Vue aérienne de la batterie de Viraysse à Tournoux Batterie la plus haute en Séré de Rivières. VAUBOURG Lucas

Dans les places en pays moyennement accidentés, on suppose que l’assaillant pouvait manœuvrer aussi aisément que possible dans le sens du périmètre de la place qu’il convoite, que sur les voies qui y convergent et, par conséquent, il pouvait mettre en œuvre simultanément toutes ses ressources avec la certitude d’être ravitaillé et renforcé en un point quelconque lorsque la situation l’exigerait.

En pays de hautes montagnes comme dans les Alpes et les Pyrénées, ces conditions ne peuvent, le plus souvent être remplies.

Vue aérienne du fort de l'Infernet à Briançon - VAUBOURG Lucas
Vue aérienne du fort de l’Infernet à Briançon – VAUBOURG Lucas

En effet, dans de semblables régions, les routes carrossables sont peu nombreuses. Elles suivent généralement des vallées étroites à flancs abrupts et constituent de véritables défilés qui ne sont reliés entre eux que par de rares chemins muletiers ou par quelques sentiers pour piétons.

La liaison des différentes colonnes d’un assaillant est donc assez difficile à établir, son artillerie ne dispose que d’emplacements peu nombreux dont l’accès présente de grandes difficultés, condition qui est de nature à réduire le calibre. Son infanterie ne peut généralement pas tirer parti de sa supériorité numérique en raison des faibles fronts sur lesquels elle arrive à se déployer. Le ravitaillement en vivres et en munitions est délicat.

Le temps, pendant lequel les opérations sont possibles dans la montagne est lui-même réduit, car les neiges obstruent pendant 8 ou 9 mois les chemins tir un peu élevés.

La tactique de l’agresseur se trouve donc nécessairement modifiée, mais il est évident qu’il ne pourra progresser que s’il dispose des chemins accessibles à ses convois. La défense a donc le plus grand intérêt à les lui interdire.

Elle créée dans ce but soit des positions d’arrêt, dont le rôle est analogue à celui des forts d’arrêt et qui maîtrisent certains points bien déterminés du réseau routier, soit des grandes places qui gardent les nœuds les plus importants de voies de communication et protègent les approvisionnements qu’on y réunit.

Position d’arrêt en pays de montagne.

Organisation d’ensemble

Vue aérienne sur le fort de l'Olive et le Blockhauss de l'Enlon à Briançon. VAUBOURG Lucas
Vue aérienne sur le fort de l’Olive et le Blockhaus de Lenlon à Briançon. VAUBOURG Lucas

La région où est établie une position d’arrêt étant déterminée, son emplacement s’impose généralement. C’est, le plus souvent, une partie rétrécie d’une vallée, le voisinage d’un ouvrage d’art important, le confluent de deux vallées, etc.

L’assaillant tentera encore contre la position tous les procédés d’attaque connus, dans la mesure que lui permettront les formes du terrain. La défense doit donc, grâce à une organisation rationnelle pouvoir y résister et assurer en même temps l’interdiction qui est son but essentiel.

C’est généralement au canon qu’est dévolu ce rôle d’interdiction. Son emplacement est choisi de manière qu’il prenne les routes d’enfilade plutôt qu’en travers ou d’écharpe et qu’il soit peu élevé au-dessus des points à battre.

Cette position basse procure, en effet, de nombreux avantages.

Un ouvrage ainsi placé aura des chances de se trouver toujours dans les mêmes conditions atmosphériques que les voies qu’il interdit, s’il était au contraire, placé trop haut par rapport à celles-ci, les nuages pourraient souvent l’entourer et le mettre dans l’impossibilité de rien voir de ce qui s’y passe.

A certaines époques, il serait même encore embarrassé par les neiges alors que ces voies seraient déjà ouvertes à la circulation. La surveillance peut, en outre, être exercée non seulement à la vue, mais encore à l’ouïe ce qui est important pendant la nuit et par les temps de brouillard.

Les routes se trouvent battues par des feux rasants dont la zone dangereuse contre des troupes est plus étendue que celle des feux fichants.

Enfin comme on ne peut guère pratiquement, tirer au-dessous de l’horizon sous une inclinaison supérieure à 1/4 le terrain situé au-dessous de la trajectoire limite est en angle mort. Par conséquent cette zone sera d’autant plus faible que l’ouvrage sera moins élevé au-dessus du terrain à battre.

La première conclusion qui se dégage de ces observations, c’est que pour assurer l’interdiction, une position d’arrêt doit comprendre un ouvrage armé d’artillerie et situé à hauteur relativement faible au-dessus du point à maîtriser.

Mais à côté de leurs avantages, les positions basses présentent des inconvénients.

Elles peuvent, en particulier être dominées par certains emplacements, appelés replats, situés sur les flancs des vallées, à proximité de la route principale, et où l’ennemi arriverait au moyen de chemin d’exploitation, amélioré au besoin, à amener de l’artillerie susceptible de contrebattre la sécurité de l’ouvrage d’interdiction qu’il dominerait.

Les pièces dont celui-ci pourrait être doté pour lutter avec l’artillerie ennemie se trouveraient dans une situation défavorable. Il faut pour conserver l’avantage de la situation basse occupée par l’ouvrage d’interdiction, un ou plusieurs organes placés assez haut pour dominer et contrebattre à leur tour les replats dangereux et auxquels on donne pour cette raison le nom d’ouvrages ou de batteries de protection.

On doit remarquer d’ailleurs que tous les replats ne sont pas également utilisables pour l’ennemi.

Il ne suffit pas, en effet, qu’il puisse y monter des pièces, il faut encore qu’il leur assure un ravitaillement régulier en munitions. Le poids de celles-ci croissant avec le calibre, on voit, qu’en général, les replats seront armés par l’assaillant d’une artillerie d’autant moins puissante qu’ils seront plus élevés.

Vue aérienne de la batterie de Viraysse à Tournoux Batterie la plus haute en Séré de Rivières. VAUBOURG Lucas
Vue aérienne de la batterie de Viraysse à Tournoux, batterie la plus haute en Séré de Rivières.
VAUBOURG Lucas

Pour dominer tous les emplacements favorables les organes de protection doivent être placés quelque fois assez haut, et risqueront ainsi d’être fréquemment entourés de nuages. Mais cette circonstance ne présente plus le même inconvénient que pour l’ouvrage d’interdiction. En effet, les objectifs des batteries de protection ne seront plus des troupes ou des convois mais des buts fixes établis sur des emplacements qu’on aura généralement repérés à l’avance. L’observation n’aura donc pas besoin de s’exercer d’une façon continue et quelques éclaircies suffiront pour assurer un réglage convenable du tir.

Une position d’arrêt qui comprendrait seulement les deux organes dont nous venons de parler serait capable d’assurer l’interdiction et de résister aux attaques régulières et de vive force, à la condition bien entendu que la fortification de ces organes ait été convenablement établie. Néanmoins sa sécurité ne serait pas complète, si elle pouvait être tournée, ou si elle était dominée par des crêtes d’où il serait possible d’avoir des vues à l’intérieur des ouvrages, même si ces crêtes semblaient d’un accès difficile.

En effet, il existe dans la montagne de nombreux sentiers utilisables par de petites fractions, qui profitant du brouillard, des formes du terrain, arriveraient à occuper ces crêtes d’où elles pourraient avec le feu seul du fusil gêner la défense.

Pour déjouer ces tentatives on doit donc surveiller au moyen de détachements toute la région environnante, jusqu’aux crêtes voisines.

En raison des difficultés que présente la circulation dans la haute montagne, des brusques variations atmosphériques qui s’y produisent, il est indispensable d’assurer à ces détachements les moyens de s’abriter, de vivre et au besoin de résister pendant quelque temps à l’ennemi.

Il faut donc, dans certains cas, doter les positions d’arrêt d’un troisième organe auquel on donne le nom d’ouvrage ou de poste de surveillance, qu’on organise défensivement et qu’on approvisionne en vivres, en bois et en munitions.

Nous voyons, en résumé, qu’une position d’arrêt comprend trois organes principaux, remplissant respectivement les rôles d’interdiction, de protection et de surveillance.

Vue aérienne du fort du Replaton à Modane Position d'interdiction. VAUBOURG Lucas
Vue aérienne du fort du Replaton à Modane – Position d’interdiction. VAUBOURG Lucas

Par exemple, la vallée de l’Arc et le débouché du tunnel du Mont Cenis sont interdits aux environs de Modane par le fort du Replaton établi à environ 150 mètres au-dessus du fond de la vallée.

Vue aérienne du fort du Sappey à Modane Position de protection. VAUBOURG Lucas
Vue aérienne du fort du Sapey à Modane Position de protection. VAUBOURG Lucas

Comme il est dominé par les replats des Cnalets de Lorgère, d’Amodon, de Saint-Antoine, d’Arplane, on a établi presque au sommet du contrefort sur lequel il est implanté l’organe de protection du Sapey. Enfin comme celui-ci ne peut surveiller le terrain du coté du col de Chavières, on a construit au sommet même du contrefort un ouvrage de surveillance, la redoute supérieure.

Vue aérienne de la redoute du Sappey à Modane Position de surveillance. VAUBOURG Lucas
Vue aérienne de la redoute du Sapey à Modane – Position de surveillance. VAUBOURG Lucas

Mais on conçoit aisément que par suite des formes du terrain, les trois organes puissent se réduire à deux et même à un seul. Quelquefois c’est par raison d’économie ou parce que l’organisation ne paraît pas de première urgence qu’on supprime l’organe de surveillance.

Ainsi la position du Télégraphe qui commande la jonction de la vallée de l’Arc avec la ligne de rocade du Galibier ne comprend qu’un ouvrage d’interdiction, la batterie basse, et un ouvrage de protection, le fort du Télégraphe.

Vue aérienne du fort du Télégraphe dans la vallée de la Haute Maurienne qui sera modernisé de 1889 à 1891. VAUBOURG Lucas
Vue aérienne du fort du Télégraphe dans la vallée de la Haute Maurienne qui sera modernisé de 1889 à 1891 – Position de protection. VAUBOURG Lucas

Ce dernier est pourtant susceptible d’être commandé depuis divers points, en particulier du Molard Artaud. Celui-ci n’est cependant pas occupé par un ouvrage. Des troupes mobiles s’y porteraient, à la mobilisation. La position est en outre protégée par d’autres organisations plus voisines de la frontière.

Nous verrons plus loin comment doit être conçu chacun des éléments d’une position d’arrêt pour résister aux différents genres d’attaque que l’ennemi pourra tenter contre lui. Mais il est évident que l’accès des passages que surveille la position doit être rendu aussi difficile que possible par la création à l’avance ou par l’improvisation d’obstacles passifs tenus sous son feu.

On pourra, par exemple, dans les rétrécissements de la vallée créer dans la route des coupures couvertes en temps de paix par des ponts démontables et prolongées latéralement au moyen de barricades s’appuyant aux parties abruptes des flancs de la vallée.

On pourra aussi préparer des dispositifs de mine pour détruire certains points délicats des voies de communication, tunnels, passages à flanc de côtes.

Le fort Italien du Chaberton construit à 3131 mètres domine une grande partie des ouvrages de la place de Briançon. VAUBOURG Julie
Le fort Italien du Chaberton construit à 3131 mètres domine une grande partie des ouvrages de la place de Briançon. VAUBOURG Julie

Un des exemples les plus complets de ce genre d’obstruction se trouve en Italie, dans le voisinage du col du Montgenèvre. La route de Briançon à Oulx après avoir franchi le col passe au pied du Chaberton. Les Italiens ont de ce massif fait une importante position d’arrêt et ont, en outre, préparé sous son feu de nombreux obstacles passifs. La route à quelques centaines de mètres de la frontière française est interrompue en plusieurs endroits par des coupures recouvertes normalement par des ponts mobiles et prolongées par des barricades flanquées qui s’étendent des flancs du Chaberton aux bords abrupts de la Doire Ripuaire.

Un peu en arrière elle est de plus minée sur une grande longueur dans la partie où elle se trouve en corniche.

Armement des ouvrages en pays de montagne

Carte postale de la batterie des Caurres avant la Grande Guerre - Lionel PRACHT
Carte postale de l’armement de la batterie des Caurres avant la Grande Guerre – Lionel PRACHT

Pour terminer ce qui concerne l’organisation d’ensemble d’une position l’arrêt nous rechercherons les différents calibres des pièces qui constitue son armement.

D’après ce que nous avons dit, la position doit disposer d’un armement d’interdiction et d’un armement destiné à la lutte d’artillerie. Il faut en outre, qu’elle comprenne des pièces pour la défense propre des différents organes.

L’armement d’interdiction placé dans l’organe du même nom, est d’un calibre choisi d’après la nature et la distance du but.

S’il ne doit agir que sur des troupes et des convois, il comprend surtout des pièces de moyen calibre ( 120 ou 95 ) et même dans certains cas des pièces de petit calibre à tir rapide comme le canon de 80 ou de 75 par exemple, ou le canon révolver de 40 mm.

Si, au contraire, il doit servir concurremment avec la mine à assurer la destruction d’ouvrages d’art, il peut être constitué au moyen de canon de 155 L. L’armement destiné à la lutte d’artillerie fait, en général, partie de l’organe de protection.

Comme, il a à agir contre les parapets et les abris de l’ennemi, il doit comprendre des pièces de gros et de moyen calibre, longues et courtes. Dans certains cas d’ailleurs, ces pièces peuvent être appelées à faire du tir d’interdiction à grande distance.

Enfin l’armement destiné à la défense propre des différents organes de la position est le même qu’en pays moyennement accidenté. Toutefois il faut remarquer qu’en raison de leur altitude, les postes de surveillance peuvent ne comprendre que les pièces les plus légères.

Les positions d’arrêt en pays de montagne avant 1885

Avant l’apparition de l’obus explosif à grande capacité les ouvrages consistaient en forts ou batteries et en blockhaus.

Aux premiers étaient réservés les rôles d’interdiction et de protection, aux seconds le rôle de surveillance.

Les forts

Vue aérienne du fort de la Croix de Bretagne à Briançon. VAUBOURG Lucas
Vue aérienne du fort de la Croix de Bretagne à Briançon. VAUBOURG Lucas

Comme en pays moyennement accidenté tous les éléments de la défense étaient concentrés à l’intérieur des forts.

La position et la longueur des crêtes nécessaires à l’infanterie et à l’artillerie étaient déterminés d’après le nombre et la direction des objectifs à battre et d’après la condition de bien voir les approches.

En raison des difficultés des fouilles dans un terrain presque toujours rocheux, ces crêtes étaient disposées de façon à conduire au minimum de terrassements et présentaient généralement un ensemble très irrégulier.

Une caponnière double à la batterie des Caurres à Tournoux. VAUBOURG Cédric
Une caponnière double à la batterie des Caurres à Tournoux. VAUBOURG Cédric

L’obstacle était toujours sérieux et bien flanqué pour mettre l’ouvrage à l’abri des surprises et des coups de main.

Le plus souvent le fossé était creusé dans le roc et flanqué par des caponnières, munies ou non de visières. Ses éléments allaient ficher sur des hauteurs inaccessibles.

Quelquefois on constituait l’obstacle par escarpement qu’on avivait en supprimant les aspérités susceptibles de faciliter l’escalade. On le surmontait d’un mur à bahut percé de créneaux de pied. Les brisures mêmes de l’escarpement permettaient souvent de donner des feux de flanc sur les abords.

Couvert. Le parapet, de profil normal, était parfois limité par une plongée inclinée à 1/4 de façon à permettre de bien battre les abords.

Lorsque, cependant, on ne parvenait pas depuis l’ouvrage à voir convenablement les approches dans certaines directions, on disposait un avant-chemin couvert avec places d’armes quelquefois munies d’un corps de garde à l’épreuve. L’armement d’interdiction était généralement disposé soit dans des casemates en maçonnerie, soit creusées dans le roc. On employa, mais assez rarement les cuirassements, car cette solution déjà coûteuse en pays de plaine à cause du prix des engins est en pays de montagne beaucoup plus onéreuse par suite des difficultés que présente dans de telles régions le transport d’énormes masses métalliques indivisibles.

Vue aérienne du fort du Barbonnet près de Nice avec ses deux tourelles Mougin placées dans la rue du rempart sur le couvert. VAUBOURG Lucas
Vue aérienne du fort du Barbonnet près de Nice avec ses deux tourelles Mougin placées dans la rue du rempart sur le couvert. VAUBOURG Lucas

On eut recours, au fort du Barbonnet en avant de Nice qui avait besoin d’un champ de tir de 360° à des tourelles Mougin en fonte dure.

L’armement de protection et celui destiné à la défense rapprochée étaient placés à ciel ouvert entre des traverses, quant aux pièces de flanquement des fossés elles se trouvaient dans les caponnières.

Le casernement du fort de l'Infernet à Briançon VAUBOURG Julie
Le casernement du fort de l’Infernet à Briançon VAUBOURG Julie

Les abris passifs étaient du même type que ceux des forts en pays moyennement accidenté. Souvent on les creusa dans le roc, mais à cause des formes tourmentées du terrain on ne put que rarement les réunir en un seul groupe.

En raison des difficultés que présentent les transports dans la montagne, ils renfermaient à l’avance tous les approvisionnements jugés nécessaires pour la durée présumée du siège.

Un escalier dans le casernement d'accès sur les dessus du fort de Lestal à Albertville. VAUBOURG Cédric
Un escalier dans le casernement d’accès sur les dessus du fort de Lestal à Albertville. VAUBOURG Cédric

Communications. Dans certains cas par suite de la déclivité du terrain et du partage du fort en plusieurs étages on dut recourir à de nombreux escaliers-et même à des monte-charges.

Les Chuises

La chiuse de Bauma Negra vers 1900 - Lionel PRACHT
La Chiuse de Bauma Negra vers 1900 – Lionel PRACHT

Quelques fois l’ouvrage d’interdiction se réduit à une sorte de batterie caverne protégée par un poste d’infanterie. C’est le cas des Chuises.

On donne ce nom à des organes d’interdiction placés en fond de vallée, sur la route même à interdire, à un coude formé par celle-ci choisi de manière à ce que l’ouvrage ne puisse être contrebattu. Il en résulte nécessairement que les Chuises ont un court champ de tir et que par suite elles devaient être munies de pièces à tir rapide.

On les trouve dans les Alpes Maritimes, la Chiuse de Bauma-Négra sur la Tinée à son confluent avec le Var et la Chiuse de Saint-Jean de la Rivière dans la vallée de la Vésubie.

Les blockhaus

Le blockhaus de L'Alpetaz à Albertville. VAUBOURG Julie
Le blockhaus de L’Alpetaz à Albertville. VAUBOURG Julie

Les blockhaus ou postes de surveillance étant généralement établis sur les crêtes ou dans leur voisinage, n’avaient guère en raison de leur altitude à redouter que le feu du fusil ou de l’artillerie de montagne.

Les chemins d’accès

Pour faciliter la liaison entre les différents ouvrages de la position d’arrêt et permettre leur ravitaillement, on avait dû ouvrir des chemins auxquels on donna fréquemment des pentes de 10 % afin de ne pas atteindre des développements démesurés.

On s’était de plus attaché à en diminuer le nombre et à les dissimuler aux vues de l’ennemi soit par leur tracé sur le revers de la position, soit en tirant parti des masques naturels tels que les bois.

Les positions d’arrêt en pays de montagne après 1885

Vue aérienne du fort du Janus à Briançon. VAUBOURG Lucas
Vue aérienne du fort du Janus à Briançon. VAUBOURG Lucas

Il est facile de se rendre compte que les progrès réalisés par l’artillerie vers 1885 ne devaient pas entraîner en pays de montagnes, une transformation de la fortification aussi radicale qu’en pays moyennement accidenté.

Si, en effet, la puissance des projectiles s’était accrue, la mobilité du matériel n’avait pas augmenté d’une manière qui put être sensible dans des régions très accidentées et la question du ravitaillement restait toujours aussi délicate.

Dans bien des cas le calibre des projectiles à redouter devait donc être plus faible qu’en pays de plaine. Aussi admit-on qu’on pouvait souvent réduire de 1/6 les épaisseurs des fortifications en pays moyennement accidenté pour les dalles et les voûtes, sans toutefois descendre au-dessous de 1,2m, et donner aux murs en béton armé les épaisseurs suivantes :

  • 60 cm dans le cas d’escarpes détachées défilées aux vues et ne pouvant être attaquées par le canon de siège.
  • 80 cm pour les murs de blockhaus n’ayant à craindre que le canon de montagne.
  • 1m pour résister à des coups isolés de 120 et 1,5 m dans le cas du 155 C.

Pour des raisons analogues, ces chiffres sont applicables aux constructions de certaines colonies.

D’autre part, la sécurité des défenseurs des différents ouvrages d’une position d’arrêt n’était pas menacée au même degré.

L’ouvrage d’interdiction, par exemple, en raison de sa situation basse et de sa proximité des routes par lesquelles l’ennemi pouvait amener de grosses pièces, courait le danger d’être bombardé énergiquement.

L’ouvrage de protection, quoique situé plus haut était également exposé à recevoir des projectiles de fort calibre au cours de la lutte d’artillerie qu’il pourrait, avoir à entreprendre.

Quant aux ouvrages de surveillance, leur situation restait à peu près la même puisque l’artillerie qu’ils avaient à craindre était d’un calibre trop faible pour compromettre sérieusement leur existence.

On voit donc que si des modifications sérieuses s’imposaient quelquefois pour les organes de surveillance et de protection, en revanche les blockhaus pouvaient souvent rester dans l’état où ils se trouvaient, et en cas de besoin, recevoir assez facilement, grâce à l’emploi du béton armé, un complément de résistance.

Examinons successivement les transformations qu’il parut nécessaire de faire subir aux différents éléments d’une position d’arrêt après la crise de l’obus torpille.

Ouvrage d’interdiction

Vue sur le fort du Replaton à Modane vers 1900 - Lionel PRACHT
Vue sur le fort du Replaton à Modane vers 1900 – Lionel PRACHT

L’armement d’interdiction était déjà couvert par des maçonneries, des cuirassements, ou du roc. Les premières n’étant plus à l’épreuve, il fallait leur substituer des carapaces en béton de ciment. C’est ce qui fut fait, par exemple, au fort de Replaton à Modane.

Un tir de démolition entrepris contre les tourelles Mougin en fonte dure, eut entraîné une dépense de munitions inadmissible en pays de montagnes. On conserva donc les tourelle du fort du Barbonnet en les améliorant à la veille de la Grande Guerre.

Enfin lorsque les casemates étaient creusées dans le roc, elles n’avaient pas besoin d’être renforcées

Le fort à l’intérieur duquel se trouvait l’armement d’interdiction dut naturellement subir des renforcements analogues à ceux qu’on apporta aux forts en pays moyennement accidenté et qui n’en différèrent que sur les points suivants. Il n’y eut généralement pas lieu de modifier l’obstacle, le plus souvent par un fossé creusé dans le roc ou par un escarpement.

Dans ce dernier cas le flanquement continu, a être assuré par le tracé.

La caponnière double en béton spécial du fort du Mont-Chauve d'Aspremont à Nice. VAUBOURG Cédric
La caponnière double en béton spécial du fort du Mont-Chauve d’Aspremont à Nice. VAUBOURG Cédric

Dans les ouvrages à fossés, les caponnières qu’on avait placées de manière à ne pouvoir être prises d’enfilade purent être conservées, parfois elles sont renforcées avec du béton et on ne dut leur substituer des coffres de contre-escarpe que quand l’ouverture de chemins permit d’atteindre des hauteurs considérées auparavant comme inaccessibles.

Les abris passifs ne furent renforcés dans certains cas par les procédés connus que quand ils n’étaient pas creusés dans le roc.

Ouvrages de protection

L’armement destiné à la lutte d’artillerie ne pouvait être évidemment placé en entier sous casemates bétonné ou sous cuirassements. Aussi, on s’efforça d’assurer sa sécurité par la dispersion et la dissimulation. Mais on se rend aisément compte que dans beaucoup de cas par suite de l’espace restreint dont on disposait celles-ci se trouvaient assez réduites.

En fait, tantôt les pièces ont été réparties autour des forts en utilisant pour les couvrir tous les plis de terrain, tantôt réparties sur un front assez étendu s’appuyant à de sérieux obstacles.

On trouve un exemple de la première disposition au fort du Sappey. Quant à la deuxième elle a été employée dans quelques places fortes.

Mais dans tous les cas, il a fallu mettre cette artillerie à l’abri des surprises. L’ancien ouvrage de protection convenablement renforcé a naturellement formé un point de la ligne de couverture, qui a été complétée par d’autres ouvrages ou plus généralement par de simples retranchements. Il ne faut pas oublier, en effet, que souvent le fort avait été établi de manière à être difficilement abordable et que les escarpements qui le précèdent, faciles à surveiller par quelques sentinelles, assureront en grande partie les pièces contre les coups de main.

Une batterie d'artillerie annexe du fort de la Croix de Bretagne à Briançon. VAUBOURG Cédric
Une batterie d’artillerie annexe du fort de la Croix de Bretagne à Briançon. VAUBOURG Cédric

La dispersion de l’artillerie a eu comme conséquence la dissémination des munitions et quelque fois le renforcement de la garnison. On a donc créé des niches dans les batteries d’artillerie et dans certains cas établis en des points convenables des magasins de l’artillerie à l’épreuve. D’autres fois en raison de la proximité de l’ancien fort, les munitions y ont été conservées dans des locaux renforcés.

Un des barraquements du casernement de la Seyte en contrebas du fort de l'Infernet à Briançon. VAUBOURG Cédric
Un des barraquements du casernement de la Seyte en contrebas du fort de l’Infernet à Briançon. VAUBOURG Cédric

Pour loger les suppléments d’effectif qui n’auraient pas trouvé place dans les abris de l’ouvrage, on a souvent construit des baraquements sur les pentes échappant aux vues de l’ennemi, et dont la déclivité a permis de réaliser dans une large mesure le défilement aux coups.

Ouvrages de surveillance

Le blockhauss de l'Enlon à Briançon. VAUBOURG Cédric
Le blockhaus de Lenlon à Briançon. VAUBOURG Cédric

Les blockhaus ont en général été conservés tels qu’ils avaient été construits, en raison des faibles risques qu’ils courent d’être sérieusement bombardés.

On a aussi construit en béton armé dans certains nouveaux ouvrages, les murs exposés au tir de face en leur donnant 50 cm d’épaisseur et on a constitué la toiture par une dalle en béton armé de 50 cm.

Chemins d’accès

Les chemins d’accès n’ont naturellement pas été modifiés. On a seulement branché sur eux les tronçons nécessaires pour aboutir aux nouvelles organisations, batteries, magasins, casernements.

La machinerie du téléphérique de la Seyte au fort du Randouillet à Briançon. VAUBOURG Cédric
La machinerie du téléphérique de la Seyte au fort du Randouillet à Briançon. VAUBOURG Cédric

De plus, depuis 1885, on a développé l’emploi de câbles avec porteurs aériens pour relier entre eux et avec le fond de la vallée certains ouvrages des positions d’arrêt. Ainsi, l’ouvrage du Replaton est en communication par ce procédé avec Modane Gare et avec l’ouvrage du Sappey.

L'arrivée du téléphérique de la Seyte à Briançon. VAUBOURG Julie
L’arrivée du téléphérique de la Seyte à Briançon. VAUBOURG Julie

Les appareils sont actionnés soit au moyen de chevaux, soit à l’électricité. Les différents câbles n’ont pas toujours la même puissance, ce qui nécessite aux relais une certaine manutention. Néanmoins le transport est relativement rapide et peu onéreux. En principe ces appareils ne sont utilisés que pour le ravitaillement en vivres et en effets d’habillement et de campement. Le ravitaillement en munitions s’opère par les routes.

Grandes places

Carte de la place forte de Briançon. VAUBOURG Cédric
Carte de la place forte de Briançon. VAUBOURG Cédric

Les grandes places sont généralement établies au point de convergence de plusieurs vallées que séparent souvent des massifs d’une pénétration très difficile. Le noyau central est donc à l’abri des attaques de l’ennemi si toutes ces vallées sont maîtrisées par des positions d’arrêt.

La zone principale se trouve ainsi dans le cas particulier jalonnée par ces positions dont la distance minimum au noyau doit être telle qu’elles interdisent par leur feu toutes les positions accessibles d’où celui-ci peut être bombardé.

Le flanquement des intervalles étant encore précieux lorsqu’on peut le réaliser, n’est plus aussi indispensable qu’en pays moyennement accidenté, puisque ces intervalles ne sont souvent abordables que par de petites fractions qui peuvent être contenu par les troupes mobiles de la garnison.

Ces fractions peuvent néanmoins se glisser par surprise jusqu’au noyau central et tenter la destruction des principaux établissements militaires comme les arsenaux. Il était donc prevu au besoin, d’improviser autour du noyau, si elle n’existe pas, une enceinte à laquelle on ne peut guère demander autre chose que d’en assurer la sûreté.

D’ailleurs, pour retarder la marche de l’ennemi et par suite la chute de la Place, on prévoit de disputer à l’assaillant les voies d’accès en avant de la zone principale au moyen de la réserve générale qui doit prendre appui sur des positions avancées soutenues par le canon des positions d’arrêt.

Un canon de 12 de campagne sur affût omnibus au fort des Têtes à Briançon. Lionel PRACHT
Un canon de 12 de campagne sur affût omnibus au fort des Têtes à Briançon. Lionel PRACHT

Après la chute de celles-ci, la défense s’appuiera encore sur de nouvelles positions d’arrêt improvisées en arrière et enfin elle pourra opiniâtrer la résistance dans un réduit étudié à l’avance et situé de telle façon qu’il puisse remplir en partie au moins le rôle tactique imposé à la Place.

On retrouve donc dans une grande Place en pays de montagnes les échelons de la défense que nous avons énumérés à propos des grandes Places en pays moyennement accidenté, et on voit que les progrès réalisés par l’artillerie n’ont eu d’autre influence sur la zone principale que celle qu’ils ont exercée sur ses éléments, c’est-à-dire sur les positions d’arrêt.

La zone principale présente néanmoins quelques particularités qu’il faut signaler.

D’abord comme nous l’avons déjà fait remarquer le flanquement réciproque de ses éléments n’est pas toujours indispensable.

En outre, elle n’affecte pas toujours la forme d’une ligne fermée sensiblement circulaire autour du noyau, car celui-ci est quelquefois adossé à des massifs impénétrables ou encore parce que les formes du terrain sont telles que grâce à une répartition judicieuse des positions d’arrêt. L’attaque des positions d’arrêt, l’attaque de certains fronts exigeraient de l’ennemi des mouvements de grande envergure qui l’éloignerait de sa base et l’exposerai à des attaques de flanc.

Enfin, la distance des positions d’arrêt au noyau central est très variable et dépend essentiellement de la répartition des voies d’accès qu’il s’agit d’interdire.

Inventaire des grandes places en pays de montagne

Vue aérienne sur les fort du Randouillet et de Têtes à Briançon. VAUBOURG Lucas
Vue aérienne sur les forts du Randouillet et des Têtes à Briançon. VAUBOURG Lucas