
Les pièces d’artillerie de 1874 à 1914
Liste des différentes pièces d’artillerie de l’armée française. Les différents armements listés ci-dessous ont été utilisés par les différents services de l’Artillerie française (Artillerie de campagne, de montagne, de siège, de place et de côte) et dans les fortifications du système Séré de Rivières entre 1874 et 1914.
Les pièces d’artillerie destinées à l’armement entre 1874 et 1914 des places terrestres et maritimes sont les suivantes:
– Pour le tir de plein fouet contre:
Les obstacles résistants
- Les canons de 32 cm modèles 1870, 1870-78, 1870-81, 1870-84, 1870-93
- Les canons de 27 cm modèles 1870 M, 1870-81, 1870-87, 1870-93 de 28,5 calibres & de 274 mm modèle 1881
- Les canons de 24 cm modèles 1870-1870-87 et 1876
- Les canons de 240 mm modèle 1884, modèle 1894-1903 & le canon de 240 modèle 1893-96M Colonies
- Les canons de 19 cm modèle 1870 n°1, 1870 n°2, 1870-93, 1875-76 et 1878
- Le canon de 155 mm long De Bange modèle 1877 sur affût de siège et place
- Le canon de 155 mm raccourci modèle 1907 de tourelle
- Le canon de 120 mm long De Bange modèle 1878 sur affût de siège et place
- Le canon de 138 mm De Reffye sur affût à soulèvement modèle 1873-74
- Le canon de 138 mm De Reffye sur affût de siège et de place Mle 1873-74
- Le canon de 16 cm modèle 1820 transformé
- Le canon de 16 cm modèle 1848 transformé
- Le canon de 16 cm modèle 1858 transformé
- Le canon de 16 cm modèle 1858-60 transformé
- Le canon de 30 livres non fretté rayé
- Le canon de 24 cm de place modèle 1828
- Le canon de 24 cm de siège modèle 1828
- Le canon de 105 mm Schneider modèle 1913
- Le canon de 100 TR mm modèle 1881 sur affût M modèle 1884 PC
- Le canon de 100 mm TR modèle 1881 sur affût M modèle 1897 PC
- Le canon de 100 mm TR modèle 1889/97 sur un affût M Mle 1891/97 PA
- Le canon de 100 mm modèle 1897 sur affût M modèle 1897
Les obstacles légers et le personnel
- Le canon de 95 mm Lahitolle de campagne modèle 1877/78
- Le canon de 95 mm Lahitolle de siège et place modèle 1877/80
- Le canon de 95 mm Lahitolle de côte sur affut G modèle 1904
- Le canon de 90 mm De Bange de campagne modèle 1877/78
- Le canon de 90 mm De Bange de siège et place modèle 1877/80
- Le canon de 90 mm modèle 1881 sur affût M à roues
- Le canon de 80 mm De Bange de campagne modèle 1877/78
- Le canon de 80 mm De Bange de siège et place modèle 1877/80
- Le canon de 80 mm De Bange de montagne modèle 1878
- Le canon de 75 mm modèle 1897 de campagne
- Le canon de 75 mm modèle 1897 de casemate
- Le canon de 75 mm de tourelle modèle 1905
- Le canon de 65 mm de montagne modèle 1905
- Le canon de 65 mm TR de côte sur affût G modèle 1904
- Le canon de 7 livres De Reffye modèle 1873
- Le canon de 5 livres De Reffye modèle 1873
- Le canon de 12 livres rayé de place
- Le canon de 12 livres rayé de siège
- Le canon de 12 livres rayé de campagne
- Le canon de 8 livres rayé de campagne
Les obstacles légers et le personnel à petites distances
- Le canon de 4 livres rayé de campagne 1858
- Le canon de 4 livres rayé de montagne modèle 1858
- Le canon obusier de 12 livres lisse modèle 1853
- Le canon de 12 culasse modèle 1884
- L’obusier de 16 cm lisse modèle 1828
- L’obusier de 15 cm lisse modèle 1828
Le personnel seulement
- Le canon à balles De Reffye modèle 1866 de 13 mm
- La mitrailleuse de campagne modèle 1900 système Hotchkiss
- La mitrailleuse modèle 1907 sur affût trépied modèle 1907
- La mitrailleuse Gattling
- Le canon revolver Hotchkiss de 37 mm modèle 1873/78
- Le canon revolver Hotchkiss de 37 mm de flanquement
- Le canon revolver Hotchkiss de 47 mm modèle 1878
- Le canon revolver Hotchkiss de 53 mm
- Le canon Hotchkiss approprié au tir des munitions du canon révolver de 37
- Le canon Hotchkiss approprié au tir des munitions du canon révolver de 47
- Le canon Hotchkiss de 47 mm TR
- Le canon Hotchkiss de 57 mm TR
- Le canon revolver Hotchkiss de 40 mm modèle 1879 de flanquement
– Pour le tir sous les grands angles de projection:
- Le un mortier de 370 sur affût Filloux à châssis et plateforme métallique
- Le mortier de 30 cm modèle 1883-93 sur affût modèle 1883 PA
- Le mortier de 30 cm modèle 1883-93 sur affût modèle 1889 PC
- Le mortier de 270 mm De Bange modèle 1884
- le mortier de 270 mm De Bange modèle 1889 sur affût G
- Le mortier de 220 mm De Bange modèle 1881
- Le mortier de 220 mm De Bange modèle 1881/91
- L’obusier de 155 mm court De Bange modèle 1881
- L’obusier 155 mm court modèle 1881-1912 De Bange-Filloux
- L’obusier de 155 mm court De Bange modèle 1890 Bacquet
- L’obusier de 155 mm court Rimailho modèle 1904 TR
- L’obusier de 22 cm de côte rayé et fretté
- L’obusier de 120 mm court De Bange modèle 1890 Bacquet
- Les mortiers lisses de 32 cm modèle 1839
- Les mortiers lisses de 27 cm modèle 1839
- Les mortiers lisses de 22 cm modèle 1839
- Les mortiers lisses de 15 cm modèle 1838
– Matériels spéciaux:
- Le canon de 75 mm contre-aéronefs
- Le canon de 155 mm court De Bange Mle 1881 sur affût-truc à voie de 60 Mle 1893/97
- Le canon de 120 mm long De Bange Mle 1878 sur affût-truc à voie de 60 Mle 1897
Les grandes dates de l’artillerie avant la Grande Guerre
Afin de mieux apprécier l’état actuel du matériel d’Artillerie, nous indiquons brièvement ci-après quelques dates importantes de son histoire.
Du XIV – au XVIIe siècle. L’artillerie française se compose de bombardes et de canons en bronze foré, tirant des boulets de pierre, puis de fer, de calibres et de formes variés au gré de chaque prince, de chaque général ou de chaque fondeur. L’artillerie restant très lourde et peu mobile malgré la création de quelques affûts roulants. Elle n’a dans la bataille qu’une importance secondaire. Elle est surtout utilisée dans l’attaque des places fortes.
En 1732, Vallière tente un effort vers l’unification des calibres. Il conserve seulement :
- 5 canons : le 4, le 8, le 12, le 10, le 24 (livres).
- 2 mortiers : de 8 et de 12 (pouces).
Jusqu’à l’adoption des armes rayées, le calibre est représenté :
- Pour les canons, par le poids du boulet, en livres.
- Pour les mortiers, il est désigné par le diamètre en pouces.
On retrouvera en France, jusqu’après 1870, quelques-uns de ces calibres (le 4, le 8, le 12). D’autre part, la mobilité est améliorée et son importance n’échappa pas au Maréchal de Saxe qui fit adopter les pièces de 4, ni à Frédéric II, qui dut une partie de ses succès à l’emploi de batteries à cheval où tout le personnel était monté.

1772 Gribeauval. Mais il faut arriver jusqu’à Gribeauval, inspecteur général de l’artillerie sous Louis XVI, pour voir adopter un véritable système d’artillerie, c’est-à-dire un ensemble de matériels répondant à une même conception, où les calibres sont répartis d’une façon rationnelle suivant les services demandés aux différentes bouches à feu. C’est à partir de cette époque que furent nettement séparées : l’artillerie de campagne, les artilleries de siège, de place, et de côte. En même temps, l’uniformité du matériel dans toutes ses parties est rendue obligatoire, ce qui simplifie le problème des réparations et des approvisionnements des pièces de rechange.
Le matériel Gribeauval sera en service, avec quelques modifications de détail seulement, pendant toutes les guerres de la Révolution et de l’Empire. Il comprend : 4 pièces lisses, en bronze, se chargeant par la bouche et 3 canons (pièces longues).
Puissance. L’efficacité du projectile est faible.
Les canons tirent des boulets pleins ou des bottes à mitraille. Les obusiers seuls emploient des boulets creux ou obus.
Le boulet, à trajectoire tendue, ricoche en touchant le sol et renverse tous les hommes d’une file. Le tir est relativement rapide (1 coup par minute) et précis, grâce à l’adoption d’une hausse et d’une vis de pointage. Mais les portées efficaces sont faibles : de 600 mètres pour les canons de 4, à 1000 mètres pour ceux de 12.
La boite à mitraille, est un cylindre en métal mince qui envoie en gerbe, jusqu’à 600 mètres, les balles dont il est rempli. Plus meurtrière que le boulet, elle est employée dans les dernières phases de la bataille, pour l’attaque décisive, avec une vitesse de tir de 2 à 5 coups à la minute.
L’obus éclate au point de chute sous l’action d’une charge intérieure de poudre enflammée par une fusée rudimentaire. Celle-ci est allumée par une mèche ou par les flammes de la charge. L’obus agit par sa masse et par 30 ou 40 éclats efficaces dans un rayon de 20 mètres, son effet moral est très grand.
Mobilité. Si la puissance du matériel est faible, sa mobilité, en revanche, est relativement grande. Montées sur des affûts très roulants, les voitures sont en général plus légères que celles des canons du 75. Un canon pèse de 1000 kilogrammes (pour le 4) à 2000 kilogrammes (pour le 12); un caisson, portant de 50 à 150 coups suivant le calibre, pèse de 1500 à 1800 kilogrammes.
Mais sur ces voitures, trainées facilement par 4 ou 6 chevaux attelés à 2 de front, aucune place n’est prévue pour transporter les servants. Par suite, les mouvements de l’artillerie doivent se faire presque toujours au pas.
La capacité manœuvrière de l’artillerie est d’ailleurs diminuée par le fait que les pièces sont attelées et conduites par des charretiers civils aux gages d’un entrepreneur. Le Premier Consul les remplacera en 1800 par les soldats du train d’artillerie.
Dès la Restauration, l’expérience acquise au cours des dernières campagnes est mise à profit dans le système VALÉE (1827), caractérisé par l’accroissement de la mobilité (servants assis sur les coffres de l’avant-train), amélioration de la réunion des avant-trains et des arrière-trains par la substitution du système à suspension au système à contre-appui.

1858 l’Artillerie rayée et l’obus cylindro-ogivaux. Ce n’est qu’en 1858 que nous utilisons les résultats importants donnés par les études faites depuis plusieurs années sur la balistique et particulièrement sur la résistance de l’air au mouvement des projectiles. Ces études conduisent à l’adoption des obus cylindro-ogivaux tirés dans des canons rayés.
Les capitaines Tamisier et Treuille de Beaulieu proposent un matériel se chargeant par la culasse. On ne croit pas devoir adopter cette autre innovation, et le premier système d’artillerie rayée française (matériel de la Ritte, modèle 1858) comporte des pièces anciennes, en bronze, rayées, de calibres 4, 8, 12 de campagne (12 et 24 de siège et place), tirant des obus munis de deux séries d’ailettes en zinc qui assurent la rotation du projectile en passant dans les rayures.
C’est avec ce matériel que nous faisons la guerre de 1870-1871.
Pendant le conflit, les Allemands utilisent des canons de campagne de 4 et de 6, en acier, se chargeant par la culasse et d’une portée efficace de 2500 à 3000 mètres. Contre nos adversaires, nous ne pouvons lutter qu’avec un matériel moins puissant dont les projectiles, par suite d’un système défectueux de fusées, n’éclatent qu’à 1500 mètres.
Etat de l’artillerie après la guerre de 1870-1871
Après la guerre, la question de la transformation de l’artillerie fut mise à l’ordre du jour. On adopta d’abord provisoirement le matériel de Reffye (canons en bronze de 5, de 7 et de 138 se chargeant par la culasse, les derniers provenant de la transformation de vieilles pièces de 16) en attendant la mise en service d’un matériel en acier, pour la création duquel des expériences étaient entreprises.
En 1874, date du début de la réorganisation de nos places, on venait de fixer les calibres à adopter avec l’arrivée de nouveaux canons mis au point par De Bange et Lahittole. A savoir : les canons de petits calibre de 80, 90 et 95, les canons longs de 120 et de 155, et les mortiers de 220 et de 270. Les propriétés que devaient présenter ces nouvelles pièces étaient à peu près connues.
« Il ne semble pas » dit le Rapport du 9 Mai 1874, « que l’on puisse attendre des études qui se font actuellement dans le service de l’artillerie d’avoir des portées efficaces supérieures à 8 kilomètres ». Ces prévisions devaient être confirmées par l’expérience.
Comme projectiles, on employait alors des obus ordinaires, pour le tir contre le matériel, les épaulements et les abris, et des obus à balles ou shrapnels pour le tir contre des troupes et contre le personnel des batteries. Les fusées à durées dont étaient munis ces derniers n’avaient que peu de précision.
Les principales puissances étrangères avaient une artillerie d’une valeur à peu près équivalente à celle de l’artillerie française. L’Allemagne venait d’adopter, en 1873, un canon de 15 cm, en acier fretté, dont les principales caractéristiques étaient les suivantes :
Son obus ordinaire, pesant 35,5 kg et contenant une charge de 0,4 kg de poudre, était lancé avec une vitesse initiale de 485 mètres et pouvait atteindre 8500 mètres. Le shrapnel, pesant 39 kg, contenait 625 balles de plomb et était armé d’une fusée à durées.
A part ce canon, les pièces de siège en usage en Allemagne étaient soit en bronze ordinaire, soit en bronze mandriné.
Des propriétés de l’artillerie, on pouvait déduire comme bases de son emploi dans la guerre de siège les règles suivantes :
1° – Le tir sur des objectifs fixes bien repérés pouvait s’exécuter avec les canons longs de calibres voisins de 15 cm jusqu’à 8000 mètres.
2° – La bonne portée du tir contre les troupes exécutée au moyen des obus à balles était de 2500 à 3000 mètres.
3° – Le tir destiné à ruiner les abris de la fortification permanente et à faire brèche dans les escarpes n’était efficace que jusqu’à 1500 mètres environ
Après 1870, les dates les plus importantes dans l’histoire du matériel d’artillerie sont les suivantes :

1873. Adoption du matériel DE REFFYE :
Il se compose de canons en bronze et en acier mise au point par le Général Jean-Baptiste Auguste Philippe Dieudonné Verchère De Reffye. Ces bouches à feu de 5, de 7 et de 138 millimètres, se chargeant par la culasse, tirent avec des gargousses à culot métallique, des obus munis de ceintures de cuivre. Ceux-ci éclatent au sol au moyen de fusées percutantes qui permettent le réglage méthodique du tir par observation des coups.
1875. La première bouche à feu en acier fut le canon de 95 (modèle LAHITOLLE), portée 7000 mètres. Le frettage, préconisé depuis 1850 par le Colonel Treuille de Beaulieu, donne aux bouches à feu la résistance nécessaire pour utiliser toute la force des nouvelles poudres noires Castan dont la progressivité est obtenue en donnant aux grains des épaisseurs et des formes appropriées.
1877 – Le matériel De Bange est substitué au matériel De Reffye.

Le système d’artillerie De Bange présente une unité très marquée et comprend :
- des canons de campagne de 80 et 90 millimètres.
- des canons de siège et place :
- Long : de 120 millimètres (1878), 155 millimètres (1877) tirant des obus en fonte.
- Court : de 155 millimètres (1881) tirant des obus en fonte.
- Mortier : de 220 millimètres (1880) tirant des obus en fonte et de 270 millimètres (1885) tirant des obus en fonte.
1883. Construction de l’obus à mitraille, à enveloppe d’acier, pouvant éclater en un point quelconque de sa trajectoire au moyen de fusées à double effet nécessitant un réglage.
Déjà les matériels de 1858 et De Reffye tiraient des obus en fonte, à parois épaisses et ne contenant par suite qu’un petit nombre de balles. Dès 1803, un officier anglais nommé Schrapnel avait eu l’idée de placer dans un obus sphérique un mélange de balles et de poudre, d’où le nom de Schrapnel donné, à l’étranger, aux obus à balles.
En 1883, les affûts rigides De Bange de 155 et de 120 long sont munis d’un frein hydraulique destiné à limiter leur recul sur plateforme de siège.
1884. M. VIEILLE invente la poudre B (poudre sans fumée).
Les conséquences de cette poudre sont la possibilité du tir masqué et les recherches sur le pointage indirect. De plus, ces poudres, plus fortes, permettent d’augmenter la portée des pièces.
1886 Découverte de la mélinite et adoption des obus allongés, en acier à grande capacité d’explosif.
Conséquence : transformation de nos ouvrages fortifiés.
1890. Adoption d’un matériel d’artillerie lourde de campagne, à tir très courbe : 120 et 155 court, modèle 1890 (système BAQUET). Ce matériel comporte un lien élastique entre le canon et l’affût (précurseur du 75).
1893 – 1897 Adoption de l’affût-truck Peigné-Canet sur voie de 60 pour canons de 155 C et de 120 L (en vue de la défense des places) (précurseur de l’artillerie lourde sur voie ferrée).
1897. L’adoption du canon de 75 marque une date dans l’histoire des matériels de l’Artillerie. Premier canon de campagne à tir rapide, à lien élastique entre le canon et l’affût. Parmi les officiers d’artillerie qui ont mis au point ce matériel, il faut retenir les noms suivants : DEPORT ; SAINTECLAIRE-DEVILLE.
1904. L’obusier de 155 C. T. R. (155 court à tir rapide système RIMAILHO) remplace le matériel modèle 1890.

1912. Le Commandant FILLOUX améliore le 155 court De Bange en le montant sur un affût à châssis comportant un lien élastique (155 court modèle 1881-1912).
1913. Adoption du canon 105 SCHNEIDER pour contrebattre l’artillerie et tirer sur les communications ennemies, portée 12 kilomètres. Il ne sera construit qu’au cours de la guerre.

