Une galerie du magasins de secteur de la Renarderie à Verdun. VAUBOURG Cédric

Les magasins de l’Artillerie extérieurs.

Après la crise de l’obus torpille en 1885, on installe dans les places fortes les plus exposées, des magasins de l’Artillerie extérieurs ou magasins à munitions qui servent à décentraliser les magasins de l’Artillerie des forts et à stocker les munitions des batteries d’artillerie.  En 1914, il existe quatre modèles de magasins extérieurs placés par ordre croissant d’importance en munitions (magasins de batterie, dépôts intermédiaires, magasins de secteur et magasins centraux). Le tout est relié au réseau militaire de voie de 60 dans les 4 places de l’Est (Verdun, Toul, Epinal et Belfort) ou aux chemins stratégiques dans les autres places afin de faciliter le transport des munitions.

Ces magasins seront aussi utilisés dans les ouvrages de la défense des côtes, pour approvisionner les batteries côtières.

Les magasins de batterie.

Les magasins de batterie sont situés dans la batterie d’artillerie même ou dans son voisinage immédiat. Dans ce dernier cas, ils sont en relation avec elle par une communication défilée et tracée de manière à ne pouvoir être prise d’enfilade. Cette configuration se retrouve aussi dans les batteries côtières.

Ordinairement, ils consistent en des constructions à l’épreuve, on en rencontre pourtant en maçonnerie ordinaire.

  • Les magasins de batterie à l’épreuve sont de deux types :

Les magasins de batterie sous-roc

Ils sont construits sous le-roc, lorsque la nature et les formes du sol s’y prêtent. Ils consistent alors en 2 pièces, l’une réservée aux gargousses, l’autre aux projectiles, réunies par un couloir sur lequel est branchée perpendiculairement la galerie d’accès. Dans le couloir existent des niches pour les détonateurs et les fusées.

Les magasins de batterie bétonnés

Les magasins de batterie construits en béton comprennent aussi 2 pièces débouchant dans un couloir où on ménage un petit atelier de modification des charges et des niches. Les murs de fond et latéraux sont en béton armé et ont 1,5 mètres d’épaisseur, le mur de façade de 1 mètre est en béton spécial. Les murs intérieurs sont en maçonnerie ordinaire. L’ensemble est recouvert par une dalle de 1,35 mètres d’épaisseur et repose souvent sur un radier général, pour éviter d’enfoncer trop profondément les fondations.

  • Les magasins de batterie en maçonnerie ordinaire

On a quelquefois construit des magasins de batterie en maçonnerie ordinaire quand on a pu les soustraire complètement aux vues lointaines grâce à des bois ou des plis de terrain.

On les a alors organisés comme l’indique le plan d’un magasin de batterie sous roc ou mieux encore on les a constitués par une série de niches fermées par des portes en tôle et séparées entre elles par un intervalle suffisant pour qu’un accident arrivé à l’une d’elles ne compromette pas ses voisines.

Les dépôts intermédiaires

Plan du dépôt intermédiaire de Dogneville  place d'Epinal - VAUBOURG Cédric
Plan du dépôt intermédiaire de Dogneville place d’Epinal. VAUBOURG Cédric

Les dépôts intermédiaires sont installés dans les mêmes conditions que les magasins de batterie à l’épreuve.

Ils servent de relais entre les magasins de secteur et les batteries d’artillerie pour stocker la moitié des munitions des magasins des batteries d’artillerie, car ceux-ci étant trop exposés aux bombardements.

En théorie, chaque dépôt peut contenir de 100 à 200 coups par pièce, il s’agit des réserves en munitions confectionnées auxquelles on devait faire appel dans le cas où le ravitaillement normal par voie de 60 ou chemin stratégique ne pouvait être assuré.

La grande chambre de stockage du dépôt intermédiaire de Beau site à Epinal VAUBOURG Cédric
La grande chambre de stockage du dépôt intermédiaire de Beau site à Epinal. VAUBOURG Cédric

Ces dépôts sont souvent creusés sous le roc à flanc de colline, mais si la nature du sol ou la configuration du terrain n’est pas favorable, ces magasins sont bétonnés par une dalle de béton armé de 1,7 m d’épaisseur recouverte d’une couche de terre.

Plan type des dépôt intermédiaire de Verdun - VAUBOURG Cédric
Plan type des dépôts intermédiaires de Verdun. VAUBOURG Cédric

Chaque dépôt intermédiaire possède en fonction de son importance les locaux suivants :

  • Magasins aux projectiles chargés ordinaires.
  • Magasins aux projectiles à mélinite.
  • Ateliers de chargement.
  • Ateliers d’amorçage.
  • Dépôts de fusées.
  • Niches aux détonateurs.

Les magasins de secteur

Plan type d'un magasin de secteur de la place forte de Verdun - VAUBOURG Cédric
Plan type d’un magasin de secteur de la place forte de Verdun. VAUBOURG Cédric

Les magasins de secteur sont établis souterrainement ou construits en béton de ciment. La première solution a été généralement employée.

Si les locaux sont creusés dans de la terre argileuse, ils doivent être recouverts d’au moins 15 mètres de terre verticalement et entourés dans tous les azimuts de 20 mètres de terre mesurés horizontalement.

On peut se contenter des épaisseurs correspondantes de 6 mètres et 10 mètres dans le roc vif et de 10 mètres et 15 mètres dans le roc sablonneux.

Les couloirs d’accès doivent être protégés à leur origine par une voûte à l’épreuve en béton de ciment qui se prolonge jusqu’au point où l’épaisseur du massif protecteur atteint les dimensions indiquées ci-dessus.

D’une manière générale, un magasin de secteur comprend deux séries de locaux :

  • Ceux destinés au temps de guerre établis souterrainement
  • Ceux du temps de paix comprenant de simples hangars ou des baraques qui peuvent être utilisés pendant le siège, tant qu’on n’aura pas à redouter de projectiles ennemis.
Plan du magasin de secteur de la Louvroie place d'Epinal - VAUBOURG Cédric
Plan du magasin de secteur de la Louvroie place d’Epinal. VAUBOURG Cédric

Les magasins et ateliers du temps de guerre comprennent :

  • Un magasin à poudre, avec vestibules dont les ouvertures ne sont pas en regard les unes des autres, pour se garantir du souffle des projectiles.
  • Un atelier de chargement des gargousses avec un vestibule. Un dépôt de gargousses chargées.
  • Un atelier de chargement des obus ordinaires (le chargement des projectiles à la mélinite est fait dès le temps de paix, dans des ateliers spéciaux).
  • Un dépôt de projectiles chargés.
Les trois entrées du temps de guerre du magasin de secteur de la Louvroie à Epinal. VAUBOURG Julie
Les trois entrées du temps de guerre du magasin de secteur de la Louvroie à Epinal. VAUBOURG Julie

On accède dans les locaux souterrains au moyen de deux ou trois galeries qui sont réunies entre elles, à quelque distance de leur origine, par une galerie transversale. Le service pourrait donc être encore assuré, si l’une des entrées était détruite.

Une galerie du magasins de secteur de la Renarderie à Verdun. VAUBOURG Cédric
Une galerie du magasin de secteur de la Renarderie à Verdun. VAUBOURG Cédric

Deux niches ménagées dans la galerie transversale reçoivent les fusées et les détonateurs.

La chambre aux poudres est constituée par une galerie de 6 mètres de largeur, voûtée en plein cintre et ayant 4m50 de hauteur sous clef. En terrain ordinaire elle est revêtue par une maçonnerie hydraulique de 1 mètre d’épaisseur au moins.

Les poudres sont renfermées dans des caisses étanches en cuivre, de forme cubique, ayant 0,50 mètre de côté.

Une caisse à poudre étanche en cuivre utilisée dans les magasins des forts modernisés. VAUBOURG Julie
Une caisse à poudre étanche en cuivre utilisée dans les magasins des forts modernisés. VAUBOURG Julie

Chacune contient 75 kg de poudre et comme leur étanchéité est parfaite, il n’est pas nécessaire comme avant 1885 de prendre des précautions spéciales pour assurer la sécurité du magasin.

Les récipients sont engerbés de part et d’autre d’une allée centrale de 1 mètre de largeur, sur toute la hauteur et la largeur disponibles.

Une chambre de 12 mètres de longueur et 6 mètres de largeur peut contenir 100 tonnes de poudre.

Les magasins et ateliers du temps de paix comprennent, en général, 3 bâtiments situés dans une cour fermée, sur laquelle s’ouvrent les galeries d’accès des locaux du temps de guerre. Dans cette cour pénètre une voie ferrée de 60 cm de large rattachée au réseau général des voies de 60 (seulement pour les quatre places fortes de l’est).

Le baraquement du temps de paix du magasin de secteur de la Louvroie à Epinal. VAUBOURG Julie
Le baraquement du temps de paix du magasin de secteur de la Louvroie à Epinal. VAUBOURG Julie

Le bâtiment central est un hangar aux projectiles vides. L’un des bâtiments latéraux comprend :

  • Un atelier de chargement de gargousses
  • Un dépôt de poudre de consommation et un dépôt de gargousses chargées.

L’autre renferme :

  • Un atelier de chargement de projectiles
  • Un dépôt de poudre de consommation et un dépôt de projectiles chargés.

Un local à l’épreuve est établi à proximité du magasin. Il sert de corps de garde pour le temps de guerre et peut être utilisé dans le même but en temps de paix.

Lorsque les formes du sol ou la présence de couches aquifères ne permettent pas l’établissement de locaux souterrains, on a recours à des constructions à l’épreuve entièrement ou partiellement au-dessus du sol.

Leur organisation est analogue à celle qui vient d’être décrite.

Les magasins centraux

Les magasins centraux se situent à l’intérieur de la place dans ce que l’on appelle « le noyau central », pour qu’ils soient le plus possible à l’abri des bombardements. Ils contiennent tout l’approvisionnement de la place et ils sont équipés de plusieurs locaux pour confectionner et stocker les munitions.

En 1914, il existe deux types de magasins centraux :

Les magasins centraux en maçonnerie

Plan des magasins à poudre A et b du Vallon à  Belfort - VAUBOURG Cédric
Plan des magasins à poudre A et B du Vallon à Belfort – VAUBOURG Cédric

Les magasins centraux en maçonnerie sont des magasins à poudre modèle 1874 identiques à ceux des forts construits avant 1885. Ils permettaient de stocker la poudre noire du noyau central avant la crise d l’obus torpille. Après cette crise, ces magasins sont utilisés uniquement en temps de paix, car les munitions sont transférées à la mobilisation dans des magasins à poudre sous roc pour éviter tout accident en cas de bombardements.

Les magasins centraux sous roc

Plan du magasin central de Beau Désir place d'Epinal - VAUBOURG Cédric
Plan du magasin central de Beau Désir place d’Epinal. VAUBOURG Cédric

Les magasins à poudre sous-roc sont construits après la crise de l’obus torpille afin d’abriter tous les types de munitions que la place a besoin. Ces magasins comprennent des locaux analogues à ceux des magasins de secteur et sont disposés comme eux ainsi que des ateliers de réparation du matériel.

Répartion des munitions des places fortes de première catégorie après 1911

Dotation des places en munitions. Le nombre de coups coups prévu par pièce est d’environ :

Répartition de l’approvisionnement.

Chaque secteur doit, en principe, être doté de magasins suffisants pour assurer le ravitaillement en munitions des troupes qui concourent à sa défense. Dans les Forts, les approvisionnements sont constitués pour la durée présumée du siège.

L’échelonnement des munitions est le suivant :

  • 1º Niches des Batteries, à proximité immédiate des pièces : munitions immédiatement nécessaires.
  • 2 º Magasins de batterie pouvant alimenter jusqu’ 3 batteries d’artillerie, placé dans les batteries ou à proximité : 1 jour de feu (50 à 100 coups par pièce).
  • Dépôts intermédiaires (réserve qui ne doit être employée qu’en cas d’absolue nécessité): 2 jours de feu (100 à 200 coups par pièce).
  • Magasins de secteurs : 2 jours de feu (100 à 200 coups par pièce)
  • Magasins centraux : 300 à 500 coups par pièce de l’Armement de mobilisation, plus l’approvisionnement des Batteries mobiles et des pièces du Noyau central, ainsi que les munitions de l’armement disponible non réparti dans les secteurs d’attaque.

En dehors de cet échelonnement, les magasins des forts renferment les munitions des canons sous tourelles et des pièces de défense propre et de flanquement, ainsi que les munitions des pièces de gros calibre, à ciel ouvert, conservées dans le Fort au début du siège.

Eclairage des magasins de lArtillerie extérieurs

Les magasins à poudre et les ateliers de chargement extérieurs sont éclairés comme les magasins de l’Artillerie des forts au moyen de lampes électriques ou de lampes à l’huile.

Une baie équipée d'un diagramme en bronze au magasin central de la citadelle de Verdun. VAUBOURG Julie
Une baie équipée d’un diagramme en bronze au magasin central de la citadelle de Verdun. VAUBOURG Julie
Lanterne d'Artillerie de sûreté à l’huile. Jean-Claude PELLICIER
Lanterne d’Artillerie de sûreté à l’huile. Jean-Claude PELLICIER

Les premières sont de 10 bougies. On les alimente au moyen d’une dynamo qu’actionne un moteur à vapeur ou à pétrole placé dans un local à l’épreuve. Le tableau de distribution est installé dans une niche aménagée dans la paroi du couloir d’entrée.

Les conducteurs sont constitués par des câbles isolés protégés par des tuyaux en cuivre ou en laiton, logés d’une manière apparente dans des rainures de la maçonnerie.

Les ampoules sont contenues :

  • Dans des lanternes circulaires lorsque les lampes sont fixées à la clef de la voûte.
  • Dans des lanternes appliques lorsqu’elles sont placées contre une paroi verticale.

La chambre aux poudres est éclairée au moyen de lampes installées dans le vestibule, en face de la porte. Dans les communications ou les ateliers de chargement et d’amorçage, les lampes sont fixées à la clef de la voûte. Cet éclairage est parfois alimenté au moyen de batteries.

L'emplacement d'une lampe de sûreté dans la galerie transversale derrière une baie en bronze au magasin de secteur de l'Infernet à Briançon. VAUBOURG Cédric
L’emplacement d’une lampe de sûreté dans la galerie transversale derrière un diagramme en bronze au magasin de secteur de l’Infernet à Briançon. VAUBOURG Cédric

L’éclairage à l’huile se fait au moyen :

Une cage à applique en laiton du type Artillerie pour l'éclairage des galeries sur sa planche en bois au magasin de secteur de Saint-Fons à Lyon VAUBOURG Julie
Une cage à applique en laiton du type Artillerie pour l’éclairage des galeries sur sa planche en bois au magasin de secteur de Saint-Fons à Lyon VAUBOURG Julie
  • De lampes de sûreté pour les chambres à poudre ou leurs vestibules, pour les ateliers de chargement et les dépôts de gargousses.
  • De lanternes avec cages-appliques pour les autres locaux, et enfin de lanternes portatives pour pénétrer dans quelconque des locaux lorsque les appareils fixes ne sont pas allumés.
Une chambre de stockage et l'emplacement d'une lampe de sûreté derrière un diagramme en bronze d'une chambre de stockage au magasin de secteur de l'Infernet à Briançon. VAUBOURG Cédric
Une chambre de stockage et l’emplacement d’une lampe de sûreté derrière un diagramme en bronze d’une chambre de stockage au magasin de secteur de l’Infernet à Briançon. VAUBOURG Cédric

La lampe de sûreté, éclaire la chambre aux poudres, et est placée dans la paroi du vestibule opposée à la porte d’entrée de la chambre. On la met en place en fonction des magasins de l’extérieur ou de l’intérieur du vestibule. La lampe éclairant les ateliers de chargement est placée dans une niche ménagée dans la paroi qui les sépare de leurs vestibules et qui s’ouvre seulement depuis ceux-ci.