
La place forte de Diégo-Suarez
Diego-Suarez
En 1898, Madagascar devient une colonie Française. Afin de sécuriser ses intérêts stratégiques, la France choisit d’établir à Diego-Suarez un point d’appui pour sa flotte de l’océan Indien. Par l’arrêté du 13 mars 1900, la province est érigée en « Territoire militaire » sous le commandement du colonel Joseph Joffre. En seulement cinq ans, le site est profondément métamorphosé : la baie est transformée en un immense camp retranché, protégé par un double dispositif défensif tourné à la fois vers la mer et vers l’intérieur des terres.
Dès 1905, Diego-Suarez s’impose comme un pivot stratégique de premier plan. Idéalement située sur la route du cap de Bonne-Espérance qui est un axe de communication majeur entre Dakar et Saïgon. Ce point d’appui constitue un maillon essentiel pour la marine française, offrant une alternative indispensable en cas de blocage du canal de Suez.
Grâce à sa position, les divisions de croiseurs basées à Diego-Suarez peuvent mener des opérations de harcèlement sur les voies maritimes adverses tout en assurant la protection des colonies.
Néanmoins, cette sécurité demeure étroitement liée à la maîtrise des mers. Si la flotte française venait à être neutralisée, la base perdrait son utilité défensive pour l’île. En raison de sa situation géographique excentrée, à 700 kilomètres de Tananarive, Diego-Suarez serait alors incapable de porter secours au reste de la colonie.
La baie de Diego-Suarez est située dans la partie Nord de Madagascar. Elle est ouverte à l’Est par un goulet de 3 Km de largeur, que l’ilot de Nossy-Volana partage en deux passes, dont la plus méridionale est seule accessible. Elle se divise à l’intérieur en 4 baies secondaires : au Nord les baies du Tonnerre et des Cailloux-Blancs, au Sud, celles des Français et le Port de la Nièvre, prolongé par le Cul de Sac Gallois.
L’ensemble constitue un port naturel de premier ordre, vaste et sûr ; au centre les navires trouvent de 25 à 30 mètres d’eau et ils peuvent atterrir par des fonds de 12 à 15 mètres. L’arsenal est construit à la baie des Amis, qui fait partie du Port de la Nièvre.

Jean-Philippe GUICHARD
Front de mer
Le front de mer est défendu par 2 lignes de feux :
- Une première ligne aux abords extérieurs de la passe et la passe elle-même.
- La deuxième ligne sur la rade et le port de la Nièvre.
La passe et ses abords :
- 7 batteries dans la presqu’île d’Orangéa (une batterie de mortiers, deux batteries de bombardement, une batterie de rupture au Cap Minié, deux batteries de moyen calibre, une batterie à tir rapide.
- 1 batterie de bombardement au Cap Fotomainty et 2 postes photo-électriques.
La rade et le port de la Nièvre :
- Dans le secteur du Cap Diego, une batterie de bombardement et une batterie de moyen calibre, 1 poste photo-électrique et dans le secteur d’Antsirane une batterie de moyen calibre et 1 poste photo-électrique.
- La défense de l’entrée du port sera complétée par deux batteries de canons à T.R. En outre est prévue dans le secteur d’Antsirane la construction d’une batterie de mortiers ayant pour but d’empêcher le stationnement de navires ennemis dans la rade et la baie des Français.
Les secteurs d’Orangéa, du Cap Diego et d’Antsirane sont munis chacun d’un magasin de secteur.
Front de terre
On a seulement barré les isthmes réunissant les presqu’îles du Cap Diego, d’Ankorika et d’Antsirane au territoire de l’île.
- Le secteur du Cap Diego comprend 3 ouvrages intermédiaires et 1 magasin de secteur.
- Celui d’Ankorika possède 2 ouvrages intermédiaires, 1 batterie d’artillerie pour canons de 155 L et 1 magasin de secteur.
- Le secteur d’Antsirane recoit 2 ouvrages intermédiaires, 1 batterie d’artillerie pour canons de 155 L et 1 magasin de secteur.
On a obtenu ainsi 3 petits plans, qui sont en relation par la rade.
Pour appuyer la défense mobile vers le Sud, on a construit un blockhaus sur le Mont-Anosirave, faisant liaison entre Ankorika et Antsirane.
