Carte postale du parc à dirigeables de la Louvroie. VAUBOURG Cédric

Depuis 1885, la place forte d’Epinal est équipée d’un parc à ballons captifs destinés à l’observation des lignes ennemies. Il se situe au centre ville de Golbey.

Mais, avec l’arrivée d’un nouveau moyen de défense, le dirigeable, Epinal se voit alors équipée d’un port d’attache comme les places fortes de Maubeuge, Verdun, Toul et Belfort.  Pour accueillir ces gros cigares volants, on choisit le plateau de la Louvroie sur la commune de Golbey et de Chantraine afin de construire ce port d’attache éloigné de toutes habitations.

Carte postale de 1912 des avions au parc à dirigeables de la Louvroie - VAUBOURG Cédric
Carte postale de 1912 des avions au parc à dirigeables de la Louvroie – VAUBOURG Cédric

Les travaux commencent en 1910, après le décret d’utilité publique du 1er juin 1909. Le port d’attache est appelé parc à dirigeables de la Louvroie ou quartier Renard. Sa construction dure deux ans.

Le dirigeable capitaine Ferber dans son Hangar du port d'attache de la Louvroie - VAUBOURG Cédric
Le dirigeable capitaine Ferber dans son Hangar du port d’attache de la Louvroie – VAUBOURG Cédric

Propriété militaire, il appartient au régiment d’aérostiers de la place. Le ravitaillement du parc en vivres et en munitions s’effectue par voie de  60.

En 1912, le port d’attache reçoit un autre hangar pour un deuxième dirigeable.

Vue aérienne du parc àdirigeable vers 1914 - Tous droits réservés
Vue aérienne du parc àdirigeable vers 1914 – Tous droits réservés

La garnison du port d’attache de la Louvroie, de l’aérodrome de Dogneville et du parc à ballons de Golbey se compose de 4 officiers, 17 sous-officiers, 27 caporaux et 280 soldats.

Le port d’attache à la veille et pendant la Grande Guerre

En 1914, le port d’attache possède :

  • 1 hangar en fer et en verre de 100×30 m abritant le dirigeable Capitaine Ferber.
  • 1 hangar en fer et en verre de 150×40 m abritant le dirigeable Commandant Coutelle.
  • Plusieurs baraquements pour héberger les aérostiers.
  • 1 château d’eau.
  • 1 usine Lelarge type semi-fixe.
  • 1 usine Lelarge sur  roues
  • 1 atelier de tailleurs.
  • Plusieurs magasins contenant le matériel de réserve de guerre et du service courant pour les aérostiers.

Le port d’attache recevra les dirigeables Capitaine Ferber et Commandant Coutelle qui seront détruits pendant les deux premières années de la Grande Guerre. Le port d’attache sera bombardé à plusieurs reprises pars des avions allemands en même temps que la ville pendant le conflit.

Fin 1916, afin de remplacer le dirigeable Commandant Coutelle, le port reçoit son dernier dirigeable, le Pilâtre-de-Rozier.

Après le crash du Pilâtre-de-Rozier en février 1917, les dirigeables sont affectés à la marine. Le port d’attache d’Épinal, qui n’a plus de dirigeable, perd ses deux hangars qui sont démontés en 1918. Une partie des éléments seront envoyés dans le Var au centre de dirigeables de Cuers-Pierreffeu pour construire un deuxième hangar qui sera inauguré en 1922.

Le port d’attache après la grande Guerre

À la Louvroie, un hangar plus petit sera reconstruit à la place du hangar du Ferber pour recevoir des petits dirigeables appelés moto-ballon. Le parc sera utilisé jusqu’au début de la deuxième Guerre Mondiale avant d’être complètement abandonné.

Démonté dans les années 50, il reste encore quelques traces aujourd’hui comme des lavoirs, des fondations de bâtiments et l’emplacement des deux hangars.

Le dirigeable Capitaine Ferber

Le dirigeable capitaine Ferber à la sortie de son Hangar de la Louvroie - VAUBOURG Cédric
Le dirigeable capitaine Ferber à la sortie de son Hangar de la Louvroie – VAUBOURG Cédric

C’est le premier dirigeable qui arrive à Epinal, il est construit par la société Zodiac. Sa première sortie s’effectue le 9 juin 1913, après avoir reçu son enveloppe au mois de novembre de l’année précédente. Il mesure 74 mètres de long et son enveloppe est rempli de 6.000m3 d’hydrogène. Il peut voler à plus de 60 km/h, grâce à ses deux moteurs de 100 chevaux. C’est un dirigeable école qui sert à enseigner la manœuvre des engins aux aérostiers.

Le dirigeable est à l’abri dans un hangar qui mesure 25 mètres de haut, il est gardé par deux portes de 15 mètres de large qui pèsent 28 tonnes chacune. Pendant la 1ère guerre, le dirigeable effectuera plusieurs missions de bombardements avant d’être détruit par l’artillerie ennemie à l’automne 1914.

Le dirigeable Commandant Coutelle

Le dirigeable Commandant Coutel de retour a son hangard au port d'attache de la Louvroie - VAUBOURG Cédric
Le dirigeable Commandant Coutel de retour a son hangard au port d’attache de la Louvroie – VAUBOURG Cédric

C’est le deuxième dirigeable de la place, il arrive après la fin de la construction de son hangar le 26 août 1913. Il provenait de l’aérodrome de Saint-Cyr. Fabriqué par la société Zodiac, il est plus grand que son frère, le Ferber, car il mesure 90 mètres de long et son enveloppe est gonflée par 10.000m³ d’hydrogène. C’est un bombardier qui est capable d’effectuer des vols lointains, il peut voler à plus de 60 km/h grâce à ses deux moteurs de 100 chevaux. Il s’écrasera le 22 septembre 1915, à cause d’un obus allemand qui le touchera dans les Ardennes.

Le dirigeable Lieutenant Chauré

Depuis sa création en 1910, le parc de la Louvroie est devenu un important centre d’aérostation. Il devient comme Toul, un lieu de fabrication à dirigeable. Le dirigeable Lieutenant Chauré a été assemblé à Épinal avant d’être affecté à la place forte de Belfort. Ses premières pièces arrivent à la Louvroie fin mai 1913, il sera terminé le 10 août de la même année.

Le dirigeable Pilâtre-de-Rozier

C’est le dernier dirigeable du port d’attache. Il est construit par la société Astra aéronautique. Il possède une enveloppe de 1300m³ qui lui permet de transporter près d’1,3 tonnes de bombes. Le Pilâtre-de-Rozier est mis en service en novembre 1915, il peut voler à 70 km/h.

Il sera affecté au terrain d’aviation d’Issy les Moulineaux, puis à la place forte de Toul en septembre 1916, avant d’être définitivement affecté au parc de la Louvroie le 9 novembre 1916. Ce dirigeable est manœuvré avec une grande partie de l’équipage du Commandant Coutelle. Il effectuera avec succès, du 27 au 28 décembre 1916, une première mission de bombardement sur les usines Stumm-Halberg à Neunkirchen. Il repartira d’Épinal le 23 février 1917 avant de s’écraser en Alsace près de la commune de Vœllerdingen-Reichsland. Le crash et l’explosion des munitions tueront la totalité de l’équipage.