La tourelle Saint-Chamond et ses deux canons de 155 long modèle 1877 au fort Saint Michel à Toul en 1940 - Lionel PRACHT

Les différentes fortifications de la place forte

Carte de Toul en 1914. VAUBOURG Julie
Carte de Toul en 1914. VAUBOURG Julie

La place forte de Toul

Toul est située sur la rive gauche de la Moselle, au saillant qui marque le point le plus occidental du cours de cette rivière. A 4 kilomètres à l’ouest de la ville, on rencontre le versant oriental des côtes de Meuse, à pentes raides, dominant la plaine de 150 mètres. Le revers opposé de ce massif boisé descend sur la Meuse, qui n’est qu’à 12 kilomètres de la Moselle. A hauteur de Toul, la falaise des côtes de Meuse est échancrée profondément par la vallée de l’Ingressin qu’empruntent le chemin de fer de Paris à Strasbourg et le canal de la Marne au Rhin, traversant le massif ainsi rétréci dans deux tunnels parallèles. C’est dans cette vallée que la Moselle s’écoulait à l’époque préhistorique, pour aller se jeter dans la Meuse vers Pagny-sur-Meuse. Actuellement, la côte de la Meuse en ce point est supérieure de 40 mètres à celle de la Moselle à Toul.

A 5 ou 6 kilomètres au nord de la vallée de l’Ingressin, les côtes de Meuse sont complètement interrompues par la large trouée de Trondes, comprise entre le plateau de Lucey et le massif des Bois Juré et de Détroit et qui fait communiquer par un col à peu près insensible la vallée de la Meuse avec la plaine de la Woëvre.

A 8 kilomètres au sud de l’Ingressin, les deux versants sont réunis par la trouée beaucoup plus étroite et plus longue de Blénod.

La ville de Toul est dominée au nord à petite distance par deux mamelons isolés atteignant l’altitude des côtes de Meuse : le Mont Saint-Michel et la Cote Barine.

Au nord de ces deux collines, entre les côtes de Meuse et la Moselle en aval s’étend la grande plaine de Woëvre.

Au sud de l’Ingressin, on rencontre un plateau dominant la Moselle d’une cinquantaine de mètres et que coupent des ravins parcourus par des ruisseaux.

Enfin, dans la boucle de la Moselle, le terrain va en montant doucement du nord-ouest au sud-est comme un pupitre, puis redescend brusquement sur la Moselle. Le point culminant est à Villey-le-Sec. A l’est s’étend la Forêt de Haye.

Les principales voies de communication qui se croisent à Toul sont les chemins de fer de Paris à Strasbourg, de Toul à Neufchâteau et à Pont Saint Vincent, la route de Paris à Strasbourg et le canal de la Marne au Rhin.

La ville de Toul est fortifiée dès 1698 pour renforcer la frontière face à l’Empire Germanique avec une enceinte bastionnée qui entoure la ville pour contrôler les différents moyens de communication.

Un canon de 95 sur une plateforme de tir de l'enceinte de Toul vers 1908 - Lionel PRACHT
Un canon de 95 sur une plateforme de tir de l’enceinte de Toul vers 1908. Lionel PRACHT

En 1870, Toul, qui n’avait que son enceinte, fut bombardée par les Prussiens depuis des batteries établies sur les pentes du Saint-Michel, à la Faïencerie, à la Justice, au Tillot et au-dessus de Dommartin. La ville capitula le 23 septembre, après plusieurs semaines de résistance.

Après la Guerre de 1870, l’enceinte de Toul devient obsolète. De plus, la nouvelle frontière imposée par la défaite ouvre d’avantage la route sur Paris, car il n’y a plus de fortification pour protéger cette voie d’invasion depuis l’Empire Allemand. Pendant plusieurs années, on hésitera à plusieurs reprises à fortifier Toul ou Nancy, mais cette dernière sera jugée trop proche de la frontière et très coûteuse à renforcer.

Un obusier de 155 court en batterie à Toul - Lionel PRACHT
Un obusier de 155 court en batterie à Toul. Lionel PRACHT

Le choix définitif se portera alors sur Toul qui devient une place forte pour verrouiller ce passage, en contrôlant les moyens de communication Strasbourg-Paris, Strasbourg-Lyon, la vallée de la Moselle et le canal de l’est. Cette place sert aussi de point d’appui aux fortifications du sud du rideau défensif des hauts de Meuse et aux différentes troupes qui combattront sur la frontière ou dans la trouée de Charmes. A l’extérieur de la place, sa défense est complétée à l’est avec de puissants forts d’arrêt comme les forts de Frouard, de Pont-Saint-Vincent et de Manonviller qui contrôlent d’importants moyens de communication près de Nancy ou en avant de Lunéville. Enfin au sud, les fortifications d’arrêt de Pagny la Blanche côte et de Bourlémont empêchent le contournement de la place depuis la trouée de Charmes.

Les premières fortifications de la place forte de Toul

La troupe devant le casernement officiers du fort d’Ecrouves vers 1890. Pierre TOUZIN

Dès la fin de la guerre, on occupa à Toul, le mont Saint-Michel, puis, lors de la panique de 1875, on établit rapidement des redoutes à la Justice, au Tillot, à Dommartin et à Chaudeney. Cette organisation hâtive ne pouvait être que provisoire, les ouvrages de la Justice et de Chaudeney étant dominés respectivement par les côtes de Meuse et par Villey-le-Sec. Les travaux dans ces deux derniers ouvrages ne seront pas terminés que les hauteurs dangereuses seront occupées par les forts d’Ecrouves, de Domgermain et par les ouvrages de Villey-le-Sec.

Vue aérienne du fort de Villey le Sec avec sa tourelle Mougin au sommet de l'ouvrage. VAUBOURG Lucas
Vue aérienne du fort de Villey le Sec avec sa tourelle Mougin au sommet de l’ouvrage. VAUBOURG Lucas

En même temps, on continuait l’organisation du fort Saint-Michel et on renforçait les redoutes du Tillot et de Dommartin. On comprit bientôt la nécessité d’interdire les trouées de Trondes et de Blénod par lesquelles l’ennemi pourrait contourner la place. La première fut maîtrisée par l’occupation de Lucey avec la construction du fort de Lucey et de la batterie de Trondes, la seconde par la construction du fort de Blénod. La position d’Ecrouves est complété au nord avec le poste de Bruley. Enfin le fort de Gondreville fut créé sur la rive droite de la Moselle pour tenir le pont de Fontenoy.

La ligne principale resta ainsi jalonnée jusqu’en 1885. Elle présentait la forme d’un triangle à saillants très marqués : Lucey, Blénod, Villey-le-Sec, l’occupation de ces trois points s’imposant comme on vient de le voir. Deux des côtés de ce triangle étaient même concaves avec le fort du Tillot, bien qu’éloigné de 3500 mètres seulement du noyau central avait en effet été jugé suffisant, en raison de la faible probabilité d’une attaque de ce côté, et le fort Saint-Michel, situé à 1200 mètres de l’enceinte, avait été néanmoins accepté comme point d’appui de la ligne principale pour des raisons que nous avons déjà exposées. Ce dernier fort devait en outre servir de réduit à la place, tant parce que sa position avantageuse permettait de supposer qu’il tomberait le dernier, qu’en raison de la possibilité d’exercer au moyen de son artillerie l’interdiction des voies de communication dont Toul a la garde.

Ces travaux sont à peine terminés qu’éclate la crise de l’obus torpille rendant ces fortifications en maçonnerie obsolètes.

De la pierre au béton

Dans l’urgence, dès 1888, on sort l’artillerie lourde des forts pour la placer dans 76 batteries d’artillerie protégées des assauts de l’infanterie ennemie par 16 ouvrages d’infanterie. Les munitions sont décentralisées dans 5 magasins à poudre centraux, 8 magasins de secteur et une multitude de magasins de batterie.

Tous ces nouveaux ouvrages vont créer de gros problèmes de ravitaillement. La solution viendra en 1888, avec l’installation d’un réseau de voie de 60 (0.60 m) de 140 km de long assurant le ravitaillement d’une grande partie des ouvrages. Ce dispositif de transport mis au point par le Colonel Péchot sera adopté par l’armée pour les autres places fortes de l’est après les premiers essais effectués à Toul. Le point de départ de ce réseau était l’arsenal de la place qui se situe près de l’enceinte bastionnée.

Une locomotive Péchot dans le secteur de Bruley à Toul Lionel PRACHT
Une locomotive Péchot dans le secteur de Bruley à Toul. Lionel PRACHT

A cette période, six forts reçoivent un ou plusieurs casernements à l’épreuve en béton spécial, Saint-Michel, Trondes, Ecrouves, Villey le Sec, Domgermain et Blénod. La ligne de défense est de nouveau éloignée avec la construction de l’ouvrage du Bouvron au nord de la place, de l’ouvrage est du Vieux Canton dans la forêt de Villey Saint-Etienne, de l’ouvrage du Chanot au sud et de l’ouvrage principal de Charmes la Côte à l’est. Dans les intervalles des fortifications, les troupes peuvent s’abriter dans 19 casemates cavernes construites à flanc de colline.

L'abri caverne extérieur du fort Saint Michel à Toul. VAUBOURG Cédric
L’abri caverne extérieur du fort Saint Michel à Toul. VAUBOURG Cédric

Après 1900, le dispositif est renforcé jusqu’à la Grande Guerre avec la construction des ouvrages de la Cloche, de Francheville, du Mordant et du fort du Vieux-Canton. Les forts de la place sauf les redoutes de Dommartin et de la Justice seront modernisés avec de nouveaux locaux à l’épreuve et un armement principal placé sous tourelles cuirassées ou sous casemates bétonnées. Cinq de ces ouvrages sont électrifiés à la vielle de la Grande Guerre.

Vue aérienne du fort du Vieux Canton à Toul. VAUBOURG Cédric
Vue aérienne du fort du Vieux Canton à Toul. VAUBOURG Cédric

Dans les intervalles, on construit 18 abris de combat, 5 ouvrages d’infanterie avec abri bétonné, 2 batteries cuirassées et plusieurs batteries d’artillerie bétonnées.

Ce qui fait de la place forte de Toul, l’une des plus modernisées de l’est.

Toul, la grande place forte moderne

Comme les autres places de l’est, celle de Toul reçoit une station radiotélégraphique, un parc à ballons, un parc à dirigeables, un terrain d’aviation et plusieurs organes pour l’intendance dont certains sont à l’épreuve comme l’entrepôt frigorifique du Saint Michel. Au total, la place compte à la veille de la guerre, un armement de 1106 pièces d’artillerie réparties parmi tous ces ouvrages et un effectif à la mobilisation de 70 000 hommes de troupes dont 18 000 sont affectés à la défense de la place. Une partie des soldats étaient logés en temps de paix dans les 11 casernes de la place et dans les casernements des forts.

D’une guerre à l’autre

Un canon de 75 sur les dessus du fort de Domgermain à Toul en 1916-1917. Lionel PRACHT
Un canon de 75 sur les dessus du fort de Domgermain à Toul en 1916-1917. Lionel PRACHT

À la fin 1914, la place étant proche du front, elle recevra quelques postes d’observation bétonnés et plusieurs canons de marine de calibre 16,4 cm à longue portée. Mais, après le décret du 5 août 1915, elle sera désarmée comme les autres places de l’est. Il faudra attendre 1916, suite à la bataille de Verdun, pour que certains ouvrages soient réapprovisionnés en hommes, en munitions et en pièces d’artillerie. Pendant toute la guerre, la place ne connaitra pas l’épreuve du feu, mais elle servira de base arrière aux troupes du front.

Après la guerre, les ouvrages, qui ne sont plus à l’épreuve des obus de très gros calibres, seront entretenus pour être utilisés comme deuxième ligne de défense en arrière de la ligne Maginot.

Les allemands sur la tourelle Saint-Chamond en 1940 au fort du Saint-Michel. Lionel PRACHT
Les allemands sur la tourelle Saint-Chamond en 1940 au fort du Saint-Michel. Lionel PRACHT

Pendant le second conflit mondial, seule une poignée de forts tirera quelques salves pour l’honneur. Ils seront pris par les Allemands sans combat car l’Armistice était signé. Puis, l’occupant les utilisera comme dépôt de matériels avant de commencer leur campagne de ferraillage des fortifications Séré de Rivières sous l’organisation Todt.

Après guerre, les ouvrages les plus sains, ayant le moins souffert de ce conflit, seront réutilisés par l’armée jusqu’aux années 70 comme dépôt de matériels ou de munitions, avant d’être complètement délaissés pour la majorité d’entre eux.

Les forts de nos jours

Aujourd’hui, seuls les ouvrages de Villey-le-Sec et du Vieux Canton sont visitables par l’intermédiaire des associations de restauration. Les autres ouvrages appartiennent pour la plupart à l’armée, aux communes ou à des propriétaires privés. Ils sont souvent à l’abandon ou utilisés pour d’autres activités. Leur accès est interdit.

Tir fictif avec la tourelle de 75R 05 de la batterie Nord du fort de Villey le Sec à Toul. VAUBOURG Julie
Tir fictif avec la tourelle de 75R 05 de la batterie Nord du fort de Villey le Sec à Toul. VAUBOURG Julie