Des canons de 24 cm modèle 1870 sur affûts modèle 1888 non amélioré à la batterie de Ganh Ray au cap Saint-Jacques Vũng Tàu au Vietnam. VAUBOURG Julie

Les pièces d’artillerie de 1874 à 1914

Liste des différentes pièces d’artillerie de l’armée française. Les différents armements listés ci-dessous ont été utilisés par les différents services de l’Artillerie française (Artillerie de campagne, de montagne, de siège, de place et de côte) et dans les fortifications du système Séré de Rivières entre 1874 et 1914.

Les pièces d’artillerie destinées à l’armement entre 1874 et 1914 des places terrestres et maritimes sont les suivantes:

– Pour le tir de plein fouet contre:

Les obstacles résistants

Les obstacles légers et le personnel

Les obstacles légers et le personnel à petites distances

Le personnel seulement

– Pour le tir sous les grands angles de projection:

– Matériels spéciaux:

Les grandes dates de l’artillerie avant la Grande Guerre

Afin de mieux apprécier l’état actuel du matériel d’Artillerie, nous indiquons brièvement ci-après quelques dates importantes de son histoire.

Du XIV – au XVIIe siècle. L’artillerie française se compose de bombardes et de canons en bronze foré, tirant des boulets de pierre, puis de fer, de calibres et de formes variés au gré de chaque prince, de chaque général ou de chaque fondeur. L’artillerie restant très lourde et peu mobile malgré la création de quelques affûts roulants. Elle n’a dans la bataille qu’une importance secondaire. Elle est surtout utilisée dans l’attaque des places fortes.

En 1732, Vallière tente un effort vers l’unification des calibres. Il conserve seulement :

  • 5 canons : le 4, le 8, le 12, le 10, le 24 (livres).
  • 2 mortiers : de 8 et de 12 (pouces).

Jusqu’à l’adoption des armes rayées, le calibre est représenté :

  • Pour les canons, par le poids du boulet, en livres.
  • Pour les mortiers, il est désigné par le diamètre en pouces.

On retrouvera en France, jusqu’après 1870, quelques-uns de ces calibres (le 4, le 8, le 12). D’autre part, la mobilité est améliorée et son importance n’échappa pas au Maréchal de Saxe qui fit adopter les pièces de 4, ni à Frédéric II, qui dut une partie de ses succès à l’emploi de batteries à cheval où tout le personnel était monté.

Canon de 8 de campagne système Gribeauval au musée de l'artillerie à Draguignan. VAUBOURG Julie
Canon de 8 de campagne système Gribeauval au musée de l’artillerie à Draguignan. VAUBOURG Julie

1772 Gribeauval. Mais il faut arriver jusqu’à Gribeauval, inspecteur général de l’artillerie sous Louis XVI, pour voir adopter un véritable système d’artillerie, c’est-à-dire un ensemble de matériels répondant à une même conception, où les calibres sont répartis d’une façon rationnelle suivant les services demandés aux différentes bouches à feu. C’est à partir de cette époque que furent nettement séparées : l’artillerie de campagne, les artilleries de siège, de place, et de côte. En même temps, l’uniformité du matériel dans toutes ses parties est rendue obligatoire, ce qui simplifie le problème des réparations et des approvisionnements des pièces de rechange.

Le matériel Gribeauval sera en service, avec quelques modifications de détail seulement, pendant toutes les guerres de la Révolution et de l’Empire. Il comprend : 4 pièces lisses, en bronze, se chargeant par la bouche et 3 canons (pièces longues).

Puissance. L’efficacité du projectile est faible.

Les canons tirent des boulets pleins ou des bottes à mitraille. Les obusiers seuls emploient des boulets creux ou obus.

Le boulet, à trajectoire tendue, ricoche en touchant le sol et renverse tous les hommes d’une file. Le tir est relativement rapide (1 coup par minute) et précis, grâce à l’adoption d’une hausse et d’une vis de pointage. Mais les portées efficaces sont faibles : de 600 mètres pour les canons de 4, à 1000 mètres pour ceux de 12.

La boite à mitraille, est un cylindre en métal mince qui envoie en gerbe, jusqu’à 600 mètres, les balles dont il est rempli. Plus meurtrière que le boulet, elle est employée dans les dernières phases de la bataille, pour l’attaque décisive, avec une vitesse de tir de 2 à 5 coups à la minute.

L’obus éclate au point de chute sous l’action d’une charge intérieure de poudre enflammée par une fusée rudimentaire. Celle-ci est allumée par une mèche ou par les flammes de la charge. L’obus agit par sa masse et par 30 ou 40 éclats efficaces dans un rayon de 20 mètres, son effet moral est très grand.

Mobilité. Si la puissance du matériel est faible, sa mobilité, en revanche, est relativement grande. Montées sur des affûts très roulants, les voitures sont en général plus légères que celles des canons du 75. Un canon pèse de 1000 kilogrammes (pour le 4) à 2000 kilogrammes (pour le 12); un caisson, portant de 50 à 150 coups suivant le calibre, pèse de 1500 à 1800 kilogrammes.

Mais sur ces voitures, trainées facilement par 4 ou 6 chevaux attelés à 2 de front, aucune place n’est prévue pour transporter les servants. Par suite, les mouvements de l’artillerie doivent se faire presque toujours au pas.

La capacité manœuvrière de l’artillerie est d’ailleurs diminuée par le fait que les pièces sont attelées et conduites par des charretiers civils aux gages d’un entrepreneur. Le Premier Consul les remplacera en 1800 par les soldats du train d’artillerie.

Dès la Restauration, l’expérience acquise au cours des dernières campagnes est mise à profit dans le système VALÉE (1827), caractérisé par l’accroissement de la mobilité (servants assis sur les coffres de l’avant-train), amélioration de la réunion des avant-trains et des arrière-trains par la substitution du système à suspension au système à contre-appui.

Un canon de 12 livres sur affût de Siège au musée des Invalides. VAUBOURG Cédric
Un canon de 12 livres sur affût de Siège au musée des Invalides. VAUBOURG Cédric

1858 l’Artillerie rayée et l’obus cylindro-ogivaux. Ce n’est qu’en 1858 que nous utilisons les résultats importants donnés par les études faites depuis plusieurs années sur la balistique et particulièrement sur la résistance de l’air au mouvement des projectiles. Ces études conduisent à l’adoption des obus cylindro-ogivaux tirés dans des canons rayés.

Les capitaines Tamisier et Treuille de Beaulieu proposent un matériel se chargeant par la culasse. On ne croit pas devoir adopter cette autre innovation, et le premier système d’artillerie rayée française (matériel de la Ritte, modèle 1858) comporte des pièces anciennes, en bronze, rayées, de calibres 4, 8, 12 de campagne (12 et 24 de siège et place), tirant des obus munis de deux séries d’ailettes en zinc qui assurent la rotation du projectile en passant dans les rayures.

C’est avec ce matériel que nous faisons la guerre de 1870-1871.

Pendant le conflit, les Allemands utilisent des canons de campagne de 4 et de 6, en acier, se chargeant par la culasse et d’une portée efficace de 2500 à 3000 mètres. Contre nos adversaires, nous ne pouvons lutter qu’avec un matériel moins puissant dont les projectiles, par suite d’un système défectueux de fusées, n’éclatent qu’à 1500 mètres.

Etat de l’artillerie après la guerre de 1870-1871

Après la guerre, la question de la transformation de l’artillerie fut mise à l’ordre du jour. On adopta d’abord provisoirement le matériel de Reffye (canons en bronze de 5, de 7 et de 138 se chargeant par la culasse, les derniers provenant de la transformation de vieilles pièces de 16) en attendant la mise en service d’un matériel en acier, pour la création duquel des expériences étaient entreprises.

En 1874, date du début de la réorganisation de nos places, on venait de fixer les calibres à adopter avec l’arrivée de nouveaux canons mis au point par De Bange et Lahittole. A savoir : les canons de petits calibre de 80, 90 et 95, les canons longs de 120 et de 155, et les mortiers de 220 et de 270. Les propriétés que devaient présenter ces nouvelles pièces étaient à peu près connues.

« Il ne semble pas » dit le Rapport du 9 Mai 1874, « que l’on puisse attendre des études qui se font actuellement dans le service de l’artillerie d’avoir des portées efficaces supérieures à 8 kilomètres ». Ces prévisions devaient être confirmées par l’expérience.

Comme projectiles, on employait alors des obus ordinaires, pour le tir contre le matériel, les épaulements et les abris, et des obus à balles ou shrapnels pour le tir contre des troupes et contre le personnel des batteries. Les fusées à durées dont étaient munis ces derniers n’avaient que peu de précision.

Les principales puissances étrangères avaient une artillerie d’une valeur à peu près équivalente à celle de l’artillerie française. L’Allemagne venait d’adopter, en 1873, un canon de 15 cm, en acier fretté, dont les principales caractéristiques étaient les suivantes :
Son obus ordinaire, pesant 35,5 kg et contenant une charge de 0,4 kg de poudre, était lancé avec une vitesse initiale de 485 mètres et pouvait atteindre 8500 mètres. Le shrapnel, pesant 39 kg, contenait 625 balles de plomb et était armé d’une fusée à durées.
A part ce canon, les pièces de siège en usage en Allemagne étaient soit en bronze ordinaire, soit en bronze mandriné.

Des propriétés de l’artillerie, on pouvait déduire comme bases de son emploi dans la guerre de siège les règles suivantes :
1° – Le tir sur des objectifs fixes bien repérés pouvait s’exécuter avec les canons longs de calibres voisins de 15 cm jusqu’à 8000 mètres.
2° – La bonne portée du tir contre les troupes exécutée au moyen des obus à balles était de 2500 à 3000 mètres.
3° – Le tir destiné à ruiner les abris de la fortification permanente et à faire brèche dans les escarpes n’était efficace que jusqu’à 1500 mètres environ

Après 1870, les dates les plus importantes dans l’histoire du matériel d’artillerie sont les suivantes :

Dessin 3D d’un canon de 138 sur affût à soulèvement. Dessin Jean-Pierre Zedet
Dessin 3D d’un canon de 138 sur affût à soulèvement. Dessin Jean-Pierre Zedet

1873. Adoption du matériel DE REFFYE :

Il se compose de canons en bronze et en acier mise au point par le Général Jean-Baptiste Auguste Philippe Dieudonné Verchère De Reffye. Ces bouches à feu de 5, de 7 et de 138 millimètres, se chargeant par la culasse, tirent avec des gargousses à culot métallique, des obus munis de ceintures de cuivre. Ceux-ci éclatent au sol au moyen de fusées percutantes qui permettent le réglage méthodique du tir par observation des coups.

1875. La première bouche à feu en acier fut le canon de 95 (modèle LAHITOLLE), portée 7000 mètres. Le frettage, préconisé depuis 1850 par le Colonel Treuille de Beaulieu, donne aux bouches à feu la résistance nécessaire pour utiliser toute la force des nouvelles poudres noires Castan dont la progressivité est obtenue en donnant aux grains des épaisseurs et des formes appropriées.

1877 – Le matériel De Bange est substitué au matériel De Reffye.

Une pièce de 120 long De Bange sur une batterie d'artillerie du plateau de la Justice - Lionel PRACHT
Une pièce d’artillerie de 120 long De Bange sur une batterie d’artillerie du plateau de la Justice – Lionel PRACHT

Le système d’artillerie De Bange présente une unité très marquée et comprend :

  1. des canons de campagne de 80 et 90 millimètres.
  2. des canons de siège et place :

1883. Construction de l’obus à mitraille, à enveloppe d’acier, pouvant éclater en un point quelconque de sa trajectoire au moyen de fusées à double effet nécessitant un réglage.

Déjà les matériels de 1858 et De Reffye tiraient des obus en fonte, à parois épaisses et ne contenant par suite qu’un petit nombre de balles. Dès 1803, un officier anglais nommé Schrapnel avait eu l’idée de placer dans un obus sphérique un mélange de balles et de poudre, d’où le nom de Schrapnel donné, à l’étranger, aux obus à balles.

En 1883, les affûts rigides De Bange de 155 et de 120 long sont munis d’un frein hydraulique destiné à limiter leur recul sur plateforme de siège.

1884. M. VIEILLE invente la poudre B (poudre sans fumée).

Les conséquences de cette poudre sont la possibilité du tir masqué et les recherches sur le pointage indirect. De plus, ces poudres, plus fortes, permettent d’augmenter la portée des pièces.

1886 Découverte de la mélinite et adoption des obus allongés, en acier à grande capacité d’explosif.

Conséquence : transformation de nos ouvrages fortifiés.

1890. Adoption d’un matériel d’artillerie lourde de campagne, à tir très courbe : 120 et 155 court, modèle 1890 (système BAQUET). Ce matériel comporte un lien élastique entre le canon et l’affût (précurseur du 75).

1893 – 1897 Adoption de l’affût-truck Peigné-Canet sur voie de 60 pour canons de 155 C et de 120 L (en vue de la défense des places) (précurseur de l’artillerie lourde sur voie ferrée).

1897. L’adoption du canon de 75 marque une date dans l’histoire des matériels de l’Artillerie. Premier canon de campagne à tir rapide, à lien élastique entre le canon et l’affût. Parmi les officiers d’artillerie qui ont mis au point ce matériel, il faut retenir les noms suivants : DEPORT ; SAINTECLAIRE-DEVILLE.

1904. L’obusier de 155 C. T. R. (155 court à tir rapide système RIMAILHO) remplace le matériel modèle 1890.

Un mortier de 220 modèle 1901 sur plateforme et châssis métallique. Lionel PRACHT
Un mortier de 220 modèle 1901 sur plateforme et châssis métallique. Lionel PRACHT

1912. Le Commandant FILLOUX améliore le 155 court De Bange en le montant sur un affût à châssis comportant un lien élastique (155 court modèle 1881-1912).

1913. Adoption du canon 105 SCHNEIDER pour contrebattre l’artillerie et tirer sur les communications ennemies, portée 12 kilomètres. Il ne sera construit qu’au cours de la guerre.

Artillerie 1874 à 1914 Canon de 120 De Bange Canon de 138 de Reffye et canon révolver Hotchiss de 40 mm
Artillerie 1874 à 1914 Canon de 120 De Bange Canon de 138 de Reffye et canon révolver Hotchiss de 40 mm Dessin Jean-Pierre Zedet