Un canon de 155 long dans la tourelle Buissière du fort de Souville à Verdun. VAUBOURG Cédric

La tourelle Bussière est la première tourelle à éclipse française. Elle est proposée pour la défense des fortifications terrestres après la crise de l’obus torpille afin d’être comparée à la tourelle tournante de Saint-Chamond lors des expériences au Camp de Châlons en 1887. Cette tourelle est construite par les compagnies Five et Lille en collaboration avec les sociétés Chatillon et Commentry sur le principe qui a été posé par le Commandant Bussière en 1871 et 1872 et qui a pour objet de permettre, au moyen de dispositions spéciales, de soustraire l’ouvrage aux coups de l’ennemi en l’éclipsant pendant les périodes d’inaction.

Ainsi que cet officier l’a exposé dans son étude, l’ensemble de la tourelle et de son armement repose sur une presse hydraulique lui tenant lien de pivot. Dans les intervalles du combat, elle se trouve descendue au centre du puits dont une avant-cuirasse ou margelle en fonte dure protège le bord supérieur, son toit blindé affleurant le sol. Elle est ainsi protégée des coups de l’assiégeant qui ne peut l’atteindre qu’en vain par des obus ou des bombes, incapables de pénétrer, dans leur chute verticale, l’épaisseur de son plafond en acier laminé.

Pour faire feu de ses pièces au moment voulu, la tourelle est mise rapidement dans sa position de combat, sous l’action de sa presse hydraulique centrale qui la soulève et amène ses canons à la hauteur de leur plan normal de tir. Toutes les dispositions sont prises pour imprimer en même temps à l’ouvrage un mouvement de rotation autour de son axe vertical, un mouvement pendant lequel les canons tirent automatiquement dans la direction qui a été déterminée d’avance par un système de contacts orientés sur une circulaire concentrique graduée et rencontrés par des butoirs munis de touches de fermeture d’un circuit électrique aboutissant aux étoupilles de mise en feu.

Dans cette position de combat, les pièces et leurs servants sont protégés par l’épaisse cuirasse cylindrique en acier laminé dont la tourelle est pourvue et dans laquelle sont uniquement pratiquées les deux embrasures ayant les dimensions minimum absolu nécessitées par les inclinaisons du tir sur l’horizon. Dès que le rôle actif de ces bouches à feu est accompli, la tourelle est redescendue à sa position primitive et se trouve soustraite aux effets de destruction du tir ennemi.

Notice descriptive de la tourelle Bussière

Principales dimensions de la tourelle :

Les dimensions principales de la tourelle sont les suivantes :

  • Diamètre extérieur du cuirassement 5,25 m.
  • Diamètre intérieur moyen du cuirassement 4,35 m.
  • Epaisseur moyenne de la cuirasse 45 cm
  • Epaisseur moyenne du plafond 24cm.
  • Hauteur intérieure du cuirassement 1,1m.
  • Hauteur totale du cuirassement 1,34 m.

Cuirassement de la tourelle

La tourelle Bussière au camp de Châlon en 1887 et ses deux canons de 155 long modèle 1877. 
La tourelle Bussière au camp de Châlons en 1887 et ses deux canons de 155 long modèle 1877. 
Service Historique de la Défense Vincennes 2V177
La tourelle Bussière au camp de Châlons en 1887 et ses deux canons de 155 long modèle 1877. Service Historique de la Défense Vincennes 2V177

La partie cylindrique du cuirassement est constituée par 3 secteurs de métal mixte assemblés suivant des génératrices verticales à rainure et languette.

Le marquage du fabricant sur un des éléments de la cuirasse de la tourelle. VAUBOURG Julie
Le marquage du fabricant sur un des éléments de la cuirasse de la tourelle. VAUBOURG Julie

Le toit en fer est formé d’un disque en deux pièces ayant 4,8m de diamètre extérieur. Il repose sur le pourtour du cuirassement vertical, par des encastrements et des portées tournées et y est assujetti par de fortes vis disposées obliquement de manière à ne pas affaiblir la tranche supérieure de la muraille cylindrique.

La hauteur d’éclipse, c’est-à-dire la course verticale de la tourelle depuis sa position de combat jusqu’à celle du repos est de 810 mm.

Ossature de la tourelle

La cuirasse cylindrique repose sur une forte couronne en acier garnie de plomb qui assure une répartition bien égale du poids et atténue l’intensité des chocs. Cette couronne forme le bord supérieur d’une virole en tôlerie d’acier très épaisse, qui prolonge, pour ainsi dire, le cuirassement vers l’intérieur du puit. Cette virole est renforcée par des montants qui la relient à une partie centrale de forme carrée prolongée par le pivot inférieur proprement dit qui contient la presse hydraulique de soulèvement.

Vue d'ensemble sur la tourelle Bussière du fort de Souville et son mécanisme de rotation. VAUBOURG Cédric
Vue d’ensemble sur la tourelle Bussière du fort de Souville et son mécanisme de rotation. VAUBOURG Cédric

Des entretoisements horizontaux renforcent cette charpente entièrement en acier, celui du haut forme le plancher de la chambre de tir et reçoit les flasques des affûts des deux pièces de canon, qui de cette manière, sont entièrement isolés de la cuirasse.

Le guidage vertical est réalisé à la partie supérieure par une couronne de centrage munie de 48 galets à axes verticaux, scellée dans la maçonnerie du puits en dessous de la margelle et dans laquelle se meut la virole porte cuirasse. La partie inférieure du pivot glisse à frottement doux dans une lunette de centrage portée par un plancher métallique solidement encastré dans les maçonneries et qui porte également le plancher de service pour l’approvisionnement du tir.

L'étage intermédiaire de la tourelle Bussière dans la batterie cuirassée du fort de Souville à Verdun. VAUBOURG Cédric
L’étage intermédiaire de la tourelle Bussière dans la batterie cuirassée du fort de Souville à Verdun. VAUBOURG Cédric

Les galets directeurs de la couronne supérieure sont à centrage réglable, pour assurer la position rigoureusement verticale de la tourelle.

La partie inférieure du pivot mobile porte également un plancher circulaire qui forme, au centre du précèdent, une plateforme mobile tournant et montant avec la tourelle et relié à la chambre supérieure de tir par deux escaliers également solidaires du pivot.

Des baies convenablement ménagées dans le plancher supérieur permettent d’opérer facilement la sortie des pièces de canon, ainsi que des différentes parties des affuts et de leurs flasques qui sont démontables.

Une collerette en acier, à gorge, dont la position est réglable est placée au-dessus de la couronne de centrage à galets, sa face intérieure pourvue d’une gorge circulaire, ne laissant libre qu’un espace de un millimètre autour de la face extérieure de la virole porte cuirasse. Il en résulte un joint suffisamment étanche pour empêcher l’introduction des gaz extérieurs provenant de l’explosion des projectiles ennemis ou du tir des pièces de la tourelle.

Le poids total de la partie mobile de l’ouvrage, y compris le cuirassement, les pièces de canon, le personnel et les approvisionnements est d’environ 184000 kilogrammes.

Presse pivot

La presse pivot de la tourelle Bussière au sous sol de la batterie cuirassée du fort de Souville à Verdun. VAUBOURG Julie
La presse pivot au centre et le monte charges à droite de la tourelle Bussière au sous sol de la batterie cuirassée du fort de Souville à Verdun. VAUBOURG Julie

La partie mobile de la tourelle pesant près de 184 tonnes est supportée par une presse hydraulique dont le cylindre est solidaire de la partie inférieure du pivot en tôlerie et qui est mise en communication, à l’aide d’une tuyauterie convenablement disposée, avec un contrepoids accumulateur.

Le piston de cette presse, qui lui-même est un cylindre évidé intérieurement, repose par l’intermédiaire d’une béquille verticale terminée par des parties sphériques, sur le centre d’une plaque de fondation.

Il résulte de cette disposition une indépendance relative de la direction de l’axe du corps de la presse de soulèvement de celle des axes des guidages de la tourelle et, par suite, une garantie incontestable de la durée de la garniture étanche du pivot hydraulique ainsi qu’une très grande liberté dans les mouvements.

Calage de sûreté dans la position de combat

Le pivot hydraulique a pour but d’élever la tourelle de sa position de repos à celle de combat ou de la redescendre, mais dans ces deux situations, le calage en hauteur de l’appareil est assuré d’une manière indépendante, par les dispositifs suivants :

Au repos, l’extrémité supérieure du piston plongeur vient s’appliquer sur le fond de la presse de telle sorte que, toute la charge portant en ce point, il n’est plus nécessaire de maintenir le liquide intérieur en pression. On peut même l’évacuer, ce qui permet d’entretenir et de refaire au besoin la garniture du presse étoupes inférieur.

Dans la position de combat, le calage peut aussi être obtenu, si on le juge nécessaire, par une circulaire additionnelle inférieure de roulement. Cette circulaire comporte une garniture de boulets en acier, compris, d’une part, sous la circulaire ci-dessus et reposant d’autre part, sur un rail annulaire creux qui est entraîné avec la tourelle dans ses mouvements d’ascension et de descente.

Ce rail vient s’asseoir sur des galets à glissières reculés de part et d’autre du socle et que l’on amène en position par de petites presses hydrauliques, quand la tourelle est en haut de sa course. Par un léger mouvement de descente de la presse, le système vient reposer sur la circulaire à boulets, grâce à l’interposition des deux volets amovibles.

Le plus généralement, lorsqu’on se propose d’éclipser la tourelle peu d’instants après sa mise en batterie, on ne manœuvre pas les valets qui restent écartés et la tourelle, supportée par la pression de l’eau, reste dans une position invariable en hauteur, déterminée par la butée d’un rebord du piston sur un talon ménagé à cet effet dans le pot de presse.

Rotation de la tourelle

Au premier plan le cabestant pour la rotation manuelle de la tourelle Bussière au fort de Souvile à Verdun. VAUBOURG Julie
Au premier plan, le cabestan pour la rotation manuelle de la tourelle Bussière au fort de Souville à Verdun. VAUBOURG Julie

La rotation de la tourelle est produite à bras, à vapeur ou au moyen d’appareils hydrauliques. Le mouvement est transmis par des chaînes, à la jante de couronnes dentée, qui embrassent la base du pivot immédiatement au-dessous du plancher inférieur de guidage. Ces couronnes sont maintenues à cette hauteur par des galets fixés à la charpente du plancher et elles entrainent la tourelle, quelle que soit sa position en hauteur, par deux clavettes qui glissent dans des rainures verticales pratiquées dans l’épaisseur de la paroi du pivot, en suivant deux génératrices diamétralement opposées.

Contrepoids accumulateur et mouvement d’éclipse ou de mise en batterie

Le contrepoids accumulateur de la tourelle Bussière dans la batterie cuirassée au fort de Souville à Verdun. VAUBOURG Julie
Le contrepoids accumulateur de la tourelle Bussière dans la batterie cuirassée au fort de Souville à Verdun. VAUBOURG Julie

Cet appareil est destiné à équilibrer la majeure partie du poids de la tourelle et de son cuirassement, pour réduire au minimum le travail moteur à développer dans les manœuvres de mise en batterie et d’éclipse.

Il se compose d’un cylindre vertical mobile de 300 mm de diamètre intérieur, lesté par des rondelles de fonte pour constituer une charge de 67.800 Kilogrammes et reposant sur un piston différentiel dont la tige a 260 mm de diamètre. La partie inférieure de celle-ci est encastrée dans un socle fixé à la maçonnerie et l’ensemble de l’appareil est logé dans une chambre souterraine voisine du puits de la tourelle.

La tige du piston de l’accumulateur est creuse et met en communication l’intérieur du cylindre avec celui de la presse de soulèvement de la tourelle.

Un deuxième conduit, également compris dans la tige de ce piston est relié avec un appareil de manœuvre à soupapes, qui permet d’établir à volonté la communication entre ce conduit et le premier ou de le mettre à l’évacuation.

Il en résulte que le poids de la partie mobile de l’accumulateur est reporté, tantôt sur la surface entière du piston de 300 mm, tantôt sur la surface réduite de la tige de 260 mm de diamètre. La pression de l’eau qui y est contenue varie, suivant le cas, de 96 kg à 128 kg par centimètre carré.

Les efforts correspondants sur le piston de la presse de soulèvement de la tourelle sont ainsi de 159.500kg ou de 213.000kg à l’état statique.

  • Dans le premier cas, si la tourelle est en batterie, son poids l’emporte sur celui de l’accumulateur et elle s’éclipse.
  • Dans le deuxième cas, la tourelle étant éclipsée, elle monte en batterie sous l’action prépondérante de l’accumulateur.

La commande de ces manœuvres est faite d’un poste situé au niveau du plancher d’approvisionnement, au moyen de volants à manettes. La commande de la mise en place des valets de sûreté et de l’appareil de rotation hydraulique a également lieu de ce même poste

Les volants de manoeuvre de la tourelle Bussière et l'éclairage à bougie de secours au Camp de Châlon en 1887- Tous droits réservés
Les volants de manœuvre de la tourelle Bussière et l’éclairage à bougie de secours au Camp de Châlons en 1887- Service Historique de la Défense Vincennes 2V177

Ces mouvements ne se font pas sans consommation de travail. Celle-ci est mesurée par la perte en dehors des appareils d’une certaine quantité d’eau sous pression. Cette eau est injectée à nouveau dans les cylindres à la pression convenable par une pompe mue par une machine à vapeur d’une force de 7 à 8 chevaux.

Durée de la manœuvre.

La tourelle met 7 secondes pour monter, 2 secondes pour s’asseoir sur ses valets et 5 secondes pour redescendre.

Dispositions générales du puits de la tourelle et de son massif enveloppé

Plan de la tourelle Bussière du fort de Souville. VAUBOURG Cédric
Plan de la tourelle Bussière du fort de Souville. VAUBOURG Cédric

Les parois du puits cylindrique enveloppant tout ce dispositif sont en maçonnerie formée de béton de ciment et de meulière.

La partie supérieure est protégée par une margelle en fonte durcie ou en acier coulé, noyée à même le béton, cela se pratique d’ailleurs pour tous les ouvrages de cette nature, à cette différence près que la margelle est supportée par une couronne d’appui, de manière à ce que les secteurs restent en équilibre stable malgré les fêlures transversales produites sous l’action du tir ennemi.

La margelle est prolongée par un jupon en plaques de blindage cintrées et noyées dans le béton qui protègent les basses œuvres de la maçonnerie du puit.

Au-dessous de la margelle et sur la face supérieure de la couronne à galets, autour de la virole porte-cuirasse, règne de la une galerie circulaire dans laquelle on accède, de l’intérieur du puits, au moyen de deux hublots fermés par de solides couvercles en acier. On peut ainsi enlever de cette cavité les débris de toutes sortes projetés par le tir ennemi.

Des galeries d’accès pratiquées dans le massif font communiquer les étages inférieurs de la tourelle avec les magasins d’approvisionnement, et avec la chambre de la machinerie, dont la forteresse doit être pourvue pour la production de l’eau sous pression employée aux diverses manœuvres de l’engin, obtenues ainsi plus rapidement que celles exécutées à bras d’hommes.

Cette machine motrice est employée, en même temps à l’alimentation d’eau de la batterie cuirassée, à l’éclairage électrique et à la ventilation.

Approvisionnement des bouches à feu

Deux petits monte-charges, mus à bras, sont disposés à l’intérieur du pivot et correspondent chacun à l’une des pièces placées symétriquement à 47 cm du plan diamétral de la tourelle. Ils servent à élever les munitions à portée des pourvoyeurs, depuis le plancher inferieur, où elles sont amenées des magasins, jusqu’au niveau du plancher de la chambre de tir.

Le monte-charges utilisé pour monter les munitions des magasins aux sous-sol vers l'étage intermédiaire. VAUBOURG Cédric
Le monte-charges utilisé pour monter les munitions des magasins aux sous-sol vers l’étage intermédiaire. VAUBOURG Cédric

Les munitions sont élevées du sous-sol au niveau intermédiaire grâce à un autre monte charges.

Armement et affûts

Un canon de 155 long dans la tourelle Bussière du fort de Souville à Verdun. VAUBOURG Cédric
Un canon de 155 long dans la tourelle Bussière du fort de Souville à Verdun. VAUBOURG Cédric

L’armement consiste en deux canons de 155 long modèle 1877 montés sur un affût muni de freins hydrauliques limitant le recul à 30 cm et assurant le retour automatique des pièces en batterie.

L’affût présente un perfectionnement important sur celui de l’usine de Saint-Chamond. Les canons en effet tournent autour d’un axe horizontal situé non plus au-dessous de l’embrasure mais au milieu même de cette ouverture. Celle-ci atteint alors le minimum absolu et il est possible de placer à la volée des pièces un obturateur empêchant l’entrée à l’intérieur de la tourelle de la fumée et des gaz ou des éclats provenant des projectiles ennemis.

L’embrasure atteint le minimum absolu lorsque le canon tourne autour d’une droite rencontrant son axe en un point situé au milieu de la muraille cuirassée, le canon recule suivant son axe.

Pour produire une pareille obturation avec la tourelle Mougin, il faudrait placer une portière à l’intérieur du cuirassement.

La tourelle expérimentée avait un obturateur en corde assez défectueux. On lui substitua plus tard un obturateur en métal analogue à celui-ci.

Chaque canon est placé dans un berceau en deux pièces qui l’embrasse à hauteur des tourillons, et dans une bague formant obturateur et maintenant la volée. Il recule dans ces deux pièces. Celles-ci reposent sur un parallélogramme qui, oblige l’axe du canon à passer par le centre de l’embrasure.

Le berceau est guidé par des tenons qui pénètrent dans des rainures des flasques de l’affût.

Pointage

Le pointage est indirect.

Le pointage en hauteur s’effectue en agissant sur des soupapes commandant des presses hydrauliques qui déplacent les canons. L’eau sous pression nécessaire provient de celle contenue dans le mécanisme de l’éclipse. Cette eau sous pression permet donc d’effectuer toutes les manœuvres nécessaires pour la tourelle et remplace toute commande à bras. Cet affût permet de le pointer sous les angles compris entre – 5 et + 20° degrés pour une portée maximum de 7600 mètres.

Le pointage en direction s’obtient par la rotation de la tourelle. Ce mouvement peut, être réalisé soit à bras, soit directement avec la machine à vapeur, soit en utilisant l’eau sous pression au mécanisme de l’éclipse. Le mouvement est transmis au moyen de chaînes à une circulaire dentée fixée au pivot au moyen de clavettes rentrant dans une rainure verticale, de telle manière que la circulaire fait tourner la tourelle sans participer à son mouvement suivant la verticale.

L’orientement se lit sur une circulaire graduée fixe sur laquelle se déplace un index relié à la tourelle par un bras télescopique. C’est un bras formé de deux tubes se recouvrant en partie et capables en glissant légèrement l’un par rapport à l’autre de s’allonger et de suivre les déplacements de la tourelle.

Eclairage de la tourelle Bussière

La tourelle possède un éclairage électrique alimenté en électricité par une machine Grammes qui est couplée à la machine à vapeur et un éclairage de secours assuré par 15 des lanternes type de voiture à bougie .

Les résultats des expériences du camp de Châlons 1888

La tourelle Buissière au camp de Châlons en 1888 pendant les tirs. 
Service Historique de la Défense Vincennes 2V177
La tourelle Buissière au camp de Châlons en 1888 pendant les tirs.
Service Historique de la Défense Vincennes 2V177

Les résultats des essais montreront que les tourelles à éclipse sont plus résistantes et qu’elles peuvent se défendre plus facilement pendant les bombardements.
La tourelle Buissière ne sera pas produite, car son principe de fonctionnement est jugé très complexe et son temps d’apparition aux yeux de l’ennemi est trop long, mais elle aidera à la conception de nouvelles tourelles à éclipse comme la tourelle Galopin de 155L modèle 1890 qui répond mieux aux nouvelles attentes.

Coût de fabrication

La tourelle est commandé aux compagnies Five et Lille en collaboration avec les sociétés Chatillon et Commentry en septembre 1886. Elle sera fabriquée dans les usines Saint-Jacques à Montluçon.

Sont coût de revient d’installation et de fabrication est supérieur à 1 000 000 de Frs.

Les améliorations de la tourelle Bussière après les expériences

La tourelle Bussière de 155L eclipsée de la batterie cuirassée du fort de Souville. VAUBOURG Julie
La tourelle Bussière de 155L eclipsée de la batterie cuirassée du fort de Souville. VAUBOURG Julie

Après les expériences, la tourelle sera réparée et installée dans une batterie cuirassée à l’extérieur du fort de Souville à Verdun de 1890 à 1891.

Lors de cette réparation, le Lieutenant-Colonel Bussière perfectionna la tourelle qu’il avait d’abord présenté à Châlons :

  • 1° Il adopta pour le cuirassement la forme en coupole, comme conséquence la hauteur de l’éclipse est réduite de 81 cm à 55 cm.
  • 2° On installe des freins pour arrêter sans choc la tourelle dans ses deux positions extrêmes.
  • 3° On prévoit deux vitesses dans le mouvement de rotation, l’une rapide pour les grands déplacements, l’autre lente pour achever le pointage.
  • 4° On remplace les valets supports qui avaient l’inconvénient d’exiger une manœuvre spéciale par des verrous qui viennent automatiquement en prise quand la tourelle arrive en batterie.

Avec ces divers perfectionnements, la durée totale de la manœuvre ne dépasse pas 5 à 6 secondes. Malheureusement l’engin reste compliqué et délicat et l’emploi d’une machine à vapeur s’impose jusqu’à 1917.

A la déclaration de guerre, la tourelle possède de gros problèmes de fonctionnement, elle ne sera opérationnelle qu’en octobre 1915 après de long mois de réparation.

Des soldats français sur la tourelle Bussière du fort de Souville en août 1919 - VAUBOURG Cédric
Des soldats français sur la tourelle Bussière du fort de Souville en août 1919 – VAUBOURG Cédric

Lors de la bataille de Verdun du 24 février au 16 mars 1916, la batterie cuirassée de Souville est très bombardée, mais elle réussit à tirer avec sa tourelle près de 600 obus, avant qu’un des deux canons n’explose à cause d’un obus de mauvaise qualité. Ce qui causa des avaries sérieuses qui empêcheront son fonctionnement.

Pendant la suite de la bataille, la tourelle ne pouvant être réparée, sera aménagée en poste de commandement et d’observation.

En 1917, la tourelle est réparée, son canon défectueux est retiré sans être remplacé et son fonctionnement est modernisé en remplaçant la machine à vapeur par un moteur électrique de 12CV alimenté par une petite centrale électrique.

L'entrée de la batterie cuirassée de la tourelle Bussière du fort de Souville à la fin de la Grande Guerre - Lionel PRACHT
L’entrée de la batterie cuirassée de la tourelle Bussière du fort de Souville à la fin de la Grande Guerre – Lionel PRACHT