
Les ouvrages intermédiaires
Les ouvrages intermédiaires sont de petites fortifications placées en des points dont la possession ne s’imposera pas dans un premier temps aux objectifs principaux de l’ennemi. Leur emplacement est choisi de manière à pouvoir assurer la continuité du flanquement des intervalles des places fortes grâce à des pièces d’artillerie légères.
L’assaillant doit néanmoins, dans la zone qu’il a choisi comme front d’attaque soit s’emparer de ces ouvrages, soit ruiner leurs organes de flanquement.

À leur élaboration en 1888, ses ouvrages comprennent les ouvrages intermédiaires, les redoutes d’infanterie et les ouvrages d’infanterie. Ses deux derniers, qui ne flanquent que les abords, ne seront plus considérés comme des ouvrages intermédiaires après 1900.
Il résulte de là, qu’ils ne possèdent pas une organisation aussi complète que celle des forts. Les ouvrages intermédiaires doivent pourtant être mis à l’abri des tentatives qui seront faites contre eux et posséder après 1900 des organes de flanquement des intervalles aussi solidement construits du type casemate de Bourges ou tourelles cuirassées (tourelles de 75R 05 ou tourelles de mitrailleuses). Mais dans certains ouvrages construit avant 1900, ou dans certaines colonies comme à Saïgon, l’armement principal est placé à l’air libre derrière des épaulements en terre, car ces ouvrages n’ont soit, pas eu les crédits ou le temps d’être améliorés, soit ils sont à l’abri des bombardements par des pièces d’artillerie lourde comme à Saïgon.
Les éléments des ouvrages intermédiaires sont donc semblables à ceux des forts. S’ils sont implantés dans un bois, on dérase celui-ci sur une profondeur d’environ 1 km en avant.

Nous nous contenterons d’indiquer les différences résultant de l’emploi qui a été fait, par raison d’économie après la crise de l’obus torpille, d’un profil particulier de parapet, appelé profil triangulaire ou profil sans angle mort, qui dispense de la construction d’organes spéciaux pour le flanquement du fossé.
Le profil triangulaire

Dans ce profil, on prolonge la plongée au-dessous du terrain naturel jusqu’au niveau fixé pour le fond du fossé. Celui-ci est raccordé, comme précédemment, au glacis par une contrescarpe revêtue.
Avec cette disposition, aucun point du profil n’échappe aux feux directs de la crête. La plongée, souvent raidie jusque-là pente du 1/5 ou même du 1/4 est prolongée jusqu’ à 3 ou 4 mètres au-dessous du terrain naturel, et aboutit soit à un fond de fossé horizontal de 4 à 6 mètres de largeur, soit au pied même de la contrescarpe.

de fortification de 1909. La fortification après 1885 – VAUBOURG Cédric
Celle-ci consiste en un mur de revêtement de 3 à 4 mètres de hauteur, en maçonnerie ordinaire, ou mieux en béton, surmonté d’un talus à 2/3 aboutissant à la crête du glacis dont le relief est généralement peu supérieur à 1 mètre.
Sur la plongée, à une dizaine de mètres de la contrescarpe est placée une grille défensive scellée dans un massif continu de béton et dont le sommet est défilé aux vues par la crête du glacis.

Enfin, pour renforcer la valeur de l’obstacle, un réseau de fils de fer s’étend sur une longueur de 15 à 30 mètres à partir du pied de la contrescarpe.
La partie du profil à l’intérieur de l’ouvrage à partir de la crête de feu est exactement la même que dans les forts.

VAUBOURG Julie

VAUBOURG Cédric

Inconvénients du profil triangulaire

Ce profil paraît apriori, séduisant par sa simplicité, il n’est pas cependant sans offrir d’assez nombreux inconvénients.
En effet, à cause de la pente douce de la plongée, on est conduit, pour avoir une hauteur de contrescarpe suffisante, à une fortification de grande profondeur qui force à des acquisitions parfois onéreuses et compensant en partie l’économie faite d’autre part sur les coffres de contrescarpe.
Il est même des cas où ce profil est impossible à appliquer sur le terrain. Par exemple, si celui-ci a une pente égale ou supérieure au 1/4 il ne peut être rencontré par la plongée.
Mais il est d’autres motifs qui s’attaquent à son principe même.
Pendant le bombardement, cette grande plongée sera atteinte par de nombreux projectiles dont l’explosion déterminera autant d’entonnoirs formant couverts, où l’ennemi ayant franchi la contrescarpe sera à l’abri d’une grande partie des coups partant de la crête.
De plus, avec un tel profil, les attaques faites de nuit ou par le brouillard, alors que le défenseur voit mal les abords, ont plus de chances de réussir qu’avec le profil ordinaire dans lequel le flanquement est assuré malgré l’obscurité et les intempéries, puisqu’il s’exerce dans une direction unique (celle du fossé), sans qu’il soit nécessaire de viser, avec des engins à pointage fixe et à tir disperse (canons revolvers et canons de 12 culasse).

Lionel PRACHT
D’un autre coté, si l’ennemi veut tenter une attaque par surprise ou de vive force, il déploiera tout autour de l’ouvrage, des troupes prêtes à, neutraliser par le feu seul du fusil, le défenseur dès qu’il se montrera, tandis que des travailleurs se mettront en mesure de détruire l’obstacle. Dans ces conditions on peut redouter que l’occupant se préoccupe d’autant moins de ces derniers qu’il sera souvent forcé, par suite du bouleversement de la plongée, de se découvrir davantage pour les atteindre.
Ce sont ces principaux inconvénients qui ont fait renoncer, à l’emploi du profil triangulaire dans les ouvrages intermédiaires construit après 1909. On y aura recours après cette date que pour les ouvrages d’importance secondaire et les ouvrages d’infanterie.

Lionel PRACHT
