L'intérieur de la casemate Mougin de 155L Moselle de la Batterie de l'Eperon fort de Frouard Trouée de Charmes - VAUBOURG Jullie

La casemate Mougin en fonte dure de 155L est le troisième cuirassement que la France va installer dans ses fortifications. Elle est mise au point par le Commandant Mougin en même temps que la tourelle en fonte dure dès 1874, pour lutter contre le canon de siège en surveillant des passages d’invasion obligatoire.

Organisation des casemates Mougin de 155L

Plan d'une casemate Mougin de 155L - VAUBOURG Cédric
Plan d’une casemate Mougin de 155L. VAUBOURG Cédric

Une casemate cuirassée contre le canon de siège est une construction mixte en fonte et en béton de ciment abritant un canon de 155 long modèle 1877 sur affût spécial type Grüson, tirant par une embrasure réduite au minimum et orientée sur la partie dangereuse du terrain. On dissimule l’embrasure au moyen d’un rideau d’arbres à feuillage persistant.

Un système spécial de treuil et de transmission permet, entre chaque coup, de masquer l’embrasure au moyen d’un verrou en fonte qui monte et descend à volonté.

L’affût identique à celui des tourelles Mougin est disposé de manière à permettre de réduire au minimum l’embrasure, tout en laissant à la bouche à feu un champ de tir suffisant. Dans ce but, il est pourvu d’un dispositif spécial de pointage en hauteur organisé de manière que la pièce puisse se mouvoir librement entre les flasques en tournant autour d’un axe horizontal fictif passant par le bord extérieur de l’embrasure. L’affût est muni d’un frein-hydraulique pour limiter le recul.

Particularités du service des canons de 155 long sous casemate

Le service des pièces sous casemate présente certaines particularités qui le distingue du service des mêmes bouches à feu employées derrière un épaulement.

  • 1° Le pointage en hauteur est seul donné par l’affût au moyen d’une pompe et d’un volant. Le pointage en direction est donné au moyen d’une circulaire de pointage.
  • 2° La mise de feu est assurée par un dispositif électrique. On n’emploie la mise de feu ordinaire que lorsqu’on ne peut faire usage de la mise de feu électrique.

Le service d’une casemate Mougin de 155L

Un allemand pendant l'occupation en 1940 dans une casemate Mougin de 155L en fonte dure - Julien DEPRET
Un allemand pendant l’occupation en 1940 dans une casemate Mougin de 155L en fonte dure.
Julien DEPRET

Le personnel nécessaire au service d’une casemate comprend :

  • Un chef de casemate (sous-officier), il est en même temps chef de pièce.
  • Un artificier.
  • Huit servants.

Dans les séances d’instruction, le chef de casemate est remplacé par l’instructeur.

Fonctions des servants de la casemate

Premiers servants. Les 1ers servants, chacun de son côté, manœuvrent les leviers de déclenchement pour mettre la pièce en batterie.

Le 1er servant de droite enlève ou remet en place le couvre bouche, passe au pointeur le refouloir court, met en place le levier de la pompe et le manœuvre avec l’aide du 2ème ou du 3ème servant de son côté, il manœuvre aussi le volant-manivelle.

Le 1er servant de gauche enlève ou remet en place le couvre-culasse, le rouleau de manœuvre, la plaque du trou d’homme d’arrière et la manivelle de pointage. Il passe au pointeur, en l’absence du 3ème servant de gauche, les objets dont il peut avoir besoin à la culasse, il balaie la plateforme.

Deuxièmes servants. Le 2ème servant de gauche (ou pointeur) distribue les armements ou les remet en place. Il amène la pièce à la position de chargement avec l’aide des 1er et 2ème servants de droite, ouvre et ferme la culasse, introduit la charge. Il pointe la pièce en hauteur et amorce.

A défaut de chef de pièce, il en remplit les fonctions.

Le 2ème servant de droite aide le 1er servant de droite à manœuvrer la pompe pour amener la pièce à la position de chargement. Il débouche les évents pointe en direction et met le feu.

Troisièmes servants.  Les 3èmes servants approvisionnent la pièce, mettent en place les manivelles du treuil du côté de la pièce et sont chargés, avec les auxiliaires, de la manœuvre du verrou.

Le 3ème servant de gauche apporte les gargousses à la pièce. Il passe au pointeur les divers objets dont ce dernier peut avoir besoin quand il est à la culasse. Il va chercher au dépôt ou y reporte le panier ainsi que les objets dont l’emploi peut être accidentellement nécessaire. Il manœuvre la manivelle de pointage pour le pointage en direction.

Le 3ème servant de droite apporte les projectiles à la pièce. Il aide le 1er servant de droite à manœuvrer la pompe pour le pointage en hauteur.

Auxiliaires. Les auxiliaires mettent en place les manivelles du treuil du côté opposé à la pièce et sont chargés, concurremment avec les 3èmes servants ,de la manœuvre du verrou.

Artificier. Il distribue les munitions.

Le pointeur, ayant des fonctions fatigantes, se relaye avec le pointeur-servant à des intervalles déterminés. Il convient également de faire alterner de temps à autre les auxiliaires et les 3èmes servants

Disposition des armements et assortiments de la casemate Mougin de 155L.

Tous les armements et assortiments d’un usage courant sont en tout temps dans la casemate. La pièce est toujours hors de batterie, sauf pendant l’instant aussi court que possible qui précède le départ du coup.

Lorsque la bouche à feu n’est pas exposée à ouvrir le feu soudain, le rouleau de manœuvre est sur les taquets de l’affût, supportant la culasse. Deux prélarts recouvrent l’affût.

Pointage et tir de la casemate Mougin de 155L

L'intérieur de la casemate Mougin de 155L Moselle entièrement restaurée de la Batterie de l'Eperon fort de Frouard Trouée de Charmes - VAUBOURG Julie
L’intérieur de la casemate Mougin de 155L Moselle entièrement restaurée de la Batterie de l’Eperon Trouée de Charmes. VAUBOURG Julie

Pointage du canon sous casemate.

Limites des angles de tir. Le canon de 155 long sous casemate, est monté sur le même affût modèle 1881 que le canon sous tourelle Mougin. Il peut être pointé, comme ce dernier, sous des angles variant de – 5 degrés à + 20 degrés.

Champ de tir.

L’amplitude du mouvement du châssis est de 60 degrés.

Dispositif de pointage en direction. La circulaire de pointage est un arc de circonférence. Elle est graduée en degrés et douzièmes de degrés (de 5° en 5°). Les divisions sont numérotées dans le sens du mouvement des aiguilles d’une montre.

Le pointage comprend deux opérations distinctes :

  • 1° Donner l’angle à la pièce.
  • 2° Donner la direction.

On donne l’angle à la pièce avec le niveau de pointage par les procédés ordinaires.

Pour donner la direction, on amène l’aiguille du repère du châssis vis-à-vis d’une division de la circulaire de pointage telle que la pièce, une fois l’angle donné, soit dans les conditions les plus favorables pour que le projectile aille rencontrer le but.

A cet effet, on déplace le châssis au moyen de la manivelle de pointage de manière à amener l’aiguille de repère en face de la division convenable de la circulaire.

Manœuvre de la casemate Mougin de 155L Moselle Batterie de l’Eperon. VAUBOURG Cédric

L’angle à donner et la division de la circulaire de pointage sur laquelle l’aiguille de repère doit être amenée sont indiqués par la planchette de tir établie pour la pièce.

La construction de cette planchette de tir ne diffère de celle des canons sur affût de siège que par la graduation circulaire qui est divisée en degrés et chaque degré de 10° en 10° au lieu de l’être en millimètres d’écartement de colliers.

Réglage du tir

Le tir se règle suivant les instructions données aux pièces de siège et place d’après les renseignements fournis par le service d’observation.

Pour corriger la direction il faut porter l’aiguille de repère du côté où est tombé le projectile.

Notions générales sur le matériel des casemates Mougin de 155L contre le canon de siège

Bouche à feu

Un canon de 155L de tourelle de ou de casemate au fort du Parmont. Cette pièce et maintenant à la batterie de l'Eperon sur la casemate Moselle. VAUBOURG Julie
Un canon de 155L de tourelle ou de casemate au fort du Parmont. Cette pièce est maintenant à la batterie de l’Eperon sur la casemate Moselle. VAUBOURG Julie

Le canon de 155 long, sous tourelle et sous casemate, est destiné principalement au tir de plein fouet, et accessoirement, au tir plongeant à charges réduites.

Détail du canon de 155L de tourelle ou de casemate rmis dans la casemate Mougin de 155L Moselle de la batterie de l'Eperon  Trouée de Charmes - VAUBOURG Julie
Détail du canon de 155L de tourelle ou de casemate remis dans la casemate Mougin de 155L Moselle de la batterie de l’Eperon Trouée de Charmes – VAUBOURG Julie

Dans les deux cas, il est monté sur le même affût qui permet de le pointer sous les angles compris entre – 5 et + 20 degrés pour une portée maximum de 7600 mètres.

Un système spécial de freins hydrauliques, formé de pistons dont les tiges sont fixées aux châssis, et de cylindres de freins fixés aux affûts, permet de limiter le recul. Les châssis reposent sur des plates-formes spéciales.

Détail 3D d'un canon de 155L - Yvan Lambert
Détail 3D d’un canon de 155L. Yvan LAMBERT

Le canon de 155 long pèse 2500 kilogrammes. Les bouches à feu sont semblables à celles montées sur affût de siège, sauf les différences suivantes :

  • La plate-bande de la bouche est enlevée sur une certaine partie pour faciliter le recul.
  • L’anse est supprimée pour augmenter l’amplitude de la course verticale de la bouche à feu.

Casemate

Plan en coupe d'une casemate Mougin de 155L - Ministère de la Guerre. D'après le règlement sur le service des canons de 155 long sur affûts de tourelle et de casemate VAUBOURG Cédric
Plan en coupe d’une casemate Mougin de 155L – Ministère de la Guerre. D’après le règlement sur le service des canons de 155 long sur affûts de tourelle et de casemate VAUBOURG Cédric

On distingue dans une casemate : la casemate proprement dite, les chambres des treuils, le puits du verrou, les galeries de sous-sol, la plate-forme, le verrou, le mécanisme de manœuvre du verrou et le dispositif pour la mise de feu par l’électricité.

Casemate proprement dite

La casemate proprement dite est formée par une voûte en maçonnerie de moellons prolongée vers l’avant par une voûte en béton de ciment destinée à apporter une plaque en tôle d’acier qui donne appui à la cuirasse.

Elle est fermée à l’avant par un mur de tête en béton et par deux murs d’ébrasement en maçonnerie (un de chaque côté) qui raccordent les pieds-droits de la voûte avec le mur de tête.

Sur l’axe de la voûte débouche une cheminée d’aérage.

La cuirasse, en fonte dure, comprend :

  • 1° Une embrasure percée dans une plaque en fonte dure nommée bouclier. Cette ouverture n’a que 40 sur 35 cm dans sa partie rétrécie. Elle avait pu être ainsi réduite grâce à l’adoption d’un affût Grüson à embrasure minimum. Le bouclier à 60 cm d’épaisseur moyenne, il pèse 23 tonnes. Il est posé sur un mur de genouillère de 1 mètre d’épaisseur en béton de ciment.
Détail de la plaque d'embrassure d'une des deux casemates Mougin de 155L du fort. VAUBOURG Julie
Détail de la plaque d’embrasure d’une des deux casemates Mougin de 155L du fort de Joux à Pontarlier.
VAUBOURG Julie
  • 2° Une toiture formée de quatre plaques en fonte dure. Les deux extrêmes sont de forme trapézoïdale, les deux du milieu rectangulaire. L’épaisseur de ces plaques varie de 25 cm en avant à 15 cm pour l’arrière. Elles sont recouvertes d’une aire en béton dont l’épaisseur augmente en sens inverse de celle des plaques, de manière que l’ensemble présente une résistance uniforme en tous les points. Tout le massif est recouvert de sable, puis de terre. La toiture repose en avant sur le bouclier, de coté sur les piédroits et les murs d’ébrasement de la casemate, en arrière sur une console fixée à une tôle qui garnit la tête d’une voûte en béton de ciment raccordant la casemate proprement dite avec un local en maçonnerie ordinaire de 6m40 de portée.
La casemate Mougin de 155L du fort de Condé ayant conservée sont affût. Les 4 plaques de toiture sont visibles au -dessus de l'affût. VAUBOURG Julie
La casemate Mougin de 155L du fort de Condé ayant conservée son affût. Les 4 plaques de toiture sont visibles au-dessus de l’affût. VAUBOURG Julie

A l’extérieur de la casemate, on remarque l’embrasure dont le fond (plongée) est en béton de ciment et les joues en sable revêtu de pisé.

Chambres des treuils

Un des deux treuils de manoeuvre de la casemate Mougin de 155L du fort de Joux près de Pontarlier. VAUBOURG Julie
Un des deux treuils de manoeuvre de la casemate Mougin de 155L du fort de Joux près de Pontarlier. VAUBOURG Julie

Les chambres des treuils dans lesquelles sont installés les treuils destinés à la manœuvre du verrou sont ménagées dans les pieds-droits de la voûte, en avant des murs d’ébrasement.

Détail d'un des deux treuils de manoeuvre de la casemate Mougin de 155L du fort de Joux près de Pontarlier. VAUBOURG Julie
Détail d’un des deux treuils de manoeuvre de la casemate Mougin de 155L du fort de Joux près de Pontarlier. VAUBOURG Julie

Elles sont recouvertes par une voûte en béton de ciment et pourvues chacune d’une cheminée d’aération, elles débouchent dans la casemate.

Une aération d'une chambre au treuil de la première casemate du fort de Condé à Laon. VAUBOURG Julie
Une aération d’une chambre au treuil de la première casemate du fort de Condé à Laon. VAUBOURG Julie

Puits du verrou

Le puits du verrou est creusé en avant du mur de tête et est destiné à laisser monter ou descendre le verrou quand on veut fermer ou ouvrir l’embrasure.

Détail du verrou de la casemate Mougin du fort de Condé près de Laon. VAUBOURG Julie
Détail du verrou de la casemate Mougin du fort de Condé près de Laon. VAUBOURG Julie

Il est surmonté de :

La gaine du verrou, en fonte, qui pèse 10000 kilogrammes, destinée à entourer le verrou et à protéger la partie évidée lorsqu’il est levé. Cette gaine présente la forme d’un demi-cercle et s’appuie à droite et à gauche contre la plaque d’embrasure.

Galeries du sous-sol

Le mécanisme qui permet de faire mouvoir le verrou d'une des casemates Mougin de 155L du fort de Joux. VAUBOURG Cédric
Le mécanisme qui permet de faire mouvoir le verrou d’une des casemates Mougin de 155L du fort de Joux. VAUBOURG Cédric

Dans les galeries du sous-sol est logé le mécanisme qui permet de faire mouvoir le verrou.

Elles comprennent :

La galerie d’axe : Sa voûte, ses pieds-droits. Elle est creusée dans l’axe de la casemate et aboutit au puits du verrou.

Les deux trous d’homme situés : l’un à l’arrière de la casemate, l’autre en avant de la plate-forme. Ils font communiquer la galerie d’axe avec la casemate.

La galerie transversale, qui est perpendiculaire à la galerie d’axe et qui s’étend jusqu’au-dessous des chambres des treuils. Les trous rectangulaires percés dans la galerie transversale au-dessous des treuils permettent le passage des chaines de manœuvre.

Plateforme

La plateforme en fer a la forme d’un secteur de cercle. Elle est constituée par sept fers reliés, à l’avant et à l’arrière par deux fers circulaires et dans l’intervalle des deux par des bandes en fer du dessous et du dessus. Deux rails fixés sur les fers circulaires sont destinés à porter les galets du châssis.

La plateforme tout entière est noyée dans un massif de béton de ciment, à l’exception des deux rails. En arrière du rail extérieur est disposée une couronne en fonte boulonnée sur la plate-forme. Elle porte la circulaire de pointage en cuivre qui est graduée en degrés subdivisés de 5° en 5°.

Détail de la couronne en fonte boulonnée sur la plate-forme et de la circulaire de la casemate Amezule de la batterie de l'Eperon dans la Trouée de Charmes. VAUBOURG Julie
Détail de la couronne en fonte boulonnée sur la plate-forme et de la circulaire de la casemate Amezule de la batterie de l’Eperon dans la Trouée de Charmes. VAUBOURG Julie

Deux heurtoirs, fixés sur le rail extérieur, limitent à droite et à gauche la course du châssis.

Sur la gauche de la plateforme, est ménagée une excavation permettant à un ouvrier de se glisser facilement sous le châssis lorsque la plateforme est armée.

Verrou

Le verrou en position fermé d'une des deux casemates Mougin du fort de Joux près de Pontarlier. VAUBOURG Julie
Le verrou en position fermé d’une des deux casemates Mougin du fort de Joux près de Pontarlier. VAUBOURG Julie

Le verrou en fonte dure d’un poids de 7000 kilogrammes se meut verticalement dans le puits du verrou. Lorsqu’il est levé, l’embrasure est masquée, quand il est baissé, l’embrasure est ouverte et la pièce peut tirer.

Le verrou en position de tir de la casemate Mougin Moselle de la batterie de l'Eperon dans la Trouée de Charmes. VAUBOURG Cédric
Le verrou en position de tir de la casemate Mougin Moselle de la batterie de l’Eperon dans la Trouée de Charmes. VAUBOURG Cédric

Il présente un évidement intérieur et est équilibré par un contrepoids formé de plaques de fonte superposées auquel il est relié par trois chaînes de manœuvre et par deux chaînes du verrou.

Les trois chaînes de manœuvre passent sur trois galets disposés au sommet d’une colonne verticale et pénètre dans l’évidement lorsque le verrou descend. Les deux chaines servent à actionner le verrou.

Une armature en fer, scellée dans les parois du puits assure la verticalité de cette colonne.

Orillons

L'extérieur de la première casemate de 155L équipée d'orillons en béton du fort de Condé près de Laon - VAUBOURG Julie
L’extérieur de la première casemate de 155L équipée d’orillons en béton du fort de Condé près de Laon. VAUBOURG Julie

Certaines casemates seront pourvues de deux orillons en béton de chaque côté du verrou pour éviter les coups obliques.

Mécanisme de manœuvre

Mécanisme de manoeuvre du vérou d'une casemate Mougin de 155L en fonte dure - D'après le règlement sur le service des canons de 155 long sur affûts de tourelle et de casemate VAUBOURG Cédric
Mécanisme de manœuvre du verrou d’une casemate Mougin de 155L en fonte dure. D’après le règlement sur le service des canons de 155 long sur affûts de tourelle et de casemate. VAUBOURG Cédric

Le mécanisme de manœuvre se compose des divers dispositifs qui permettent de masquer l’embrasure ou de la démasquer en déplaçant verticalement le verrou.

Le temps nécessaire pour obtenir l’obturation de l’embrasure après le départ de chaque coup est d’environ 5 secondes.

Le mécanisme comprend :

  • 1° Deux treuils placés dans leur chambre.
  • 2° Un mécanisme de transmission, placé dans les galeries du sous-sol, qui est mis en mouvement par les treuils et qui se termine de chaque côté par un barbotin.

Chaque barbotin actionne une chaîne du verrou fixée par une extrémité au verrou et par l’autre au contrepoids. Suivant le sens de la rotation du barbotin, l’une ou l’autre extrémité de la chaîne descend entraînant le verrou ou le contrepoids, de sorte que le verrou descend ou monte.

Les deux treuils à engrenages et à deux vitesses sont analogues à ceux des tourelles Mougin. Chacun d’eux met en mouvement une chaîne sans fin qui actionne le mécanisme de transmission et se compose d’un bâti supportant deux arbres, l’arbre moteur et l’arbre de transmission.

L’arbre moteur, terminé à chaque extrémité par une manivelle, porte une roue dentée folle qui fait corps avec un barbotin venu de fonte avec elle et une roue dentée fixe calée sur l’arbre. Ces deux roues dentées sont habituellement reliées entre elles au moyen d’un boulon maintenu par un écrou, c’est la position de grande vitesse.

L’arbre de transmission, qui ne joue de rôle que dans la marche à petite vitesse, porte une roue dentée et un pignon denté formant un engrenage double, mobile le long de l’arbre et pouvant être fixé sur lui au moyen d’une vis de frottement. Habituellement cet engrenage double n’est pas en prise avec l’engrenage supérieur, on le met en prise avec lui pour la marche à petite vitesse

Le mécanisme de transmission se compose de :

  • Un premier arbre horizontal longeant toute la galerie transversale et commandé par les chaînes sans fin des treuils.
  • Un deuxième arbre, parallèle au précédent et beaucoup plus court que lui, placé en avant du trou d’homme d’avant et actionné par le premier arbre.
Les galeries d'axe et transversale ou passe la chaine de manoeuvre du verrou et le mécasime du verrou de la casemate Mougin du fort de la Tête de Chien à Nice. VAUBOURG Cédric
Les galeries d’axe et transversale où passe la chaine de manœuvre du verrou et le mécanisme du verrou de la casemate Mougin du fort de la Tête de Chien à Nice. VAUBOURG Cédric

Les deux arbres des barbotins sont placés parallèlement à l’axe de la casemate et reçoivent leur mouvement du deuxième arbre de transmission.

Sur le premier arbre sont calés trois barbotins. Chacun des barbotins extrêmes est mis en mouvement par la chaîne sans fin du treuil au-dessous duquel il est placé. Celui du milieu qui est placé dans la galerie d’axe commande le deuxième arbre au moyen d’une chaîne sans fin. Le deuxième arbre porte un barbotin et deux roues d’angle qui font corps avec lui. Le barbotin est entraîné par la chaîne sans fin venant du premier arbre et chacune des roues d’angle engrène avec la roue d’angle d’un des arbres des barbotins.

Chaque arbre de barbotin porte une roue d’angle actionnée comme il vient d’être expliqué et un barbotin qui met en mouvement une chaîne du verrou.

Dispositif pour la mise de feu par l’électricité

Détail d'un des contact de la mise à feu électrique de la casemate Mougin de 155L du fort de Joux. VAUBOURG Julie
Détail d’un des contacts de la mise à feu électrique de la casemate Mougin de 155L du fort de Joux. VAUBOURG Julie

Le dispositif pour la mise de feu par l’électricité comprend : la pile, la plaque de pile, le conjoncteur, l’exploseur, la plaque de câble souple, les conducteurs fixes et le câble souple.

La pile, la plaque de pile, le conjoncteur, les plaques de câble souples et le câble souple sont du modèle adopté pour les tourelles Mougin.

La pile est disposée à terre contre le mur d’ébrasement de gauche, la plaque de pile est du même côté, le conjoncteur est fixé au mur d’ébrasement de droite, la plaque de câble souple de l’exploseur est fixée au mur de tête et la plaque de câble souple de l’étoupille à la toiture de la casemate.

Il y a deux câbles souples, l’un de 0,8 m pour l’exploseur, l’autre de 3 mètres pour l’étoupille.

Les conducteurs fixes sont constitués par un simple fil de cuivre enveloppé de gutta-percha et de coton.

L’exploseur est un appareil de sûreté destiné à empêcher que le coup parte avant que le verrou de la casemate soit baissé. Il est fixé contre la partie postérieure de la plaque avant du châssis et comprend :

  • Le grand tube fixé à la plaque avant du châssis par la plaque d’appui. La pièce de contact, traversée par les extrémités des deux fils conducteurs qui s’enroulent chacun autour de la tête d’une vis à tête plate vissée dans la pièce de contact. Le grand piston et le ressort du grand piston.
  • Le petit piston, le bouton, la plaque métallique et le ressort du petit piston.
  • Le bouchon du grand piston.

Fonctionnement de l’exploseur

Plan en coupe d'un exploseur d'une casemate Mougin de 155L en fonte dure. D'après le règlement sur le service des canons de 155 long sur affûts de tourelle et de casemate VAUBOURG Cédric
Plan en coupe d’un exploseur d’une casemate Mougin de 155L en fonte dure. D’après le règlement sur le service des canons de 155 long sur affûts de tourelle et de casemate. VAUBOURG Cédric

Lorsque l’affût est hors de batterie, le grand piston et le petit piston occupant la position indiquée sur le plan ci-dessus, la communication électrique est interrompue parce que les fils conducteurs qui sont reliés au câble souple de l’exploseur sont séparés l’un de l’autre.

Quand le chef de pièce, faisant le commandement : FEU.

Il agit sur le levier de déclenchement pour remettre l’affût en batterie, la plaque d’avant de l’affût vient s’appuyer sur le bouchon du grand piston et comprimant le ressort, force le grand piston à s’enfoncer dans le grand tube.

La tête du petit piston vient alors s’appuyer sur les deux vis à tête plate de la pièce de contact, et la communication est établie entre les deux conducteurs. Le ressort du petit piston assure le contact de la tête du piston sur les vis.

En appuyant alors sur le bouton du conjoncteur, le chef de pièce établit la communication dans tout le circuit électrique et le feu est mis à la charge de la pièce.

Tant que le chef de pièce n’appuie pas sur le bouton du conjoncteur et que la plaque avant de l’affût n’exerce pas une pression sur le grand piston de l’exploseur, la communication est doublement interrompue.

Affût de la casemate Mougin de 155L

Coupe 3D d'une casemate Mougin de 155L - Yvan Lambert
Coupe 3D d’une casemate Mougin de 155L. Yvan LAMBERT

L’affût de casemate comprend :

  • 1° le châssis et le système de pointage en direction
  • 2° l’affût.

Châssis et appareil de pointage en direction.

Détail de l'affût de la casemate Mougin de 155L du au fort de Condé près de Laon - VAUBOURG Julie
Détail de l’affût de la casemate Mougin de 155L au fort de Condé près de Laon. VAUBOURG Julie

Le châssis est formé de deux flasques en acier reliés entre eux par les tôles d’avant, d’arrière et de fond. Il repose sur les rails de la plateforme par 4 galets et est disposé pour tourner autour d’une cheville ouvrière, fixée dans le mur de tête, à laquelle il est relié par une bielle articulée.

Les flasques portent la voie des galets de l’affût formée de deux rails et deux contre-rails. Cette voie est inclinée de 4 degrés d’avant en arrière afin d’obtenir le retour automatique en batterie.

Les tampons de choc (ou boîtes à ressort) d’avant et d’arrière, sont constitués par des couples de rondelles Belleville, destinés à amortir le choc dans le retour en batterie ou à éteindre le recul

La casemate Mougin de 155L Moselle entièrement restaurée de la batterie de l'Eperon dans la Trouée de Charmes. VAUBOURG Julie
La casemate Mougin de 155L Moselle entièrement restaurée de la batterie de l’Eperon dans la Trouée de Charmes. VAUBOURG Julie

La griffe, portée par la tôle d’avant, embrasse le rail intérieur de la plateforme sur lequel elle coulisse et empêche le devant du châssis de se soulever au moment du tir.

Deux escaliers placés sur les flasques permettent de monter sur la plate-forme de chargement de l’affût.

Les appareils de déclenchement sont destinés à maintenir l’affût hors de batterie ou à permettre de le laisser revenir en batterie. Ils sont fixés aux flasques du châssis.

Chaque appareil comprend : une douille dans laquelle peut glisser un butoir maintenu par un ressort à boudin dans la position où il fait saillie à l’intérieur du flasque. L’extrémité du butoir présente un biseau tourné vers l’avant. Un levier de déclenchement, articulé avec la douille et avec le butoir, qui permet de faire rentrer le bec de ce butoir dans l’intérieur du flasque quand on l’éloigne du châssis. Un arrêtoir de déclenchement fixé à charnière au flasque, à l’aide duquel on peut suspendre l’action du butoir. Cet arrêtoir porte en son milieu une clavette suspendue par une chaînette et se termine par une fourche dont les branches sont percées de deux trous de clavette.

Lorsque l’affût recule, il glisse sur le bec taillé en biseau de chaque butoir et le force à rentrer dans son logement. L’affût passé, les butoirs se relèvent sous l’action des ressorts et empêchent l’affût de revenir en batterie.

Pour laisser l’affût revenir en batterie, il suffit de tirer sur les leviers de déclenchement en les éloignant du châssis.

Quand on veut suspendre l’action des butoirs, il suffit de redresser les arrêtoirs de déclenchement perpendiculairement aux flasques et d’embrasser avec leurs fourches les leviers de déclenchement en les tirant à soi. Puis d’engager ensuite les clavettes dans leurs logements.

Détail du mécanisme de l'appareil de pointage en direction de la casemate Mougin de 155L Moselle entièrement restaurée de la batterie de l'Eperon avec son tube de 155 Long. VAUBOURG Julie
Détail du mécanisme de l’appareil de pointage en direction de la casemate Mougin de 155L Moselle entièrement restaurée de la batterie de l’Eperon avec son tube de 155 Long. VAUBOURG Julie

Le système de pointage en direction se compose de l’appareil de pointage en direction fixé au châssis et de la chaîne fixée à la plateforme.

L’appareil de pointage en direction est fixé au châssis par l’intermédiaire d’un support. Il se compose d’un système d’engrenages déplacé par une manivelle et actionnant un barbotin sur lequel passe une chaîne fixée à la plateforme.

Deux galets-guides sont placés de chaque côté du barbotin. Une aiguille de repère qui peut se déplacer le long de la circulaire de pointage est boulonnée sur le côté droit du support.

La chaîne est disposée dans la gorge de la couronne en fonte de la plateforme. Elle se termine à chaque bout par un anneau accroché à un bout de rail noyé dans le béton.

Près de chaque anneau se trouve un tendeur à vis compris entre deux mailles à écrou qui permet de tendre plus ou moins la chaîne.

Lorsqu’on agit sur la manivelle de pointage, le barbotin tourne en se déplaçant le long de la chaîne. Il entraine avec lui l’arrière du châssis qui tourne autour de la cheville-ouvrière comme pivot.

Les freins hydrauliques sont semblables à ceux de l’affût de la tourelle Mougin modèle 1876.

Affût

Détail de l'affût de la casemate Mougin de 155L du au fort de Condé près de Laon - VAUBOURG Julie
Détail de l’affût et du châssis de la casemate Mougin de 155L au fort de Condé près de Laon. VAUBOURG Julie

L’affût à châssis hydraulique modèle 1881 du type Grüson est le même que celui des tourelles Mougin modèle 1876, sauf qu’il porte de chaque côté un levier de manœuvre des pompes.

Munitions et étoupilles de la casemate Mougin de 155 L

Les munitions sont identiques à celles du canon de 155 Long de siège et place modèle 1877.

On fait usage avec les canons sous les casemates des mêmes étoupilles qu’avec les canons de 155 Long de siège et place modèle 1877.

On emploie en outre l’étoupille électrique modèle 1890 pour la mise de feu par l’électricité.

Étoupille électrique modèle 1890

Etoupille électrique modèle 1890 - - D'après le règlement sur le service des canons de 155 long sur affûts de tourelle et de casemate VAUBOURG Cédric
Etoupille électrique modèle 1890. D’après le règlement sur le service des canons de 155 long sur affûts de tourelle et de casemate. VAUBOURG Cédric

L’étoupille électrique modèle 1890, appelée aussi étoupille électrique pour courant continu comprend :

Un grand tube en cuivre analogue au grand tube de l’étoupille fulminante modèle 1885, fermé en bas par de la cire. Il contient le petit tube, de la poudre de chasse fine tassée et un grain de poudre comprimée. Un petit tube en celluloïd contenant une petite quantité de coton-poudre râpé et de la composition fulminante. Deux branches d’amorce réunies par une cravate en caoutchouc au petit tube et cordées ensemble sur une certaine longueur. Les branches d’amorce sont en fil de cuivre nickelé et recouvert de gutta-percha. Un brin de fil de platine de 1/30ème de millimètre est fixé aux extrémités dénudées des branches d’amorce et mis au contact du coton-poudre.

Les autres extrémités des branches d’amorce sont dénudées, puis enroulées en spirales, et forment chacune un manchon qui est entouré d’une gaine à culot en caoutchouc.

Une rondelle de feutre est placée sous la tête de l’étoupille comme pour l’étoupille fulminante modèle 1885. Les branches d’amorce munies du fil de platine constituent l’amorce. L’amorce réunie au petit tube chargé constitue l’allumeur.

Fonctionnement

Si l’on fait passer un courant électrique d’une force convenable à travers l’amorce, le fil de platine rougit et enflamme le coton-poudre. Le feu se communique à la composition fulminante et ensuite à la charge du grand tube.

Installation et fabrication des casemates Mougin de 155L en fonte dure

Détail du marquage fabricant sur la plaque d'embrassure de la casemate Mougin du fort de Joux à Pontarlier. VAUBOURG Julie
Détail du marquage fabricant sur la plaque d’embrassure de la casemate Mougin du fort de Joux à Pontarlier. VAUBOURG Julie

La casemate Mougin de 155L en fonte dure contre le canon de campagne sera construite en 10 exemplaires essentiellement fabriquées par les Usines Saint Chamond. Son coût de revient est de 80 000 Frs sans armement, ni munition. Des projets sans suite prévoyaient d’installer d’autres casemates, mais ce type de cuirassement possède de gros inconvénients, comme un faible angle de tir ou des problèmes de résonnance et de fumées lors des tirs du canon. Quelques modifications comme l’amélioration de la ventilation seront apportées sur certaines casemates après 1900.

Un projet non retenu de 1877 prévoyait de construire une casemate du même type plus petite avec un armement plus faible pour lutter contre le canon de campagne.

Historique de ce cuirassement et épreuve du feu

Tir à blanc de la casemate Mougin Moselle à la batterie de l’Eperon – VAUBOURG Cédric et Lucas

Pendant les deux conflits, aucune casemate n’a vraiment eu l’occasion de tirer. Elles seront toutes en grande partie ferraillées par les allemands en 1943 ou par l’armée française après guerre.

Aujourd’hui, ces casemates existent encore, sauf celle de la batterie des Ayvelles qui a été complètement démontée dans les années 60. Une des deux casemates du fort de Condé-sur-Aisne possède encore son affût et les deux casemates du fort de Joux ont leurs verrous en état de fonctionnement. La casemate Moselle de la batterie de l’Éperon a été entièrement restaurée par l’association qui gère le site grâce à un affût de la tourelle Mougin du fort de Frourad et à un tube de 155L, provenant du musée de l’Artillerie à Draguignan. Elle est aujourd’hui la casemate qui illustre le mieux ce cuirassement.

Quelques emplacements des casemates Mougin prévues avant 1885

Nombre de casemates prévuesForts ou ouvragesVilles ou places fortes
2 Fort du Mont-BartMontbéliard
1Fort de LongchampEpinal
1Fort de Chateau-LambertHaute Moselle
1Fort du Camp des RomainsHauts de Meuse
1Fort de GironvilleHauts de Meuse
5Fort de Saint-MengeLangres
7Fort de DampierreLangres
1 Fort d’EcrouvesToul
1Fort de BourlémontTrouée de Charmes
1Batterie des ConflansAlbertville
2Fort de BronLyon
1 Batterie des CaurresTournoux

Inventaire des casemates Mougin de 155L en fonte dure en 1914

Marché des forges & aciéries de la Marine à Homécourt du 14 août 1878 : Usines Saint-Chamond

N° de série de la tourelleSite d’installationPlace forteConstructionEtat aujourd’hui
AFort du Mont-BartMontbéliard1879-1880Casemate en place sans affût et sans équipement ferraillée par les allemands en 1943.
BFort de Condé sur AisneLaon21 juillet 1981Casemate en place avec affût sans canon et sans équipement.
CFort de Condé sur AisneLaon21 juillet 1981Casemate en place sans affût et sans équipement ferraillée
DFort de JouxPontarlier1881Casemate en place sans affût et avec treuils de manœuvre.
EFort de Joux Pontarlier1881Casemate en place sans affût et avec treuils de manœuvre.
FFort de la Tête de ChienNice1881Casemate en place sans affût et sans équipement ferraillée vers 1970-80
GFort des AyvellesCharleville Mezières1882-1883Casemate en place sans affût et sans équipement ferraillée par les allemands en 1914
HBatterie des AyvellesCharleville Mezières1882 -1883Casemate démontée dans les années 60
IBatterie de l’EperonTrouée de Charmes1881-1884Casemate Amezule en place avec morceau d’affût et sans équipement ferraillée par les allemands en 1943.
JBatterie de l’EperonTrouée de Charmes1881-1884Entièrement restaurée avec affût de la tourelle Mougin du fort de Frouard et canon