascension du chapeau n’est pas la même suivant qu’on se trouve près de la limite inférieure ou près de la limite supérieure de l’angle de tir. Cela tient à ce que dans le premier cas la glycérine agit sur les deux pistons et dans le second sur le piston intérieur seul.

Le système des pompes se compose de deux pompes d’un réservoir et de la boîte de retenue.

Deux pompes aspirantes et foulantes sont actionnées par deux leviers de piston calés sur un arbre de manœuvre des pompes qui est lui-même mis en mouvement par le levier de manœuvre des pompes situé à l’extérieur de l’affût et qu’on manœuvre à la main.

Ces pompes aspirent de la glycérine par le tuyau d’aspiration qui plonge dans le réservoir des pompes placé en avant de l’affût, la refoulent d’abord dans la boîte de retenue commune aux deux pompes par le tuyau de refoulement et de là dans le pot de presse par le tuyau de la boîte de retenue.

Le tuyau de décharge met en communication la boîte de retenue et par suite le pot de presse avec le réservoir des pompes. Il est fermé par la vis soupape de décharge que l’on manœuvre au moyen du volant placé à l’extérieur de l’affût, en ouvrant la soupape on vide le pot de presse et la pièce descend.

Le levier de manœuvre des pompes est articulé sur l’arbre correspondant afin de tenir moins de place, en outre, la poignée de ce levier peut être placée soit dans le prolongement soit perpendiculairement à ce levier et elle est maintenue dans ces deux positions par un ressort-arrêt.

Lorsqu’on ne manœuvre pas les pompes, la poignée est placée dans le prolongement du levier et ce dernier est accroché contre le flasque au support de levier qui est pourvu d’un ressort destiné à maintenir le levier. Ce dernier est alors fou sur l’arbre de manœuvre.

Si, au contraire, on éloigne le levier de l’affût en le décrochant de son support et qu’on redresse la poignée perpendiculairement au levier, une mortaise du levier vient emboîter le tenon d’un manchon d’arrêt calé sur l’extrémité de l’arbre de manœuvre et alors le mouvement alternatif du levier entraine celui des pompes.

Les affût et leurs canons de la tourelle Mougin du fort de Villey le Sec à Toul. VAUBOURG Cédric
Les affûts et les canons de la tourelle Mougin du fort de Villey le Sec à Toul. VAUBOURG Cédric

Chaque pompe en bronze comprend :

  • Le corps de pompe, fixé en avant de l’affût.
  • Le piston plongeur qui se meut entre des guides, une rondelle de cuir amortit le choc du piston contre ses guides.
  • Les deux joints de cuir embouti de piston plongeur séparés par une rondelle en bronze.
  • La vis presse-étoupe qui applique ces joints contre un épaulement du corps de pompe.
  • Le tuyau d’aspiration et sa soupape.
  • Le tuyau de refoulement sa soupape.
  • La vis-arrêt de soupape de refoulement qui limite le jeu des soupapes.

Le mécanisme de manœuvre des pompes comprend :

  • L’arbre de manœuvre des pompes mis en mouvement par un levier.
  • Les deux leviers de piston calés d’une part sur cet arbre et articulés d’autre part sur les pistons plongeurs.
  • Le manchon d’attache du levier de manœuvre, tournant librement sur l’arbre de manœuvre, avec le boulon d’attache de levier.
  • Le manchon d’arrêt du levier de manœuvre, calé sur l’arbre de manœuvre et portant un tenon.
  • Le levier de manœuvre des pompes avec les douilles du boulon d’attache, la poignée en bois et son ressort.
  • Le support de levier de manœuvre, fixé au flasque extérieur, son ressort qui maintient le levier au repos contre l’affût.

Le réservoir des pompes reçoit le tuyau d’aspiration qui plonge jusqu’au fond et le tuyau de décharge qui débouche à sa partie supérieure, il porte en haut un bouchon de remplissage muni d’un joint en cuir.

La boîte de retenue est une chambre intermédiaire entre les pompes et le pot de presse. Elle est en bronze et comprend :

  • Le corps de la boite.
  • Les deux soupapes de retenue, correspondant chacune à l’un des tuyaux de refoulement qui viennent des pompes les vis-arrêts de soupape.
  • La vis-soupape de décharge qui permet de vider le pot de presse dans le réservoir par le tuyau de décharge et qui est actionnée par un volant. La vis presse-étoupes, ses deux joints en cuir et ses deux rondelles de joint en bronze.
  • Le volant situé contre le flasque extérieur et portant sur sa couronne une flèche, l’indication : FERMÉ.

Fonctionnement du système des pompes

La vis-soupape de décharge étant fermée, les pompes mises en mouvement à l’aide du levier de manœuvre aspirent la glycérine dans le réservoir et l’envoient dans la boite de retenue. La glycérine pénètre dans le pot de presse de l’appareil télescopique et soulève les pistons qui entrainent la pièce dans leur mouvement d’ascension.

Si l’on cesse de pomper, la glycérine, comprimée par le poids de la pièce, ferme les soupapes de la boite de retenue et ne peut s’échapper, la pièce reste alors immobile.

Quand on manœuvre le volant pour dévisser la vis-soupape de décharge, cette dernière découvre l’ouverture du tuyau de décharge et la glycérine s’échappe par ce tuyau. Le pot de presse se vide alors et les pistons redescendent entraînant avec eux la pièce.

En ouvrant plus ou moins l’ouverture du tuyau de décharge on règle la vitesse d’écoulement du liquide et par suite la vitesse de descente de la pièce.

Coupe intérieur d'un affût de tourelle ou de casemate Mougin . Dessin Florian GARNIER
Coupe intérieur d’un affût de tourelle ou de casemate Mougin . Dessin Florian GARNIER

Le mouvement parrallélogrammique de pointage, formé par un système articulé de bielles et de leviers, est fixé d’une part aux flasques de l’affût et aux coussinets des tourillons, d’autre part au collier de pointage qui embrasse la volée de la pièce. Il est disposé de manière que la pièce tourne toujours autour d’un axe horizontal fictif situé à 15 cm de la tranche de la bouche et par conséquent dans l’embrasure lorsque la pièce est en batterie. Cette disposition permet de réduire le plus possible l’ouverture de l’embrasure.

Les affûts de la tourelle Mougin du fort de Villey le Sec en 1955 Collection La Citadelle
Les affûts de la tourelle Mougin du fort de Villey le Sec en 1955. Collection La Citadelle

Le mouvement parallélogrammique comprend :

  • Le collier de pointage qui embrasse la volée de la pièce, la vis qui le fixe au canon, le boulon de serrage, les deuxtourillons.
  • Les deux bielles des coussinets de tourillons, fixées à ces coussinets.
  • Les deux leviers de tête d’affût, fixés d’une part à la tête d’affût et reliés de l’autre aux bielles de coussinets de tourillons.
  • Les deux leviers du collier de pointage, fixés d’une part aux flasques et reliés de l’autre aux bielles du collier. Ils sont réunis entre eux par une entretoise.
  • Les deux bielles du collier de pointage, reliant l’extrémité des leviers de collier au collier de pointage.
  • Les quatre bielles de leviers de tête d’affût, reliant les leviers de tête d’affût aux leviers de collier.

Les freins hydrauliques (un de chaque côté de la pièce) sont destinés à limiter le recul de la pièce et à le réduire à 50 cm au maximum.

Chaque frein comprend :

Le cylindre de frein en acier, fixé à l’affût par l’intermédiaire d’un support de frein. L’intérieur du cylindre porte 4 fraisures longitudinales servant à donner passage au liquide d’un côté à l’autre du piston. Ces fraisures ont une largeur et une profondeur qui vont d’abord en augmentant de l’avant à l’arrière sur la plus grande partie de leur longueur et qui diminuent ensuite vers l’extrémité postérieure.

A la partie supérieure et arrière du cylindre, il y a une douille de bouchon de remplissage fixée à demeure et portant la vis de remplissage qui est munie d’un joint en cuir. A la partie inférieure et avant, se trouve la douille d’attache du tuyau de vidange, également fixée à demeure, qui reçoit l’extrémité du tuyau de vidange qu’on maintient au moyen d’un raccord muni joint en cuir. Les deux fonds de cylindre boulonnés sur les extrémités du cylindre de frein et munis chacun d’un joint en cuir.

Dans chaque fond de cylindre est vissé un presse-étoupe qui maintient serrés, contre une bague de fond, deux rondelles de joint en bronze et quatre joints en cuir.

La tige du piston, reliée invariablement au châssis par l’intermédiaire de deux supports, porte en son milieu le piston qui est percé de trois trous destinés à assurer, concurremment, avec les fraisures du cylindre, l’écoulement du liquide. Le robinet de vidange, placé dans l’axe de l’affût auquel il est relié par une griffe-arrêt, réunit les extrémités des tuyaux de vidange par l’intermédiaire de deux raccords munis chacun d’un joint en cuir. Une vis-robinet qu’on manœuvre avec une clef spéciale permet de laisser écouler le liquide des deux cylindres de frein par l’ajutage inférieur du robinet. Un presse-étoupe en, tourant la vis-robinet, comprime deux rondelles de joint en bronze et deux joints en cuir.

On remplit les freins par les douilles de vis de remplissage au moyen d’un entonnoir spécial. Le liquide employé est un mélange de 40% d’eau et de 60%de glycérine blonde du commerce (en volume). Le frein fonctionne comme celui du canon de 155 long sur affût de siège.

Installation et fabrication des tourelles Mougin

Le coût d’une tourelle Mougin est de 205 000 Frs pour le cuirassement sans armement et de 60 000 Frs pour les substructions. Ce côut elevé n’a permis de construire que 25 exemplaires en France, qui seront essentiellement placés dans des forts d’arrêt et de rideau (10 sont installés en Loraine).

Une tourelle Mougin à l'Usine Schneider du Creusot - Archives des Etats Unis d'Amériques
Une tourelle Mougin à l’Usine Schneider du Creusot
Archives des Etats Unis d’Amériques

Les tourelles sont commandées par l’armée auprès des compagnies grâce à des marchés de Gré à Gré. Deux compagnies se partageront la fabrication des tourelles Mougin, les fabricants Schneider dans les usines du Creusot et Châtillon et Commentry dans les usines Saint-Jacques à Montluçon. Ce dernier fabriquera la grande majorité des tourelles.

Ces marchés prévoient un délai de fabrication correspondant à :

Un délai de cent quatre-vingt jours, à partir de la notification de l’approbation ministérielle du marché, est accordé à la Compagnie pour la préparation préalable du matériel nécessaire à l’exécution des tourelles cuirassées. Passé ce délai la Compagnie s’engage à régler la fabrication de manière à présenter en recette provisoire une tourelle cuirassée dans un délai de soixante jours, à dater du moment où la commande en aura été adressée.

De son côté, l’État s’engage à faire ses commandes de manière à ce que la Compagnie soit toujours en possession de la commande de deux tourelles au moins, et qu’une tourelle nouvelle lui soit commandée chaque fois qu’il en sera présenté une en recette provisoire.

Ce délai de soixante jours sera augmenté de plein droit du laps de temps qui s’écoulera entre le départ pour le Bouchet des plaques d’épreuve correspondant à une tourelle déterminée et la notification qui sera faite à la Compagnie, par l’officier contrôleur, de l’admission en recette provisoire des pièces de fonte dure provenant des mêmes coulées que ces plaques d’épreuve.

Une fois fabriquées, ces tourelles sont envoyées par le fabricant dans les gares les plus proches des forts. Elles sont ensuite acheminées par l’armée au moyen de locomotives routières jusqu’à l’extérieur du fort avant d’être assemblées sur les dessus grâce à un plan incliné et des palans.

Transport sur le plan incliné d'un voussoir lors de la construction de la tourelle Mougin au fort du Parmont dans la Haute Moselle - Lionel PRACHT
Transport sur le plan incliné d’un voussoir lors de la construction de la tourelle Mougin au fort du Parmont dans la Haute Moselle. Lionel PRACHT

Amélioration des tourelles Mougin modèle 1876

Vue aérienne de la tourelle Mougin Jeanne d'arc au fort du Barbonnet près de Nice. VAUBOURG Lucas
Vue aérienne de la tourelle Mougin Jeanne d’arc au fort du Barbonnet près de Nice. VAUBOURG Lucas

Les tourelles Mougin vont perdre de leur valeur à partir de 1884, avec l’arrivée des obus en acier au chrome qui sont capables de fragiliser les blindages en fonte. La crise de l’obus torpille n’arrange pas les choses, elle marque la fin de l’installation des cuirassements en fonte dure en 1888. De plus, cette tourelle d’une taille non négligeable et difficile à dissimuler, est souvent placée aux sommets des ouvrages.

  • En 1888, les expériences au Camp-de-Châlons montrent que les tourelles à éclipse en acier résistent très bien aux nouveaux obus, mais ces tourelles coûtent très cher jusqu’ 4 fois le prix d’une vieille Mougin. Les crédits étant peu disponibles, on cherche à trouver une solution pour améliorer notre vieux matériel qui est déjà en place.
  • En 1886, le Commandant Mougin propose, suite aux expériences de Bucarest, de remplacer la coupole en fonte dure par une calotte en fer Laminé du même genre que la tourelle Saint-Chamond installée au fort Saint-Michel à Toul. Mais ce projet d’un coût de 103 000 Fr or ne sera pas retenu.
  • En 1890, on décide de tester la résistance d’une tourelle Mougin en faisant exploser des obus à mélinite posés sur la tourelle du fort de Saint-Cyr à Paris. Mais cette expérience qui parait peu réaliste ne sera pas convaincante.
  • Il faut attendre 1901 et une nouvelle expérience à tir réel qui a lieu sur la tourelle du fort de Pagny-la Blanche-Côte au sud de Toul. Ces essais sont effectués avec un obusier de 155 court et un mortier de 220 qui tirent à plusieurs reprises sur la tourelle pour tester sa résistance. Ils montrent que la machine à vapeur est rapidement mise hors service même si elle continue à signaler la position de la tourelle avec sa fumée noire. Le bombardement désorganise la collerette et l’avant cuirasse, il rend aussi la vie impossible dans la chambre de tir à cause des gaz toxiques. Pourtant ce type de cuirassement résiste à l’épreuve, il reste intéressant mais il faut apporter quelques modifications pour le mettre à jour.
  • En 1904, la mise à feu électrique des tourelles est améliorée en retirant un des deux curseurs sur la circulaire de pointage.
  • En 1914, sur les 25 tourelles en place, 5 sont renforcées ou abaissées, 2 se situent dans des ouvrages déclassés (forts d’Hirson et de Pagny la Blanche Côte). Les autres n’ont pas été modifiées, elles sont en état de fonctionnement et certaines participeront aux combats.

Les tourelles Mougin renforcées

La tourelle Mougin rabaissée du fort de Frouard en 1940 - Lionel PRACHT
La tourelle Mougin rabaissée du fort de Frouard en 1940. Lionel PRACHT

La tourelle Mougin du fort de Pagny-la-Blanche-Côte, a néanmoins résisté convenablement aux expériences de 1901, au tir exécuté contre elle, et il n’est pas exagéré de dire que la mise hors de cause d’une tourelle, analogue à celle qui a été soumise aux expériences, nécessiterait de la part de l’ennemi une consommation considérable de projectiles.

La dépense serait donc énorme s’il s’agissait de forcer une ligne principale de défense sur un secteur comprenant 2 ou 3 forts, armés chacun de une ou de deux tourelles en fonte dure. Les divers membres de la Commission d’expériences ont conclu en 1902, qu’il faudrait se borner à renforcer la jupe en béton et à la protéger contre les affouillements.

Coupe de la tourelle Mougin du fort de Longchamp - VAUBOURG Cédric
Coupe CD de la tourelle Mougin du fort de Longchamp – VAUBOURG Cédric
Plan en coupe CD du renforcement de la tourelle de Longchamp - VAUBOURG Cédric
Plan en coupe CD du renforcement de la tourelle de Longchamp – VAUBOURG Cédric

Selon eux, on peut obtenir ce résultat en augmentant les dimensions de la jupe, en la renforçant avec une couronne de poutres métalliques et en l’enveloppant d’un large parapet en rocaille, sans qu’il soit nécessaire, comme la fait au fort de Pont St-Vincent ou de Frouard, de descendre la tourelle dans un entonnoir, ce qui a pour conséquence de diminuer, dans de fortes proportions, l’efficacité de son tir. Mais généralement quand la tourelle est placée au sommet de l’ouvrage, on la rabaisse d’un étage d’une hauteur de 3 à 5 mètres pour la placer dans une cuvette qui la dissimule aux yeux de l’ennemi et qui la protège des coups directs.

Les tourelles de 155 long enfoncées peuvent il est vrai remplir leur rôle d’interdiction tout aussi efficacement avec un tir indirect qu’avec un pointage direct, et de plus, étant protégées des vues directes, elles sont moins exposées aux coups de l’ennemi.

L'abaissement de la tourelle Mougin du fort de Pont-St-Vincent en 1903. Tous droits réservés
L’abaissement de la tourelle Mougin du fort de Pont-St-Vincent en 1903. Tous droits réservés

Mais l’enfoncement des tourelles, qui impose un tir sous un angle au-dessus de l’horizon toujours supérieur à 5 ou 6º, entraîne de graves inconvénients :

  • Le tir sous de grands angles avec des charges variables est un tir d’école pratique qui exige du calme, du sang-froid, des officiers et des chefs de pièce expérimentés. Toutes ces conditions feront défaut en temps de guerre avec le personnel d’artillerie dont on disposera dans les forts.
  • De plus, l’emploi de la charge réduite de 3 kg, sera une source de difficultés au moment d’un tir à outrance.
  • Le tir sous l’angle de 5 à 6º au minimum crée, autour de tout ou partie du fort, une zone privée de feux que l’assaillant connaîtra et dont par conséquent il profitera.
  • Les tourelles en fonte dure à pointage direct pouvaient, avec leurs 20 boîtes à mitraille, faucher l’ennemi sur le plateau même en cas d’attaque brusquée. Ce rôle ne peut plus être rempli par les tourelles enfoncées, non plus que par les pièces de 95 remisées sous abri, qui demandent 10 ou 15 minutes pour être mises en batterie. Une pièce très portative, comme la mitrailleuse, peut seule être sortie de son abri pour répondre efficacement à une attaque brusquée.
  • Les travaux destinés à abaisser la tourelle de Pont-Saint-Vincent se sont heurtés à de grandes difficultés techniques et ont occasionné des dépenses sensiblement supérieures aux prévisions. Ils ont nui à la solidité des maçonneries du fort et entraîné des inconvénients de tous genres, résultant de l’éventrement du casernement du temps de paix. Il eût été préférable à tous points de vue de construire une troisième tourelle pour canons de 155 court, plutôt que de les exécuter.
  • Les commissions de défense des forts de Frouard et de Manonviller, bien que reconnaissant que l’enfoncement des tourelles ne les empêche pas de remplir leur rôle et les protège contre les coups de l’ennemi, sont néanmoins en 1903 défavorables à cet enfoncement pour les motifs déjà indiqués.
  • En plus des inconvénients généraux signalés ci-dessus, il y en a d’autres qui sont particuliers à chaque fort. A Pont-Saint-Vincent, l’abaissement de la tourelle de 155 L ne lui permettra plus de conjuguer son action sur certaines parties du terrain avec celle de la tourelle à éclipse, de sorte que, en cas d’avarie survenant à la tourelle à éclipse, ces parties du terrain ne recevraient plus aucun projectile.

Ses inconvénients montrent que l’abaissement des tourelles peut s’effectuer si les forts sont protégés de pièces de 155 C sous tourelles, ainsi que de mitrailleuses de rempart ou sous tourelle ou de tourelles de 75, pour battre la zone privée de feux et les abords de l’ouvrage. C’est la raison pour laquelle les tourelles des forts de Longchamp et de Villey le Sec ne seront pas abaissées, car les travaux des batteries cuirassées de 155C n’étaient pas terminés à la déclaration de guerre.

Dans les forts où la tourelle est placée comme une pièce d’artillerie dans la rue du rempart, la tourelle est simplement renforcée comme au fort de Liouville dans les hauts de Meuse ou du Barbonnet près de Nice.

Les équipements rajoutés aux tourelles améliorées :

1 ° Pare-éclats obturateur.

La tourelle Mougin du fort de Frouard et ses pare-éclats au niveau de la gouttière sur les montants de la charpente métallique. VAUBOURG Cédric

Le pare-éclat a pour objet de protéger, en les isolant de l’extérieur les servants qui se tiennent dans la galette circulaire entourant la tourelle sous l’avant-cuirasse.

Il comprend une partie fixe en forme de gouttière scellée dans la maçonnerie et une partie mobile fixée sur la tourelle. Cette partie mobile est composée d’une tôle épaisse destinée à recevoir le choc direct des gaz et supportée par des consoles en acier coulé fixées à chacun des montants de la charpente de la tourelle.

Dans les intervalles des consoles, la tôle est soutenue par des poutres cintrées en acier coulé, s’appuyant sur les consoles.

Le jeu de 1 à 2 cm qui existe entre les deux parties fixe et mobile du pare-éclats, est obturé par une cornière qui s’applique d’elle-même sous l’effet du souffle des projectiles.

Pour permettre l’enlèvement des débris de béton ou de projectiles qui tomberont dans le joint de l’avant-cuirasse, on peut démonter facilement quelconque des poutres en acier coulé en enlevant les 2 clefs de fixation.

Ces diverses pièces du pare-éclats doivent être suffisamment fortes pour pouvoir résister à l’effet du souffle d’un projectile à grande capacité éclatant au-dessus du joint de l’avant-cuirasse Leurs dimensions ont été fixées en tenant compte, autant que possible des résultats des expériences faites en 1890 sur le pare-éclats installé sur la tourelle du fort de Saint-Cyr.

Des dispositions ont été prises pour que la déformation d’une pièce quelconque de ce pare-éclats ne risque pas d’entraver la rotation de la tourelle.

2° Obturateur d’embrasures.

Le caisson métallique contre les embrasures des canons dans la tourelle Mougin du fort de Frouard. VAUBOURG Cédric
Le caisson métallique contre les embrasures des canons dans la tourelle Mougin du fort de Frouard. VAUBOURG Cédric

La fermeture des embrasures est obtenue au moyen d’un caisson métallique appliqué contre le cuirassement autour des embrasures.

La volée de chaque canon pénètre dans ce caisson par une ouverture pratiquée dans une sorte de vanne, en tôle coulissant verticalement dans deux rainures, de manière à permettre les mouvements de la pièce. La volée est garnie, à cet effet, d’un manchon cylindrique et la vanne obturatrice s’appuie sur ce manchon par l’intermédiaire d’un galet. Le caisson est en même temps utilisé pour l’évacuation de la fumée au moyen du ventilateur.

L'obturateur d'embrassure au bout des bouche à feu de la tourelle Mougin Jeanne d'Arc du fort du Barbonnet. VAUBOURG Cédric
L’obturateur d’embrassure au bout des bouches à feu de la tourelle Mougin Jeanne d’Arc du fort du Barbonnet. VAUBOURG Cédric

Les tôles qui le composent ont une épaisseur suffisante pour arrêter les balles ou les éclats de projectiles qui viendraient à passer par les embrasures autour de la bouche des canons.

3° Ventilation

La gaine de ventillation entre les deux affûts de la tourelle Mougin du fort de Frouard. VAUBOURG Cédric
La gaine de ventilation entre les deux affûts de la tourelle Mougin du fort de Frouard. VAUBOURG Cédric

La ventilation est installée d’après le même principe que dans les tourelles à éclipse Galopin de 155L modèle 1890. Le ventilateur disposé dans la chambre de tir, sous la bouche des pièces, aspire l’air vicié et les fumées au-dessus des culasses des canons c’est-à-dire à l’endroit où il y a le plus d’air vicié et les refoule dans le caisson assurant l’obturation des embrasures. Les gaz viciés s’échappent alors à l’extérieur, par le vide existant entre les volées des canons et les embrasures

La prise de ventillation entre les deux affûts de la tourelle Mougin du fort de Frouard. VAUBOURG Cédric
La prise de ventilation entre les deux affûts de la tourelle Mougin du fort de Frouard. VAUBOURG Cédric

Cette organisation ne peut fonctionner qu’autant qu’il y a isolement complet entre la tourelle et l’extérieur. C’est ce qui a conduit à adopter une fermeture plus complète du joint de l’avant-cuirasse et des embrasures. On a ainsi l’avantage de diminuer le bruit désagréable qui se produit, au moment du tir, dans les tourelles où l’air de la chambre des canons communique librement avec l’extérieur.

4° Monte-charges

Pour faire communiquer le magasin aux munitions, situé sous la tourelle, avec le couloir de communication où se tiennent les servants chargés de l’approvisionnement, on propose l’installation d’un monte-charges double du type qui a été étudié précédemment par la Section technique du Génie, et présenté à l’approbation en janvier 1902.

5° Appareils pour l’armement et le désarmement de la tourelle.

L’emploi, pour l’armement ou le désarmement de la tourelle Mougin non renforcé s’effectue avec des moyens de fortune. Cette configuration n’est plus possible dans la tourelle améliorée, où l’espace disponible est notablement réduit, on se sert d’un treuil et de palans, et on guide le canon sur un dispositif de rails amovible.

La solution la moins coûteuse sera d’installer dans une majorité des tourelles un bouclier au niveau des embrasures et un système de ventilation dans la chambre de tir. Les machines à vapeur seront retirées ou plus utilisées.

Dans les forts prioritaires, on renforce la tourelle en remplaçant le puits en maçonnerie par un puits en béton armé et on consolide l’avant cuirasse avec une jupe conique de rails. Quand la tourelle est placée au sommet de l’ouvrage, on la rabaisse d’un étage d’une hauteur de 3 à 5 mètres pour la placer dans une cuvette qui la dissimule aux yeux de l’ennemi et qui la protège des coups directs. Mais ces modernisations nécessitent de démonter complètement la tourelle pour la placer dans son nouveau puits. Le coût total des travaux est de 140 000 Fr or pour un renforcement et un abaissement de tourelle.

Inventaires et projets des travaux de renforcement des tourelles Mougin

Tourelles Mougin modernisées

Après 1909, des projets prévoient le renforcement ou l’abaissement de 9 autres tourelles dans les forts de :

  • Longchamp, la tourelle devait être renforcée et abaissée après les travaux de la batterie cuirassée de 2 tourelles de 155 C.
  • Manonviller, les deux tourelles auraient du être renforcées mais on préfère ne pas désarmer le fort à la veille d’une guerre de plus en plus imminente.
  • Villey le Sec, la tourelle devait être renforcée et abaissée après les travaux de la batterie cuirassée de 2 tourelles de 155 C.
  • Lucey, la tourelle devait être renforcée et abaissée.
  • Giromagny, les deux tourelles auraient dû être renforcées et abaissées après la fin des modernisations du Fort Lachaux.
  • Boussois et Cerfontaine, les deux tourelles auraient du être renforcées, les travaux auraient dus commencer fin 1914 début 1915

Au total, il n’y aura que trois tourelles qui seront complètement renforcées en 1914, deux qui seront en travaux, les autres resteront dans leurs état d’origine.

Eclairage des tourelles Mougin

Eclairage à l’huile, au pétrole et à la bougie

Les tourelles Mougin non modifiées sont éclairées à l’origine grâce à des lanternes à huile ou à bougie du type suspendues ou à appliques. Mais ces lanternes n’arrivent pas à mettre correctement la flamme à l’abri de l’ébranlement produit par le tir. Plusieurs essais seront réalisés dans la tourelle du fort de Vaujours en 1904, puis au fort de Pont-Saint-Vincent en 1908, dans une tourelle renforcée avec trois nouveaux types de lanternes à clapet. Mais les résultats réalisés à Pont-Saint-Vincent ne permettent pas de tester correctement ces lanternes, car les tourelles renforcées sont totalement étanches, il n’y a pas d’effet de souffle qui se produit dans la chambre de tir.

Dans les tourelles Mougin renforcées, la chambre de tir est éclairée grâce à plusieurs lanternes appliques à bougies, du modèle réglementaire et les autres locaux de la tourelle sont éclairés par des lampes d’Artillerie .

Dans les tourelles Mougin classiques non modifiées l’éclairage de la chambre de tir est réalisé à partir de 1913 grâce à des lanternes à clapet de marque Ouvrard et Villars.

Eclairage électrique

En 1913, les tourelles des forts électrifiés devaient être équipées de 7 lampes à incandescence pour la partie fixe, 4 dans la galerie circulaire, 1 au monte-charges, 1 en haut de l’escalier et 1 au treuil de manœuvre. La partie mobile comprends 3 lampes dans la chambre de tir qui sont alimentées grâce à deux cercles de contact fixés à la cornière de la circulaire et deux frotteurs fixés à la partie tournante. Ces travaux semblent avoir été réalisés aux forts de Pont-Saint-Vincent et de Frouard dans la trouée de Charmes.

Les lampes électriques sont placées en applique sur les supports des lanternes à bougie. Elles sont munies dans ce but à leur partie inférieure d’une douille de même forme et de mêmes dimensions que les lanternes actuelles pouvant recevoir une ampoule de type courant de 10 bougies à filament de carbone et fixation à baïonnette.

Electrification de la manœuvre des tourelles Mougin

A partir de 1910-1912, plusieurs projets prévoient la manœuvre électrique de la rotation de certaines tourelles Mougin grâce à un électromoteur de 2500 watts. Les tourelles qui étaient projetées de recevoir cet équipement devaient être renforcées et se situer dans un fort pourvu d’une usine électrique. Mais à la veille de la Grande Guerre les tourelles renforcées n’on pas eu le temps de recevoir une manœuvre électrique et resterons sur une rotation manuelle.

Ces améliorations étaient prévues dans les forts suisvants :

Les seules tourelles qui seront électrifiées sont celles du fort du Barbonnet, elle seront électrifiées dans les années 50 dans le cadre de la réorganisation des ouvrages Maginot au début de la guerre froide.

Les tourelles Mougin sous l’épreuve du feu

Une des tourelles Mougin endomagées par les combats du fort de Manonviller - Lionel PRACHT
Une des tourelles Mougin endommagées par les combats du fort de Manonviller. Lionel PRACHT

Les deux tourelles du fort de Manonviller tireront lors de l’attaque du fort, mais elles seront détruites le 25 et 26 août 1914 par des obus de 210 ou de 305 mm.

Même chose pour les tourelles des forts du Boussois et de Cerfontaine à Maubeuge qui ouvriront aussi le feu avant d’être décalottées au niveau de la coupole ou percées au niveau du béton le 31 août 1914. La tourelle d’Hirson qui a été désarmée en janvier 1907, sera détruite par les français lors de l’abandon du fort le 27 août 1914.

La tourelle Mougin du fort de Liouville qui participera aux combats sera atteinte par un obus de 305 au niveau de l’avant cuirasse ce qui la rendra inutilisable en sortant une partie du cuirassement à l’extérieur.

Les tourelles n’ayant pas été détruites pendant la première guerre mondiale étaient susceptibles d’être en état de fonctionnement en 1940. C’est le cas de la tourelle Mougin de Longchamp qui sera armée pendant la bataille mais le commandant du fort préfèrera ne pas l’utiliser à cause des bombardiers qui passaient régulièrement.
Les deux tourelles du fort de Giromagny ouvriront le feu sur un convoi de chars, avant d’être ferraillées en 1941.

Une des tourelles Mougin du fort de Giromagny en cours de ferraillage par les allemands sous l'organisation Todt - Lionel PRACHT
Une des tourelles Mougin du fort de Giromagny en cours de ferraillage par les allemands sous l’organisation Todt. Lionel PRACHT


Restent celles du fort du Barbonnet à Nice qui seront utilisées après un incident de tir dans un bloc Maginot. Elles tireront près de 170 coups avec succès sur les italiens qui se retireront. Les deux tourelles du fort seront réarmées dans les années 50 avec les 4 tubes des tourelles des forts de Frouard et de Villey les Sec.

Inventaire des tourelles Mougin modèle 1876

25 tourelles Mougin seront fabriquées et installées par deux constructeurs, dans les fortifications Séré de Rivères. Chaque tourelle Mougin est identifiée par un numéro de série se composant d’une lettre.

Tourelles fabriquées par la Compagnie Châtillon et Commentry dans les usines Saint-Jacques à Montluçon

N° de série de la tourelleSite d’installationPlace forteConstructionEtat aujourd’hui
AFort de GiromagnyBelfort1879Ferraillée vers 1943 par les allemands
BFort de GiromagnyBelfort1879Ferraillée vers 1943 par les allemands
CFort de LongchampEpinal1880Ferraillée vers 1943 par les allemands
DFort du ParmontHaute Moselle1880Ferraillée vers 1943 par les allemands
EFort de Saint-Cyr Paris1881En place sans canon
FFort de LuceyToul1881-1882Ferraillée vers 1943 par les allemands
GFort de Villey le SecToul1882En place avec canon
HFort de ManonvillerTrouée de Charmes1882-1883Dynamitée par les allemands en 1914
IFort de ManonvillerTrouée de Charmes1882-1883Dynamitée par les allemands en 1914
JFort de VaujoursParis1883En place sans canon et sans affût
KFort de Villeneuve Saint-GeorgesParis1883-1884Ferraillée en 1947, reste l’avant cuirasse
LFort de Montfaucon Besançon1883-1885Ferraillée vers 1943 par les allemands
MFort de FrouardTrouée de Charmes1883-1885En place avec un affût et sans canon
NFort de LiouvilleHauts de Meuse1883-1885Détruite pendant la première guerre mondiale et ferraillée en partie en 1943 par les allemands
OFort de Pagny-la-Blanche CôteTrouée de Charmes1883-1885Ferraillée dans les années 30
PFort de CorbasLyon1884-1886En place avec machine à vapeur, affût et sans canon
QFort de BonduesLille1884-1886Ferraillée en 1955
RFort de BoussoisMaubeuge1883-1884Détruite pendant la première guerre mondiale
S Tourelle Jeanne d’ArcFort du BarbonnetAvancée de Nice1886-1888En place avec canons
La rotation de la tourelle sera éléctrifiée dans les années 50
T Tourelle BayardFort du BarbonnetAvancée de Nice1886-1888En place avec affûts sans canon
La rotation de la tourelle sera éléctrifiée dans les années 50
UFort de Pont-Saint-VincentTrouée de Charmes1886-1888Ferraillée vers 1943 par les allemands

Tourelles fabriquées par la Compagnie Shneider dans les usines du Creusot – Marché de 1878

N° de série de la tourelleSite d’installationPlace forteConstructionEtat aujourd’hui
A’Fort de CerfontaineMaubeuge???Ferraillée pendant la première guerre mondiale
B’Fort d’HirsonForts entre Maubeuge et Verdun1881-1882Détruite pendant la première guerre mondiale
C’Fort de DomontParis???En place sans affût et sans canon
D’Fort de StainsParis???En place sans affût et sans canon