
L’ouvrage de La Laufée ou ouvrage D
L’ouvrage D de La Laufée est un ouvrage intermédiaire de la place forte de Verdun bâti à 337 mètres d’altitude, en rive droite de la Meuse. Il est placé entre les forts de Vaux et de Tavannes pour surveiller la voie ferrée venant de Metz et assurer la défense des intervalles entre ces deux forts voisins. A sa construction, l’ouvrage est un ouvrage d’infanterie, qui sera ensuite complètement modernisé avec la construction d’un casernement bétonné et d’une tourelle de 75R 05.
| Dates de construction | 1887-1888 & 1903-1904 |
| Coût des travaux en 1888 | 78 522,42 Frs |
| Effectif en 1890 | Entre 80 et 115 soldats |

Projets de modernisation
Programme 1900 Coût des travaux 326 000 Frs
- Modernisation de l’ouvrage en réorganisant les parapets, en construisant un casernement bétonné de 50 places et en installant une tourelle de 75R 05. Le tout entouré de grilles défensives et d’un réseau de queues de cochon.
Projet complémentaire de 1908
- Installation d’une tourelle de mitrailleuses GF4.
Projet complémentaire de 1913
- Amélioration de la défense rapprochée en modifiant les fossés qui sont défendus depuis des coffres de contrescarpe.
Modernisations (1903-1914)

- 1903-1904 Refonte complète de l’ouvrage d’infanterie en ouvrage intermédiaire en remaniant les parapets et en construisant un casernement bétonné d’une capacité totale de 104 places. Installation d’un observatoires cuirassé et de la première tourelle de 75R 05 qui sera prête à tirer en 1904.
- 1903-1905 Connexion au réseau de chemin de fer de voie de 60. Installation de grilles défensives au pied de la contrescarpe et d’un réseau de queues de cochon autour de l’ouvrage.
- 1908-1910 Installation de 2 guérites blindées
- 1910-1914 Installation d’une ventilation manuelle pour les casernements.
- 1914 Les travaux venaient de commencer pour la construction de la tourelle de mitrailleuses GF4 et deux coffres de contrescarpe auraient dû être reliés à la caserne.




Armement de l’ouvrage et cuirassements installés entre 1900 et 1910
| 1905 à 1910 | 1910 | |
|---|---|---|
| Pièces de rempart de l’ouvrage | 4 mortiers lisses de 15 | 4 mortiers lisses de 15 |
| Cuirassements et casemates | 1 tourelle de 75R 05 1 observatoire cuirassé | 1 tourelle de 75R 05 1 observatoire cuirassé 2 guérites blindées |
| Défense des fossés | La défense des fossés s’effectue depuis le parapet aux fusils ou à la mitrailleuse | La défense des fossés s’effectue depuis le parapet aux fusils ou à la mitrailleuse |
| Nb de pièces | 6 | 6 |
L’ouvrage de La Laufée en 1914

En 1914, l’ouvrage intermédiaire de La Laufée est un ouvrage modernisé de première catégorie de la 6ème région qui possède un casernement et des magasins à munitions à l’épreuve. Son armement principal est placé sous tourelle cuirassée. L’ouvrage est en pleins travaux à la déclaration de guerre, ils seront stoppés dans l’urgence pour mettre l’ouvrage en état de défense.
Equipement de l’ouvrage en 1914
| Coût des travaux en 1914 | 900 000 Frs |
| Capacité du casernement en maçonnerie de moellons | Aucun. |
| Capacité du casernement à l’épreuve | 76 places couchées et 28 places assises. |
| Capacité du magasin à poudre | Aucun. |
| Capacité du magasin aux cartouches | Aucun. |
| Magasins à munitions construits après 1885 | 1 magasin à l’épreuve à la tourelle de 75. |
| La cuisine | 1 cuisinière de marque François-Vaillant. |
| Manutention ou boulangerie | Aucune. |
| Puits et citernes | 2 citernes en béton sous le casernement de 127 m3. |
| Pont de l’entrée principale | Aucun |
| Pont de l’entrée de guerre | Aucun |
| Communication de télégraphie électrique | Avec la citadelle de Verdun, le fort de Souville et de celui Tavannes grâce à un appareil microphone système Ader et un morse de campagne modèle 1907 |
| Communication de télégraphie optique | Un appareil de calibre 14 ou de 24 en réserve à la place peut être affecté à l’ouvrage si nécessaire. |
| Eclairage en 1914 | Lampes à pétrole et à bougie pour l’intérieur du fort, lampes à bougie pour les tourelles. |
| Eclairage des fossés | Aucun. |

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Effectif de l’ouvrage en 1914
| Garnison normale prévue au fort en 1914 | Répartition de la garnison en 1914 à la première heure renforcée par l’article 40 de la loi du 21 mars 1905 |
|---|---|
| Infanterie : 1 officier et 152 soldats. Artillerie : 1 officier, 15 sous-officiers et 37 soldats. Auxiliaires des places fortes : 58 hommes. Génie : 1 officier et 11 sapeurs. Télégraphie : 2 sapeurs pour le réseau électrique. COA : Aucun. Service médicaux : Aucun. Gardien de batterie : Aucun. Soit un effectif de 2 officiers et 231 soldats. | Infanterie : 1 officier et 76 soldats du 164ème RI. Artillerie : 38 soldats du 5ème régiment d’artillerie à pied. Génie et services divers : Aucun. Soit un effectif de 1 officier et 103 hommes. |
Armement et cuirassements de l’ouvrage en 1914 (10 pièces d’artillerie)

Pièces de rempart de l’ouvrage
- 4 mortiers lisses de 15 approvisionnés à 2000 coups/pièce
- 2 sections de 2 mitrailleuses sur trépied modèle 1907 approvisionnées de 43200 cartouches.
- 1 tourelle de 75R 05 armée de 2 canons de 75 approvisionnée à 2000 coups/pièce.
- 1 observatoires cuirassé pour la tourelle.
- 2 guérites blindées de rempart.
- La défense des fossés s’effectue depuis le parapet aux fusils ou à la mitrailleuse.
Les différents éléments extérieurs à proximité de l’ouvrage en 1914

- La batterie 6-1 de Damloup est armée de 4 canons de 90 sur affût de campagne
- La batterie d’artillerie 6-3 du Bois de Laufée est une batterie bétonnée type 1907 construite de 1912 à 1913 armée de 4 canons de 120 Long sur affût SP
Ouvrages d’infanterie et retranchements d’infanterie
Abris de combat et abris cavernes
- Abri de combat VLL est un abri construit de 1899 à 1900 d’une compagnie ayant une capacité de 200 places.
- Aucun.
- Aucun.
L’ouvrage pendant la Grande Guerre
| Effectif maximum | Armement de l’ouvrage fin 1915 | Armement de l’ouvrage fin 1916 |
|---|---|---|
| 1914 – 80 hommes 1916 – 80 hommes 1917 – 120 hommes | Aucune pièce de rempart 1 tourelle de 75R 05 armée avec quelques obus. | L’ouvrage est réarmé de mitrailleuses et fusils mitrailleurs pour la défense rapprochée. 1 tourelle de 75R 05 réarmée et réapprovisionnée en munitions. |
Cette partie ci-dessous sur la bataille de Verdun est reprise d’après la monographie du Colonel Benoit (Adjoint au Général Ct le Génie de la 11ème armée) rédigée le 23 novembre 1917
Les travaux d’urgence à la mobilisation
Les fossés avaient été commencés juste avant la guerre. Dès le début des hostilités, on nivela le fond des fossés et on rétablit sur 20 m de profondeur le réseau de fils de fer qui avait été enlevé pour permettre l’exécution des travaux.
L’ouvrage avant la bataille de Verdun
Fin 1915, désarmement progressif de l’ouvrage pour envoyer les pièces d’artillerie et les munitions pouvant aller sur le front

En janvier 1916 , des dispositifs de mine sont préparés pour détruire le réseau de fils de fer à la gorge de l’ouvrage, les deux guérites observatoires et la tourelle de 75 en cas d’approche de l’ennemi.
Garnison du fort

Au commencement de Mars 1916, la garnison de La Laufée comprenait 1 Cie d’infanterie, 1 section de mitrailleuses et un détachement d’Artillerie et du Génie, sous le Commandement du Capitaine Chabert, du 52ème R.I. Par la suite, le Capitaine De Waltz du 10ème Régiment de Hussards, prit le commandement de l’ouvrage (31 mars 1916), puis ce furent successivement, et à partir du 16 mai 1916, deux Officiers, fatigués moralement et physiquement, que l’on fut amené à doubler par le Capitaine De Waltz et le Capitaine Poirier, enfin, le Chef d’Escadron BURTHE D’ANNELAT, du 22ème dragons, ayant comme suppléant tout d’abord le Capitaine De Waltz, puis le Capitaine Rey du 4ème Régiment de Chasseurs, prit le 13 Août 1916 le commandement de l’ouvrage.
La mission de la garnison était d’assurer à tout prix la défense du fort qui ne devait être ni évacué, ni rendu, même en cas de complet investissement.
En cas d’investissement, la garnison devait chercher par ses feux à entraver les communications de l’ennemi avec l’arrière et à gêner son action dans la région avoisinant l’ouvrage.
Malgré l’exiguïté des locaux de La Laufée, le Commandant du Secteur y avait logé, en plus de la garnison, deux Etats-Majors de Bataillon, un poste de secours, diverses autres troupes, soit en tout une centaine d’hommes. Ce personnel étranger s’était attribué les meilleures places et les approvisionnements de l’ouvrage devaient en partie être déposés dehors, à la merci des bombardements.
Ce ne fut qu’après un ordre du Général Commandant l’Armée, que ces éléments étrangers quittèrent le fort vers la fin du mois de Mai, sauf cependant le poste de secours qui était encombré de blessés.
La perte du fort de Vaux, survenue le 7 Juin 1916, devait entraîner la mise rapide en état de défense de La Laufée. Ce travail était incompatible avec la conservation du poste de secours, aussi, par note du 8 Juin, le Général Cdt l’Armée ordonna-t-il d’évacuer le plus grand nombre de blessés et de prendre les mesures nécessaires pour l’enlèvement complet des formations sanitaires dans le plus bref délai.
Premiers bombardements de l’ouvrage

Dès les premiers jours de l’attaque de Verdun qui commença le 21 février 1916, l’ouvrage de La Laufée reçut un nombre considérable d’obus de tous calibres, souvent même de très gros calibre. En particulier, le 18 Mars, à partir de 15 heures, la pièce de 420 des environs des Jumelles d’Ornes tira sur La Laufée.
Au 23 Avril, les terrassements et les réseaux étaient bouleversés, toutes les baraques extérieures qui servaient en 1914-15 de magasins et de logements, étaient anéanties.
Un obus de gros calibre, probablement du 380, tombé sur la voûte en béton armé du couloir des casemates, vers l’extrémité sud, y a fait un entonnoir d’environ 1,80 m de diamètre et 1 m de profondeur, entraînant, sur un diamètre de 2 m environ, un fléchissement de 0,60 de la partie inférieure de la voûte.
Un autre, tombant à l’autre extrémité du même couloir, y a déterminé une désagrégation de la voûte sur 0,50 à 0,60 de profondeur.
Malgré ses détériorations, la caserne bétonnée était encore très habitable.
Sous l’effet des projectiles tombés sur le fort, une guérite observatoire a été projetée à quelques mètres de son emplacement.

Les bombardements continuèrent, généralement violents, pendant le mois de Mai, et notamment les 24 et 26 mai, où furent envoyés sur le fort 260 obus de gros calibres, 315 autres gros projectiles furent lancés les 28, 29 et 30 Mai. Les 27 et 31 Mai, le fort fut bombardé pendant presque toute la journée par des obus lacrymogènes.
Rôle de l’ouvrage au moment de la prise du fort de Vaux par les Allemands
Les événements, qui, dans les premiers jours du mois de Juin, se passaient aux abords du fort de Vaux, ne pouvaient laisser indifférent l’ouvrage de La Laufée, qui n’en était distant que de 1300 m. Aussi le 4 Juin 1916, lors de l’attaque allemande sur la batterie de Damloup, la tourelle de 75 de La Laufée tira-t-elle 294 obus sur les formations allemandes, le 5 Juin, elle envoya de même 100 projectiles, le 6, elle tira 32 obus à balles sur les pentes est de Vaux, et le 8 à 4 heures, 86 autres obus à balles, puis plus tard, 26 autres encore.
D’après les observateurs, le tir était très précis.
La riposte allemande ne se fit pas attendre, le 7 juin, La Laufée fut violemment bombardé, le 8 et le 9, sa superstructure reçut 400 projectiles de 210 et de 305, dont plusieurs tombèrent tout à côté de la tourelle en éraflant le béton.
On jugea prudent de ne plus faire tirer la tourelle, de façon à pouvoir la conserver intacte au cas de besoin urgent, mais l’observatoire, qui a des vues magnifiques sur la région, servait non seulement à régler le tir des batteries françaises, mais aussi à renseigner le commandement.
A ce moment, le fort, qui n’était qu’à 1.000 m au plus des lignes ennemies de la Woëvre, se trouvait à moins de 700 m des tirailleurs allemands du fond de la Caillette.
Continuation des bombardements
Le bombardement recommença le 13 Juin et redoubla de violence les 20, 21 et 22 Juin, où chaque jour près de 700 obus tombèrent sur l’ouvrage ou ses abords immédiats.
Le 23 Juin, de 6 à 8 heures, se déclencha une violente attaque allemande depuis le bois de Nawé jusqu’à la batterie de Damloup. Dans la région de La Laufée, cette attaque fut brisée par les feux de notre infanterie, et les nouvelles lignes allemandes ne dépassèrent pas le front : petit dépôt / batterie de Damloup, cette batterie étant toujours entre nos mains.
A cette date, les dégâts causés à l’ouvrage par le tir ennemi avaient augmenté, malgré les réparations faites par la garnison : le couloir de la caserne bétonnée, qui avait été consolidé, avait reçu vers son milieu un projectile de gros calibre qui avait désagrégé la partie supérieure du béton sur une épaisseur de 0,40 à 0,50.
Malgré quelques éraflures ou fissures dans le béton, la caserne bétonnée avait bien résisté. La tourelle de 75 avait reçu de nombreux projectiles, qui avaient éraflé assez profondément le béton, elle pouvait tirer depuis la corne est du bois Fumin jusqu’au fort de Moulainville, il n’y avait que dans la direction de Fleury qu’existait un coincement qui en rendait la manœuvre difficile.
Attaque du 11 juillet

A la suite de leur attaque manquée du 23 Juin, les Allemands reprirent au début de Juillet, les bombardements violents de La Laufée : le 4 Juillet, des obus asphyxiants, tirés en grand nombre sur le fort, amenèrent l’intoxication de 10 hommes : 4 d’entre-eux durent être évacués.
Les 10 et 11 Juillet, le bombardement redoubla de violence. Le 12, pendant les premières heures de la matinée, le fort reçu des rafales intenses. Puis, de 12h30 à 16h30, de nombreux obus de gros calibres, le bombardement atteignit une rare énergie de 20 à 24 heures.
Ces bombardements précédaient ou suivaient d’importantes attaques ennemies. Le 11 juillet, vers 5 heures du matin, une attaque allemande se déclencha dans la région, attaque à laquelle prirent part les 126ème, 145ème et 99ème régiments d’infanterie ennemie. Après un combat acharné, auquel le fort ne prit part que pour renseigner le commandement, grâce aux vues merveilleuses de son observatoire, le 99ème régiment s’empare de la batterie de Damloup et de l’abri de combat VLL, à 550 m au N.E. de La Laufée. La lutte continue, acharnée, le 12 juillet. Nous reprîmes peu après l’abri de combat, mais quelques jours après les Allemands y rentrèrent de nouveau.
Pendant la période du 28 au 31 juillet, les bombardements furent quotidiens et faits tant par obus de très gros calibres que par obus spéciaux. Ces tirs, d’une extrême violence, préludaient à l’attaque allemande du 1er Août, qui se déroula principalement dans le secteur Vaux-Chapitre-le Chenois et s’étendit jusqu’à la région sud de Damloup. Le fort servit seulement d’observatoire. Nous dûmes abandonner quelques éléments de tranchées. Nos lignes, après l’action, suivaient à l’ouest la route de La Laufée, se redressaient légèrement à la hauteur de la carrière du Chenois, qui restait aux mains de l’ennemi, se raccordaient à La Laufée qui était ainsi en 1ère ligne et rejoignait la ferme DICOURT.
Lorsque quelques jours après, le front s’organise, la tranchée allemande la plus voisine (tranchée Steinmetz) se trouvait à moins de 350 m de l’ouvrage, et cette situation dura jusqu’à l’offensive française d’Octobre 1916.
Les bombardements qui continuèrent par la suite fréquents et violents paraissent avoir eu surtout pour but la tourelle et son observatoire, ce fait fut nettement constaté, notamment les 9, 14, 17 et 28 Août. Le 9 Août, un obus tombe sur le béton de la tourelle contre l’avant-cuirasse. Le 14 août, plusieurs projectiles de 150 et 210 tombèrent à proximité de l’observatoire, un autre tombe sur la partie sud du couloir de la caserne, au point où était précédemment tombé un obus de 380. Le 17 août, un projectile de 150 tombe sur la calotte de la tourelle, faisant dans l’acier un trou large de 10cm et profond de 2 à 3 cm et d’autres obus nombreux tombent tout à proximité. Le Lieutenant d’Artillerie Salon est grièvement blessé à la tête dans l’observatoire et meurt quelques instants après, le 28 août, un obus de gros calibre (probablement 305), perce l’avant-cuirasse suivant un trou de 0,30 environ de diamètre, mais sans faire de dégâts à l’intérieur et sans empêcher le fonctionnement de la tourelle. On bouche provisoirement le trou avec des sacs à terre.
Le bombardement redouble d’intensité les 2, 3, 4, 5, 11 et 13 Septembre, jours où des attaques allemandes ou françaises se produisaient dans la région.
Action du fort pendant les attaques françaises

Le 24 Octobre, la tourelle de 75 de La Laufée prit part à l’offensive française en tirant sur les pentes est et sud du fort de Vaux et sur les boyaux de la Beuche et de Saale, entre Damloup et la batterie de Damloup. A 13h10, nos troupes reprenaient cette batterie, quelques instants après la tourelle recommença son tir sur les sorties est et ouest de Damloup, ainsi que sur le boyau de Saales. 152 obus de 75 (dont 142 explosifs) furent tirés ce jour là par la tourelle.
En représailles, les Allemands bombardèrent violemment vers 15 heures, l’ouvrage avec des projectiles de 210 à fusée retardée, en prenant la tourelle comme objectif. Un de ces obus tomba entre la tourelle et l’observatoire cuirassé, tout près de ce dernier, l’observateur est contusionné, mais l’observatoire par lui-même n’a pas souffert, il est seulement déchaussé, on put réparer les dégâts provisoirement pendant la nuit. Les autres projectiles n’occasionnent que des éraflures ou des désagrégations peu importantes du béton de la tourelle.
Notre offensive du 24 octobre a un peu dégagé l’ouvrage, nos lignes sont déjà à 8 ou 900 m au nord. Après la reprise du fort de Vaux, La Laufée sera encore bien plus dégagé, elle sera alors à 1500 ou 2000 m de l’ennemi et on y installera un poste optique pour communiquer avec le fort de Vaux.
Lors de l’offensive française du 15 décembre, la tourelle de La Laufée entra en action à 09h30. Elle tira pendant 1 heure environ sur le ravin des Grands Houyers, puis pendant 1/2 heure sur les tranchées des pentes d’Hardaumont. Enfin, pendant près de deux heures, mais avec interruptions, sur les boyaux des Somalis et de Djibouti, un peu à l’est de la station de Vaux. Les Officiers observateurs des 29ème et 35ème Régiments d’Artillerie ont constaté à plusieurs reprises la précision du tir. 645 obus de 75 (dont 460 obus à balles) ont été tirés ce jour là par la tourelle.
L’ennemi ne répondit qu’assez faiblement le 15 Décembre. Cependant, la 2ème guérite observatoire du parapet fut complètement démolie ce jour là.
Tirs de harcèlement exécutés par le fort
La tourelle de 75 n’entra plus en action avant le 19 Décembre 1916, date à laquelle l’artillerie du secteur prescrivit d’exécuter avec elle, des tirs de harcèlement, principalement au S.E. d’HARDAUMONT, depuis le ruisseau de Vaux jusqu’à la voie ferrée à l’Est de la station. Le 19 Décembre, la tourelle tira ainsi 56 obus (dont 2 à balles). Le 20 et le 21 décembre, elle tira aussi 56 (dont 10 à balles). Le 22 décembre, elle en tire 40 (dont 30 à balles). Le 23 décembre, 49 obus à balles. Le 24 décembre, 38 (dont 16 à balles). Le 25 décembre, 91 (dont 67 à balles).
Des tirs violents de représailles furent exécutés par les Allemands sur la tourelle de l’observatoire. Bien qu’aucun nouveau dégât important n’ait été occasionné aux cuirassements ou aux mécanismes, le Général Cdt l’Armée crut devoir rappeler «que les tourelles ne doivent tirer que dans les cas nettement déterminés, où leur action est indispensable. Il est en effet, dangereux de les faire tirer sur des objectifs qui peuvent être battus par des batteries établies dans le Secteur, car tout tir exécuté par une tourelle amène sur celle-ci un tir de riposte, qui peut la mettre hors d’état de servir au moment même où il serait nécessaire de la faire entrer en action».
Bombardements de l’ouvrage après les attaques françaises

Le 27 Décembre 1916, entre 13h30 et 13h50 des obus lacrymogènes sont lancés sur le fort et son observatoire, les Officiers d’Artillerie observateurs sont incommodés et forcés d’interrompre leurs réglages. A 15h15, il y avait encore dans la cour de l’ouvrage une assez forte odeur, qui pique les yeux et provoque la toux. Les gaz lacrymogènes ne pénètrent qu’en petite quantité dans la caserne bétonnée, les toiles contre les gaz ayant été rapidement déroulées devant les ouvertures.
Le tir de ces obus recommença le 27 décembre. Il semblait faire partie d’un tir d’ensemble étendu sur toute la ligne Bezonvaux – Vaux – La Laufée.
Celui exécuté sur La Laufée devait provenir de la batterie ennemie située à 1.800 m à l’O.N.O. de Fromezey.
Pendant le mois de Janvier 1917, l’ennemi parut généraliser ses tirs d’obus à gaz, il y en eut les 8, 9, 10, 11, 17, 18, 21, 24, 26 et 29 Janvier. Il effectua aussi des bombardements d’intensité variable, avec des projectiles ordinaires.
En février, il exécuta des bombardements intermittents, surtout sur la tourelle et l’observatoire. Les 5 et 12 février, des obus lacrymogènes furent tirés en assez grande quantité.
A partir du mois de mars, l’ennemi tira beaucoup moins sur l’ouvrage, cependant les abords immédiats, surtout la gorge, furent fréquemment arrosés avec des projectiles fusants de 105.
Etat du fort

Si les terrassements et les fossés sont bouleversés et les anciens réseaux inexistants, si les guérites observatoires ont été projetées loin de leurs emplacements et rendues inutilisables, la tourelle, l’observatoire et la caserne bétonnée se sont au contraire bien comportés sous le bombardement incessant du fort. Les dégâts importants causés à ces organes ont été signalés ci-dessus, ils n’ont pas été aggravés.
Toutes les chambres de la caserne bétonnée sont habitables, les dégradations ont été réparées dans la mesure du possible.
La tourelle de 75, qui ne tournait que dans une partie seulement de son champ de tir, a pu être remise en état au mois de Mai 1917, les dégradations faites au béton et à l’avant-cuirasse ont été réparées, l’observatoire cuirassé est en bon état, et son puits en béton, quoique fissuré en plusieurs endroits, présente encore une solidité suffisante.
Cet observatoire et la tourelle portent sur leurs parties cuirassées les traces de nombreux obus. En particulier, on distingue une trentaine de points d’impact sur la calotte de la tourelle. La plupart des projectiles ou des éclats qui y sont tombés paraissent avoir ricoché, les éraflures les plus importantes ne dépassent pas de 20 à 30 mm de profondeur et 15 à 20 cm de diamètre.
Il n’est pas sans intérêt d’ailleurs de rappeler que cette tourelle a tiré environ 1900 coups.

Pars vingt mois de bombardement, les parties essentielles de l’ouvrage de La Laufée sont donc restées très utilisables et le fort a conservé toutes ses propriétés actives. Et cependant, que d’obus ont été lancés sur lui. Bien qu’il soit fort difficile de donner des chiffres exacts, lorsque les bombardements sont intenses et continus, comme à La Laufée, ont peut cependant estimer à une quarantaine de mille au moins le nombre de projectiles envoyés sur le fort. Dans ce nombre, il y a peu de calibre de 105 ou au-dessous, la très grande majorité des projectiles est du 150, du 210, souvent du 305 et du 380, parfois du 420, la valeur des obus ennemis lancés sur le fort est suite d’au moins 8 à 10 millions.
Travaux exécutés dans le fort

Comme dans tous les forts de Verdun, on a créé, pendant la guerre, sous l’ouvrage de La Laufée, des galeries de 17 souterraines en grande galerie très fortement protégées. Le besoin s’en faisait d’autant plus sentir que la caserne bétonnée est très petite et que les locaux accessoires sont des plus exigus. Des alvéoles en galerie majeure, ayant chacun 8 m de longueur, sont faits et d’autres sont prévus, pour compléter le logement de la garnison et des approvisionnements. Un puits à eau est relié au système des galeries. En outre, un tunnel d’accès, en grande galerie, de 160 m environ de longueur, et ayant deux débouchés, permet d’entrer dans l’ouvrage et d’en sortir à une certaine distance de l’entrée du temps de paix, en évitant les tirs qui ont été très souvent meurtriers sur la gorge du fort.
Un groupe électrogène a été installé dans l’ouvrage le 20 Octobre 1916, jour où fut achevé le premier débouché du tunnel, le 4 Novembre suivant, le fort, les galeries souterraines et le tunnel d’accès furent éclairés à l’électricité.
Pour mettre l’ouvrage à l’abri d’un coup de main, des chicanes sont construites à l’intérieur de l’ouvrage pour ralentir l’ennemi, on installa aussi tout autour de l’ouvrage un triple réseau en fil de fer, le premier de 10 m d’épaisseur, les autres de 6 m. Enfin, pour la défense de la façade de la caserne bétonnée aussi bien que pour le flanquement des réseaux de gorge, on a créé un petit blockhaus bétonné communicant avec l’intérieur de la caserne et renfermant des mitrailleuses et des fusils mitrailleurs.
Ces mesures de précaution sont d’autant plus justifiées que l’ouvrage de La Laufée ne se trouve en certains points qu’à 700 m seulement des premières lignes que nous occupons dans la Woëvre. En 1918, le réseau de galeries de 17 atteint 550 mètres de long, il est équipé d’un l’abri caverne pressurisé afin de protéger les soldats des gaz de combat. La machine de filtration sera installée dans un réduit anti-gaz dans le réseau de galeries.
L’ouvrage de La Laufée après la Grande Guerre
Etat de l’ouvrage en 1922
En 1922, les locaux de la caserne et le réseau de galeries de 17 sont très humides
Etat des bétons des organes de combat en 1922 :
- Extérieur : Béton décapé et les fers sont apparents à la surface et sur le contour du massif protecteur.
- Intérieur : La galerie d’accès est dans un état de conservation presque convenable. On observe des suintements sur presque tout le parcours. La fosse du contrepoids est à sec. Il existe de nombreuses fissures dans le béton à l’étage intermédiaire.
Observatoire cuirassé de la tourelle
- Extérieur : En bon état. Il semble avoir été réparé et recouvert de terres, au cours des hostilités.
- Intérieur : Il existe une importante fissure dans le puits d’accès. Les fers sont apparents, le reste du béton est disloqué.
De 1931 à 1933, le réseau de galeries de 17, sera en partie bétonné avec du ciment de laitier afin de ne pas fragiliser les fondations de l’ouvrage en cas d’effondrement de ses galeries soutenues depuis la Grande Guerre avec des renforts en bois.

Lionel PRACHT


Lionel PRACHT
Au début de la seconde guerre mondiale, l’ouvrage sera occupé par l’armée Française puis pendant l’occupation allemande vers 1943, l’ouvrage sera complètement ferraillé sous l’organisation Todd avant d’être abandonné par l’armée après la seconde guerre mondiale.
Aujourd’hui, l’ouvrage est fermé par les sites naturels de Lorraine au profit des chauves souris. L’accès à l’intérieur est interdit et dangereux.
Galerie photos de l’ouvrage







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