
Les abris de combat modèle 1898 et 1913
Les abris de combat modèle 1898

La dispersion des troupes, dans les intervalles après 1886, a délaissé la protection du personnel qui devait le plus souvent s’abriter sous des abris en bois de fortune. Pourtant, à partir de 1888, jusqu’en 1892, certaines places fortes seront équipées d’abris cavernes, pour loger ces troupes. Mais ces casernements, ne peuvent être installés que si la configuration du terrain le permet. Ils nécessitent une construction en profondeur sous une épaississe couche de roche ou de terre, ce qui oblige très souvent de les placer bien en arrière des premières lignes de défense.
On a donné le nom d’abris de combat à certains abris destinés aux troupes d’infanterie de service en armes dans les intervalles. On sait que ces troupes prennent à tour de rôle le service de garde dans les tranchées. Or, pendant leur temps de garde, elles ne peuvent rester en permanence dans les tranchées ou les retranchements d’infanterie. Il est indispensable qu’elles puissent, pendant certaines heures au moins et pendant le bombardement qui précède l’assaut, se mettre à l’abri plus confortablement dans une position d’attente. Ces positions d’attente sont constituées au moyen d’abris de combat.
Emplacement des abris de combat

Les abris de combat doivent être placés de manière à ce que les troupes soient le plus possible en sûreté et puissent communiquer très rapidement avec les tranchées.
On place ces abris sur les pentes tournées du côté de la place, ou bien on les dissimule dans des bas-fonds ou au milieu des bois. On les réunit aux tranchées au moyen de chemins défilés par le terrain, par des bois ou à défaut par des plantations. On est quelquefois conduit à construire de véritables sapes. Il arrive dans quelques cas qu’il est tout à fait impossible, soit de trouver pour les abris de combat des emplacements défilés, soit de les réunir d’une manière satisfaisante aux tranchées. On doit alors construire les abris dans la tranchée même et leur donner un surcroît de solidité pour compenser le défilement qui leur manque.
En installant ces abris de combat dans les tranchées mêmes, on est conduit naturellement à utiliser les dalles comme plongée durcie, on créé ainsi avec la tranchée un véritable petit ouvrage d’infanterie.
Il ne faudrait pas confondre les ouvrages ainsi obtenus appelés ouvrage d’infanterie avec les ouvrages intermédiaires faisant aussi partis des points d’appui de la ligne principale de défense. Les premiers sont occupés par des troupes de secteur relevées au moins une fois par jour, les seconds ont une garnison spéciale comme les forts.
Chaque abri peut contenir 100 ou 200 hommes. Leur nombre est calculé à raison d’une demi-compagnie par kilomètre de la ligne des forts.
- Les abris pour 1 compagnie, d’un coût de construction d’environ 100000 fr, sont équipés de 4 chambrées de 50 hommes et de 3 latrines .
- Les abris pour ½ compagnie, d’un coût de construction d’environ 55000 fr, sont équipés de 2 chambrées de 50 hommes et de 2 latrines.
Abris de combat installés dans une position défilée.

D’après un cours de fortification VAUBOURG Cédric
Ce type d’abri de combat a été défini par la note du 20 Septembre 1898. Il se compose d’une suite de 2 ou 4 chambres placées les unes à cote des autres. Leur profondeur est variable, leur largeur est fixée à 4m de manière à permettre l’installation de 4 rangées de bancs. Ceux-ci sont placés le long des murs et au milieu de la pièce. Les premiers sont en général à rabattement, les seconds fixes. On installe tout ce qui est nécessaire pour que les hommes puissent déposer leurs sacs et leurs fusils.

On remarquera que les montants des bancs du milieu ne pénètrent pas dans la dalle armée qui recouvre l’abri, car celle-ci, sous le choc des projectiles, plie et écraserait ces montants. On les a assemblés avec des fers scellés dans les murs de pourtour. Dans une partie de l’abri, on aménage quelques places couchées pour les blessés.

Les chambres débouchent au moyen d’une porte assez large (1m20) dans un couloir de même largeur ouvert à ses extrémités et muni de grilles métalliques. La sortie des défenseurs en position d’attente est donc très rapide.

On installe quelquefois accolé à une casemate, un petit local pour fourneau de camp, de manière à pouvoir préparer une boisson chaude ou même de la soupe. Enfin, sous les chambrées, une citerne contenant environs 30 m3 d’eau est établie ou un puits est aménagé à l’extérieur quand cela est possible. Tout près de l’abri, sur le mur de maintien en béton se trouve un emplacement pour quelques tinettes ou latrines.

Cet ensemble est mis à l’abri des obus torpilles d’une manière moins complète que les organes des fortifications modernisées. Ces abris en effet étant complètement défilés ne peuvent être atteints que par quelques coups heureux.
Les murs de pourtour exposés au choc direct des projectiles sont en béton spécial et ont 2m d’épaisseur. Le mur de façade est, comme les murs intérieurs, en maçonnerie ordinaire. Cet ensemble devrait, suivant la règle habituelle des renforcements, être couvert par une voûte armée, puisque la portée atteint 4m. On a prévu une simple dalle de 1m60 d’épaisseur et dans cette dalle les quadrillages ne sont pas distants les uns des autres de 0m15 mais de 0m20.

VAUBOURG Cédric
La pente de la dalle est de 5 cm par mètre de manière à assurer parfaitement l’écoulement des eaux. Les murs exposés au choc des projectiles ne s’enfoncent pas à 6m50 au-dessous de la surface supérieure du terrassement mais à 5m seulement. Ils sont protégés par un remblai qui ne mesure pas 10m horizontalement mais seulement 6m. Le massif de rocailles n’a que 2m d’épaisseur. Au fond de chaque casemate d’une partie des abris, on aménage une ouverture qui traverse la dalle et qui sert à la ventilation, ou à la sortie des fumées des lampes, ou des poêles. Dans les autres abris, cette ventilation et évacuation des fumées s’effectue par la façade de manière à éviter qu’elles soient obstruées facilement.
Les abris des combat installés dans la tranchée même.

VAUBOURG Julie
Les abris de combat que l’on place dans la tranchée même ou les retranchements d’infanterie sont organisés comme ceux construits dans des endroits défilés, sauf les points suivants :
- 1° L’épaisseur du mur de fond est légèrement augmenté.
- 2° L’épaisseur de la dalle est portée à 1m80 et les quadrillages sont placés à 0m15 les uns des autres.
- 3° Les murs de pourtour sont descendus et sont protégés comme dans les constructions élevées dans les forts.
- 4° On donne quelquefois aux chambres diverses dispositions.
Abri de combat en arrière d’une tranchée.

Lorsque l’abri est en arrière du milieu de la tranchée. Les chambres sont disposées en longueur, de manière à ce que l’ensemble tranchée et abri forme un tout aussi peu profond que possible. L’inconvénient principal de cette disposition est d’avoir une partie de la tranchée légèrement adossée et de former un ensemble profond c’est à dire vulnérable.
Abri de combat à hauteur d’une tranchée

D’après un cours de fortification VAUBOURG Cédric
Dans cette configuration, l’abri est à hauteur de la tranchée, il s’étend à droite et à gauche. L’ensemble offre une formation mince, par conséquent, peu vulnérable.
Abri de combat dont la dalle forme une plongée durcie

D’après un cours de fortification VAUBOURG Cédric
Dans cette configuration, on a utilisé la dalle de l’abri pour constituer une plongée durcie. La dalle recouvrant le couloir forme la banquette. A l’abri de combat proprement dit, on a annexé deux chambres, chacune pour une section de mitrailleuses portatives. On obtient ainsi un véritable ouvrage d’infanterie.






VAUBOURG Julie






Les améliorations de l’abri de combat modèle 1898

Certains abris recevront avant ou au début de la Grande Guerre un ou deux coffres de flanquement (caponnière) pour assurer leur défense rapprochée. Ce coffre permettra sur certains abris de mettre la cuisine à l’intérieur. C’est le cas à Verdun, mais aussi à Épinal où de petites caponnières seront aménagées sur les abris de la rive droite de la Moselle.
La capacité des places couchées sera aussi modifiée grâce à différentes améliorations, pour permettre aux soldats de s’allonger pendant les longues périodes d’attente.
Les abris de combat modèle 1913

La grande différence avec le modèle 1898 est l’amélioration du confort et de la défense rapprochée, leur implantation sur le terrain reste similaire à la version précédente. Ce modèle est daté du 9 mai 1913.
En principe, chaque abri est organisé pour recevoir une ½ compagnie d’infanterie, soit 125 hommes assis sur des bancs. On évite de dépasser ce chiffre pour ne pas engager l’ennemi à diriger contre ces organes de défense un tir méthodique. Dans le cas où, il est nécessaire d’abriter dans un petit rayon des effectifs plus importants, ont construit plusieurs abris d’une ½ compagnie en les séparant par des intervalles d’une centaine de mètres.
Ce nouveau type d’abri se compose de deux chambrées. Le nombre de places couchées est augmenté pour la moitié de l’effectif afin de permettre aux hommes de mieux se reposer pendant les longues périodes d’attente ou de bombardement. Sauf circonstances spéciales, on installe donc, le nombre de places couchées nécessaire sur des lits de camp disposés sur 2 étages. Ceux de l’étage inférieur étant à rabattement, afin que l’abri puisse être rendu rapidement à sa destination normale permettant à 125 hommes assis de sortir en armes au premier signal. L’abri contient aussi un local pour 2 officiers, une latrine, une cuisine et une citerne.

VAUBOURG Julie
Les deux chambres d’homme ont une hauteur de 3m75 au fond et de 4m à l’entrée afin de permettre l’établissement des 2 étages de lits de camp. Les bancs, disposés dans chaque chambre sur 4 rangées, sont fixes, ceux qui sont placés le long du mur de refend peuvent comporter une petite partie mobile et permet de transformer éventuellement le banc en lit de camp.
Ces dispositions permettent différentes combinaisons d’occupation de l’abri très avantageuses et très élastiques. Ainsi, quand les lits inférieurs sont relevés, 124 hommes assis y trouvent commodément place, prêts à sortir avec leurs armes. Les hommes fatigués peuvent être autorisés à se coucher sur les lits supérieurs. Quand les lits inférieurs sont rabattus, l’abri comporte 68 places couchées et 60 places assises. La troupe peut alors s’y reposer par fractions dans des conditions convenables. Enfin, pendant la période intensive de la lutte, si l’on a eu la précaution d’installer une vingtaine de bancs à rabattement dans le couloir d’accès aux chambres, on peut arriver à abriter, pendant un temps assez court (par exemple pendant la période qui précède un assaut ou une attaque générale) un effectif beaucoup plus considérable et pouvant presque atteindre, en se serrant au maximum, celui de la compagnie, surtout si l’on dispose d’une ventilation artificielle.
Dans certaines circonstances (cas où l’on ne peut ni s’enfoncer dans le sol, ni accepter un fort relief), il peut arriver qu’on ne puisse donner à l’ouvrage une hauteur suffisante pour aménager deux étages de lits de camp. Pour donner aux troupes des moyens de repos analogues à ceux ci-dessus visés, il faudrait alors développer notablement l’abri en surface, ce qui conduirait à une augmentation de dépenses considérable hors de proportion avec le but à atteindre. Dans ce cas, qui est plutôt exceptionnel, on se contente de s’en tenir, pour les places couchées, au quart seulement de l’effectif total, chiffre correspondant à l’effectif d’une section, le reste de l’unité étant assis.
Dans cette configuration les chambres contiennent, après mise en place des lits à rabattement 30 hommes couchés et 96 hommes assis (16 par banc) soit l’effectif de la ½ compagnie. En relevant tous les lits de camp, 142 hommes assis (14 par banc) y trouvent place.
Le chauffage de l’abri est assuré par des poêles pour lesquels des emplacements sont ménagés dans le mur de refend qui sépare les deux chambres de troupe, et par des cheminées ménagées dans le mur de masque. Un poêle est également placé dans le local réservé aux officiers. Les tuyaux de fumée doivent tous déboucher sur la façade de l’abri. L’éclairage est assuré par des lampes à pétrole placées dans des niches ménagées dans les murs. Des tuyaux permettent l’évacuation des fumées.

Dans certains cas, une ventilation artificielle est aménagée pour renouvelée l’air de l’abri. On place dans le couloir de façade un ventilateur. L’air pur est puisé à l’extérieur à 3m au moins du sol et des portes de sortie, du côté opposé aux latrines. Il est refoulé à l’intérieur des chambres de troupe.
On aménage aussi dans l’abri deux niches, l’une pour les munitions d’infanterie, l’autre pour les approvisionnements de pétrole et de combustible.
La défense rapprochée est assurée par un petit coffre flanquant (caponnière) destiné à battre les entrées de l’abri.

Les latrines sont aménagées à l’intérieur de l’abri près d’une porte qui donne sur l’extérieur et qui assure le renouvellement de l’air. La fosse de 4 m³ possède un drainage avec un égout pour évacuer les eaux. Dans tous les cas, la fosse ou le bac seront munis d’un trop plein à un niveau inférieur à celui des chambres. Ces latrines sont utilisées qu’en cas de nécessité absolue pendant les périodes de bombardements.
L’approvisionnement en eau, de 30 m3 environ est constitué d’une citerne en ciment placée sous l’une des chambres de préférence celle qui est la plus éloignée des cuisines et des latrines. Ce bac est alimenté, suivant les circonstances, soit par l’eau des chapes de l’abri préalablement filtrée par son passage à travers une série de filtres à sable, soit par une conduite branchée sur l’une des conduites de distribution des ouvrages environnants, soit même à l’aide de wagons- citernes. Dans le premier cas, un robinet placé sur la conduite d’eau permet d’interrompre l’arrivée de l’eau dès le début du bombardement pour empêcher la contamination. Une pompe envoie l’eau dans un bac installé dans le couloir de façade et pouvant contenir l’approvisionnement journalier, soit 525 litres environ. Dans de rares cas, où il n’est pas possible d’aménager une citerne, l’alimentation en eau s’effectue grâce à un puits placé à l’extérieur.

Les murs de l’abri sont en béton spécial avec une épaisseur de 2 m pour ceux qui sont exposés à recevoir des coups directs et de 1,5 m pour les autres. La façade est protégée par un mur de masque qui peut être en maçonnerie ordinaire. La dalle de l’abri est en béton armé de 1,7 m d’épaisseur et analogue à celle des casernements bétonnés des forts.
En 1914, seul 5 abris modèle 1913 sont construits, car la déclaration de guerre vient stopper les projets et les travaux en cours.




Implantations des abris de combat
En tout, 89 abris de combat seront construits en France :
- 34 à Verdun
- 18 à Toul
- 20 à Epinal
- 14 à Belfort
- 2 à Briançon
